Y a-t-il une liberté animale ?

mardi 1er septembre 2015, par theopedie

En bref : Aristote estime « qu’enfants et animaux sans conscience ont une certaine liberté ». St. Jean Damascène et Grégoire de Nysse sont du même avis.

Nous avons vu que pour être libre, une activité devait être psychologique, c’est-à-dire avoir pour origine un principe cognitif intrinsèque. Il est en effet nécessaire d’avoir une certaine connaissance de l’optimum que l’on se propose d’atteindre. Mais il y a deux manières de connaître un optimum à atteindre : ou bien de manière pleine et entière, ou bien de manière partielle.

• Un optimum est pleinement connu lorsque sont perçues non seulement la chose qui est l’optimum, mais encore sa logique d’optimalité, et comment celle-ci se déploie dans tout ce qui se rapporte à l’optimum. Et une telle connaissance appartient uniquement à la conscience rationnelle. On parle alors non plus d’optimum mais d’idéal.

• La connaissance partielle d’un optimum est celle qui comporte seulement la perception de cet optimum, abstraction faite de sa logique d’optimalité et de la manière dont celle-ci se déploie. C’est une telle connaissance que l’on retrouve chez les animaux, lesquels perçoivent l’optimum à atteindre par le moyen des sens et de leur instinct.

La connaissance pleine et entière de l’idéal engendre la liberté dans sa pleine acception. Et tel est le schéma de l’acte libre : prise de conscience d’un idéal à atteindre, évaluation de cet idéal, discernement des moyens pour l’atteindre, en enfin décision et engagement. La connaissance partielle engendre une liberté partielle ; c’est ce qui se produit lorsque, ayant aperçu un optimum, on se porte vers lui de façon instinctive. Ainsi la liberté selon sa pleine et entière acception appartient-elle seulement à la créature consciente ; mais une liberté partielle convient aussi aux animaux dépourvus de conscience.

Objections et solutions :

1. Ce qui est libre est fondée sur la liberté. Mais cette faculté émanant de la conscience, selon Aristote, elle ne peut pas se trouver chez les animaux. Il n’y a donc pas de liberté animale.

• La liberté désigne l’aspiration de la conscience ; elle ne peut donc se trouver dans les êtres dépourvus de conscience. Et ce qui est libre, quant à lui, est fondée sur la liberté. Ainsi, ce qui est libre s’étend plus ou moins à tout ce qui ressemble plus ou moins à de la liberté. C’est en ce sens qu’une certaine liberté peut être attribuée aux animaux, pour autant que leurs actions procèdent d’une certaine connaissance de l’optimum à atteindre.

2. C’est dans la mesure où l’homme est libre de ses actes que l’on parle de liberté humaine. Or les animaux n’ont pas la liberté de leurs actes ; « ils réagissent plutôt qu’ils n’agissent », dit st. Jean Damascène. Il n’y a donc pas chez eux de liberté.

• C’est dans la mesure où il réfléchit à ses actes que l’homme en est libre ; en effet le pouvoir de juger des opposés permet à la liberté de choisir entre eux. Et, certes, en ce sens il n’y a pas de liberté chez les animaux, au sens plein du mot, comme on vient du dire.

3. Pour st. Jean Damascène « les actes moraux méritent louange ou blâme ». Mais on ne peut ni louer ni blâmer les bêtes. Il n’y a donc pas chez elles de liberté.

• Louange et blâme ne conviennent qu’aux actes pleinement moraux, tels qu’on n’en trouve pas chez les animaux.

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