Y a-t-il une vie après la mort ?

lundi 12 mai 2014, par theopedie

En bref : Il est probable qu’il y ait une vie après la mort : le sens commun plaide en faveur de cette croyance.

La question de savoir s’il y a une vie après la mort dépend beaucoup de la vision que l’on peut avoir par ailleurs du monde, de la personnalité humaine. Par exemple, on peut se poser la question suivante : notre esprit se réduit-il à notre cerveau ? Si l’on pense que notre esprit n’est que le reflet de notre activité cérébrale, on dira qu’il n’y a pas de vie après la mort. Une fois que le cerveau cesse de fonctionne, l’esprit disparaît. Mais certains disent au contraire que l’activité cérébrale n’est que l’expression de notre âme. On dira alors qu’il y a une vie après la mort : l’esprit vit encore mais est simplement privé de moyen d’expression.

Proposons une liste de croyance à propos de la vie après la mort :

Is there life after death ?
Monty Python
OcchiDiFolle
  • le matérialisme athée : rien ne survit après la mort. La vie vient du néant et retourne au néant. C’est la croyance des philosophes de l’absurde (Camus, Sartre, etc)
  • le matérialisme prométhéen : la mort est une maladie. Il sera possible un jour d’en guérir l’humanité et de s’en préserver (croyance des illuminati).
  • le matérialisme héroïque : l’âme disparaît mais accède à une certaine éternité et à une certaine vie par le souvenir qu’elle a pu laisser chez autrui. C’était par exemple la recherche de la gloire par les héros grecs.
  • le paganisme : une sorte de moi vague et brumeux survit, un peu à la manière d’un esprit ou d’un fantôme. Cet esprit rejoint le séjour des morts.
  • le panthéisme : la mort ne change rien. Ce qui survit est identique à ce qui vivait déjà : la réalité unique, éternelle, divine et immuable, qui comprend toute chose et qui est identique à toute chose. Cette réalité est appelé Brahman dans l’hindouisme
  • la réincarnation : cette croyance va souvent de pair avec le panthéisme. L’esprit est éternel et va de corps en corps. Le karma est la destinée de l’âme qui, lorsqu’elle a été illuminée, peut échapper au cycle des réincarnations et de dissoudre dans la réalité divine (le nirvana, dans le bouddhisme).
  • l’immortalité philosophique : l’âme individuelle survit et est immortelle, mais non le corps. L’âme peut parvenir à sa destinée, à un séjour éternel, quoique par des étapes intermédiaires. C’est la croyance par exemple de Socrate et de Platon.
  • la résurrection : à la mort, l’âme et le corps sont séparés mais seront à nouveau réunis à la fin du monde. C’est la croyance des religions monothéistes, en particulier du christianisme.
Une Vie Après La Mort ?
Documentaire
GayoA05

 La question de fond

Répondre à la question de la vie après la mort revient à répondre une autre question : l’homme possède-t-il un esprit (parfois appelé encore « âme ») ? et si oui, quel rapport cet esprit entretient-il avec son corps en général et son cerveau en particulier. Le matérialisme accorde un primat au cerveau : plus de cerveau, plus d’esprit. Les autres positions accordent en revanche un certain primat à l’esprit.

En particulier, deux éléments peuvent être pris en compte :

  • d’une part, l’esprit semble « émerger » du cerveau humain. De ce point de vue, l’esprit est une forme de structure, structure si complexe qu’elle permet l’émergence de la conscience (« âme infusée » en langage théologique). Mais même là, on évitera de réduire l’esprit au cerveau : dire que l’esprit est une structure ne revient pas à réduire l’esprit aux neurones. Ce serait confondre la structure avec les éléments de cette structure.
  • d’autre part, le substrat matériel de l’esprit n’est pas clairement délimité. Le cerveau entretient de façon manifeste un rapport privilégié avec la conscience, mais les limites exactes de l’emprise de l’esprit sur la matière sont loin d’être évidentes. En particulier, si le cerveau s’avérait être un ordinateur quantique, les notions de limites spatiales de l’esprit devrait être revisitées, de même que le rapport entre mort clinique et mort spirituelle.

De ce point, la théologie catholique classique semble un bon compromis entre matérialisme et spiritualité : on dira que l’esprit est une structure qui émerge de l’ordre biologique (« l’âme est la forme du corps ») et qui se déploie dans une dimension spatio-temporelle excédant celle de son substrat biologique.

 Argument a posteriori (issus de l’expérience)

Quelle croyances choisir ? Plusieurs « preuves » sont parfois invoquées :

St. James Infirmary by Fleischer
Cab Calloway
Glyph Jockey
  • les expériences de mort imminente,
  • le spiritisme et l’invocation des esprit,
  • la réminiscence de vie antérieure.

Il est toutefois peut probable qu’aucune de ces preuves ne soient totalement convaincantes :

  • les expériences de mort imminente sont suffisamment attestées pour être crédibles, mais il est difficile de se prononcer sur la mort clinique qui les accompagne.
  • s’adonner au spiritisme n’est pas le signe d’une psychologie saine.
  • les réminiscences sont trop subjectives pour avoir une véritable portée.

Au mieux, on dira que ces arguments sont « troublants » : sans emporter la conviction, ils ébranlent un matérialisme parfois trop sûr de lui.

