Y avait-il des sacrements dans le jardin d’Éden ?

jeudi 3 juillet 2014, par theopedie

En bref : La Bible ne mentionne aucune sorte de sacrement dans le jardin d’Éden. Il n’y avait donc pas de sacrement dans la religion originelle. Ceci s’explique de deux façons : les sacrements sont des remèdes et, à l’origine, l’homme ne connaissait aucun défaut spirituel ; l’homme n’était pas tourné vers la matière, mais son esprit était libre et doué d’une intuition spirituelle plus forte pouvant se passer des sacrement.

Grâce à la perfection naturelle et surnaturelle de l’homme à son origine, la consécration de l’homme à Dieu au moyen de signes sensibles n’avait ni la même nécessité ni la même convenance que pour l’homme après qu’il eût péché. Pour nous, nous contemplons Dieu comme « à travers un voile », « en miroir et en énigme », dans « l’obscurité de la foi ». Mais, à l’origine, l’homme percevait encore toute chose comme baignée de la lumière divine :

JPEG - 142.4 ko

La considération plénière et lucide des effets spirituels est actuellement gênée dans l’homme du fait qu’il est tiré en tous sens par les choses matériels et comme absorbé par elles [...] [Toutefois, étant encore dans la pleine possession de ses facultés, et pleinement libre,] le premier homme ne se voyait pas empêché par les choses extérieures de contempler avec clarté et stabilité de regard les effets spirituels qu’il percevait de par l’irradiation de la vérité première.(Thomas d’Aquin, Ia 94.1)

Les sacrements n’avaient pas d’utilité pédagogique puisque l’homme aurait été son propre maître : au paradis terrestre, comme nous l’avons dit, c’est par une intuition que l’homme aurait connu Dieu et aurait progressé dans la voie de la religion et de la science spirituelle.

Les adultes ont toujours été tenus d’exciter en eux la foi, l’espérance, la charité, puisque sans ces vertus surnaturelles, la béatitude surnaturelle ne peut être obtenue. Mais parce que les préceptes surnaturels auxquels, dans la première péridode avant la chute, il fallait nécessairement se conformer, étaient peu nombreux : parce qu’ils découlaient pour ainsi dire naturellement de l’évévation de l’homme à l’ordre surnaturel et qu’ils lui étaient intimés surtout par une inspiration intérieure[, les sacrements n’étaient pas nécessaires, et partant n’existaient pas]

(Nicolas Gihr, Les sacrements)

Objections et contre-objections

JPEG - 165.1 ko
L’arbre de vie
  • L’arbre de la vie procure la vie à l’homme. Or, un sacrement procure la vie de l’âme. Donc il y avait des sacrements en Éden.
    • L’arbre de vie ne représente pas un vrai arbre, mais est une image poétique pour symboliser les facultés de l’âme qui, dans l’état d’innocence, procurent à l’homme l’immortalité.
  • Les sacrements semblent répondre à une nécessité sociale : "On ne peut unir des hommes en aucune confession religieuse, vraie ou fausse, sans les assembler par une communauté de signes de ralliement, c’est-à-dire de sacrements visibles. (saint Augustin).
    • Certes, les sacrements sont des signes de ralliement en même temps qu’ils sont des remèdes ; mais c’est d’abord à l’homme déchu qu’ils sont nécessaires, puisque le péché originel n’a pas eu pour effet seulement de disperser les hommes loin de Dieu, mais encore de « désagréger la famille des nations » (oraison du Christ-Roi).
  • Il semble que, même avant le péché, les sacrements furent nécessaires à l’homme, puisqu’ils sont nécessaires, avons-nous dit pour obtenir la grâce. Or l’homme avait besoin de la grâce dans l’état d’innocence, nous l’avons vu dans la première Partie. Donc, même en cet état, les sacrements étaient nécessaires.
    • Sans doute l’homme, dans l’état d’innocence, avait besoin de la grâce ; toutefois, il n’avait pas à l’obtenir par des signes sensibles, mais de façon spirituelle et invisible.
  • Les sacrements sont nécessaires à l’homme selon la condition de sa nature d’homme, nous venons de le dire. Mais celle-ci est la même avant comme après le péché, il semble donc que l’homme avait besoin des sacrements.
    • Avant comme après le péché la nature de l’homme est la même ; mais l’état de cette nature n’est pas le même. Car après le péché l’âme, même dans sa partie la plus haute, a besoin pour sa perfection de recourir aux choses sensibles, ce qui ne s’imposait pas à l’homme dans l’état d’innocence.
  • Le mariage est un sacrement d’après l’épître aux Éphésiens (5, 32) : « Ceci est un grand sacrement. je parle, moi, du Christ et de l’Église. » Mais on voit dans la Genèse (2, 22) que le mariage a été institué avant le péché originel. Les sacrements étaient donc nécessaires à l’homme avant le péché originel.
    • Le mariage fut institué dans l’état d’innocence non en tant qu’il est sacrement, mais en tant qu’il répond à un office naturel. Cependant, par voie de conséquence, il symbolisait, un mystère à venir relativement au Christ et à l’Église, comme toutes les figures qui ont précédé le Christ.

P.-S.

Les dernières objections et réponses sont tirées de la Somme de Théologie de saint Thomas d’Aquin, III,61,2.

Répondre à cet article