Y a-t-il un rapport entre religions et sexualité ?

jeudi 11 octobre 2012, par theopedie

 Éviter les clichés !

Pour beaucoup de personnes, il faudrait considérer la religion et la sexualité comme deux domaines étrangers l’un à l’autre. La raison en est la suivante : selon eux, les religions dévalorisent le plaisir sexuel. Or, poursuivent-ils, à bien considérer la nature humaine, ce plaisir est quelque chose de trop précieux pour être dévalorisé. Ainsi, s’il y avait quelque rapport entre religions et sexualité, ce rapport ne pourrait être que néfaste aux hommes et il faudrait à tout prix l’abolir. Voici, par exemple, le mot de Matt Groenig, cofondateur des Simpsons :

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Matt Groening e Homer
Matt Groening
Co-créateur des Simpson

When authorities warn you of the sinfulness of sex, there is an important lesson to be learned. Do not have sex with the authorities.

Si les autorités (religieuses) vous présentent le sexe comme un péché, il y a une leçon à retenir : n’ayez pas de rapport sexuel avec les autorités (religieuses). (Matt Groenig)

Une telle position ne peut toutefois être qu’un raccourci : certes, il existe des religions où la sexualité est considérée comme un péché (le catharisme), mais il en existe d’autres, au contraire, où la sexualité occupe une place centrale (l’hindouisme). Les rapports qu’entretiennent sexualité et religions sont extrêmement variés et complexes, et l’on ne peut se contenter de dire ce qui, finalement, ce résume à ceci : « le sexe c’est bien, les religions c’est mal ». Ce serait faire l’économie d’une véritable réflexion et caricaturer la religion.

Généralement, la religion a un discours plus complexe et plus nuancée vis-à-vis de la sexualité qu’il n’y paraît. Par exemple, on pense souvent que le christianisme moyenâgeux, avec son cortège d’inquisiteurs et de moines, assimilait plaisir sexuel et péché. C’est oublier que ces mêmes moines inquisiteurs tenaient la frigidité dans le cadre conjugal pour un vice !

Les religions, le sexe et nous...
Religions et sexualité

Quelques clichés
terreduciel

 Religions et sexualité

Les religions cherchent à intégrer le comportement humain dans une vision globale du monde. Il n’est pas exagéré de dire que la pratique d’une religion a pour unique but de remettre l’homme à sa juste place dans l’univers. D’après l’enseignement des religions, l’univers est organisé autour de certaines valeurs et si l’homme doit retrouver sa juste place dans l’univers, il faut qu’il règle sa conduite (y compris sa conduite sexuelle) autour de ces valeurs.

Selon les valeurs qui seront alors valorisées, ce sera ensuite tel ou tel aspect de la sexualité qui sera privilégié. Plus précisément, en étudiant la sexualité humaine, nous avons mis en évidence quatre dimensions présentes dans celle-ci :

  • un acte procréateur, centré autour de la fécondation naturelle ;
  • un comportement érotique, centré autour du plaisir ;
  • un investissement émotionnel, centré autour de l’amour ;
  • l’aspect culturel et moral, centré autour des valeurs.

La religion fait partie de cette dernière dimension : c’est ici que certaines valeurs vont être analysées et explicitées à travers le développement des religions. Selon ces valeurs, c’est l’acte procréateur, le comportement érotique et/ou l’investissement émotionnel qui sera privilégié. Ces valeurs vont ensuite être apprises aux enfants et les hommes vont régler les conduites d’après celles-ci.

 Quelques exemples

Par exemple, les religions primitives (celle des hommes préhistoriques) plaçaient au centre de leur spiritualité la notion de vie. La vie était une valeur sacrée : difficile à entretenir, tous les efforts devaient converger vers son développement et son entretien. En conséquence, c’est l’acte procréateur, centré autour de la fécondation naturelle, qui recevait dans ces religions préhistoriques le plus de dévotion. A preuve, les statues des déesse de la fécondité.

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Venus von Willendorf 01
Déesse de la fécondité

Par exemple encore, les religions hindoues (notamment le tantrisme), adorent comme principe créateur l’énergie divine, conçue comme une extase fusionnelle du masculin et du féminin. En conséquence, c’est l’aspect érotique centré autour de la notion de plaisir et de désir qui est fortement valorisé dans ces religions. Les autres dimensions ne sont certes pas oubliées, mais elles n’ont pas la même importance.

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hindouisme sex
Dieux et déesses hindoues

Par exemple encore, la culture occidentale moderne (on pourra l’assimiler à une forme de religion séculière) insiste fortement sur les notions de liberté et d’épanouissement individuel. Par là, elle dévalorise à la fois l’investissement affectif (possibilité de rompre une religion amoureuse) et les contraintes biologiques (contraception). C’est finalement sur la deuxième dimension (aspect érotique) qu’elle va mettre l’accent : la jouissance individuelle devient assimilée à une puissance libératrice.

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spi sexisme
Morale moderne et révolution sexuelle

Par exemple encore, la religion chrétienne voit dans l’amour divin le principe organisateur de l’univers : c’est cet amour qui ordonne chaque chose et lui donne sa juste place. En conséquence, c’est cette fois-ci l’investissement émotionnel centré autour du sentiment amoureux qui va être valorisé dans la sexualité humaine. La encore, les autres dimensions de la sexualité ne sont pas dévalorisées, mais elles n’occupent pas la même importance.

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L’échange des consentements :
La promesse d’un amour absolu

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