 Arguments a priori (issus d’une philosophie)

Au final, on en est ramené à se fier à ses croyances et à ses intuitions personnelles. Quelques intuitions communément partagées peuvent néanmoins être utiles pour guider la réflexion de chacun :

  • le matérialisme athée voit en toute réalité le fruit du hasard et du néant. Or, à l’évidence, l’esprit existe et il est capable de rationalité. Ses capacités, ses réalisations et nos pensées sont d’un autre ordre que celui qui permet le simple hasard. L’esprit organise la matière et donc, d’un certain point de vue, la transcende.
  • l’évolution de l’univers entier semble converger vers l’apparition d’un être moralement conscient, capable de se projeter au-delà de sa mort. Dire que la vie s’arrête à la mort empêche de donner une quelconque valeur à cette évolution, valeur qu’elle semble pourtant avoir. Au contraire, l’évolution devient vaine et aboutit à un résultat absurde.
Death and America
Monty Python
jadz928

Si beaucoup s’accordent à dire que l’âme survit après la mort du corps, la permanence d’un corps pose question : sous quelle modalité ? quelle preuve ? Toutefois, l’absence de corps en pose finalement davantage :

  • le corps est l’instrument de l’esprit : si un corps ne ressuscite pas d’une manière ou d’une autre, l’âme ne peut plus s’exprimer, agir et peut-être même se souvenir et penser. Autant dire qu’elle est quasi morte : exister, c’est aussi pouvoir agir.
  • si l’âme survit après la mort, il est juste de pouvoir faire une place à la personnalité et l’individualité de l’âme. Notre corps est ce qui contient notre histoire, notre mémoire, nos émotions, nos expériences. Autrement dit, sans corps, on peut se demander ce qu’il reste de l’individualité de l’âme et de notre vie terrestre qui n’aura alors servit à rien.

Thomas Aquinas adopted Aristotle’s idea that the person has no truly independent soul, arguing that : “The natural condition of the human soul is to be united with a body.” We cannot make sense of ourselves without reference to our bodies. This avoids the weaknesses of mind/body dualism.

The Salmon Mousse !
Monty Python
DeathByBlunderbuss

 Conclusion

La résurrection, doctrine classique des religions monothéistes, est a priori la plus exigeante. Elle exige non seulement l’immortalité de l’âme, mais aussi et d’une certaine façon, l’immortalité du corps. A vue des intuitions ci-dessus mentionnées, nous y voyons paradoxalement la croyance la plus cohérente. Pour lui donner une certaine plausibilité, rappelons que que le corps dont il est question dans la résurrection des corps n’est pas le corps biologique. Il s’agit d’un corps dit « glorieux », c’est-à-dire d’une réalité matérielle qui sera le reflet parfait de l’âme de chacun.

P.-S.

Nous listons ci-après une liste d’arguments en faveur de l’immortalité de l’âme. Les arguments ne sont pas tous d’égale valeur mais peuvent servir de matériel pour un travail d’approfondissement.

  • Argument d’autorité (arguments faibles) :
    • L’immortalité de l’âme est la croyance la plus répandue à travers les différentes époques et les différentes cultures. La popularité de cette croyance n’assure pas sa validité, mais lui confère une certaine respectabilité a priori (C’est la « démocratie des morts »).
    • En très grande majorité, les plus grands sages ont cru dans l’immortalité de l’âme (« consensus des sages »). Pourquoi cette croyance serait-elle une exception à leur sagesse par ailleurs établie ?
    • Il existe au moins un épisode historique relativement fiable de ressurection, celui de Jésus.
  • Arguments tirés du spectacle de la nature (arguments seulement probables)
    • La matière n’est jamais détruite mais transformée (loi de conservation de l’énergie). Pourquoi l’esprit ne serait-il pas lui aussi transformé plutôt que détruit ? (l’argument repose toutefois sur une analogie probablement trop faible entre matière et esprit).
    • Argument téléologique (dit « intelligent design »). La nature et l’évolution semble agir en fonction d’un fin. Or la nature ne fait rien en vain : ce n’est donc pas en vain que la fin de l’évolution soit l’apparition d’un être conscient de sa propre mort. (Nous proposons de considérer cet argument comme étant valide)
    • L’âme n’est pas matériel : ce n’est pas quelque chose qui vit, mais la vie elle-même. Or la vie ne peut mourir. (Platon dans le Phédon). Mais cet argument prouve trop ou pas assez : ou bien chaque animal est immortel, ou bien ce n’est que la vie en général qui survit.
  • Arguments magiques (mais ces arguments sont en réalité des arguments d’autorité : ils ne peuvent convaincre que ceux qui en sont témoins)
    • Sentiments de présence des défunts.
    • Le spiritisme.
    • La capacité pour l’esprit de défier les lois de la nature en faisant des miracles.
  • Arguments philosophiques
    • L’esprit, n’étant pas matériel, n’est pas composé de parties. Or seul ce qui est composé peut se décomposer. Donc l’esprit ne peut être détruit.
    • L’esprit a une puissance qui ne lui vient pas du corps : l’esprit est capable en effet d’avoir conscience de lui-même, d’opérer des abstractions mentales. Donc l’esprit transcende le corps.
    • Nous avons tous besoin de considérer que la vie humaine a un sens. Ce besoin est naturel : a priori, il est donc fondé. En effet, à chaque besoin correspond dans la nature un objet qui le fonde. Or la vie humaine ne peut avoir de sens dans le simple cours de la biologie : l’homme a soif d’absolu. Donc il y a une vie après la mort.
    • De la même manière, nous avons besoin de donner à notre amour une dimension qui dépasse le simple cadre temporel d’une vie humaine.
    • Aimer la justice a un sens. La justice ne peut avoir de sens que si elle est fondée. La vie mortelle ne peut suffire à fonder la justice. Donc il existe quelque chose de plus que la vie mortelle qui donne à la justice un sens (argument moral)

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