Y a-t-il quelque division dans l’Absolu, ou est-il parfaitement simple ?

samedi 26 avril 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Saint Augustin affirme que « Dieu est vraiment et souverainement simple ».
The Simplicity of God
John Stonestreet.
thepointblog

Nous reprenons un article de saint Thomas d’Aquin sur la question (Somme de Theologie, Ia,3,4), article qui nous semble la meilleure réponse possible à la question. Sur la différence métaphysique entre sujet, existence concrète et abstraite, et essence, et sur la reprise de l’hylémorphisme (forme et matière) en termes contemporains de structuralisme, nous renvoyons à l’ouvrage de Theopedie « Structure de la réalité et réalité de la structure ».

 Justification

Que Dieu soit parfaitement simple, cela peut se prouver de plusieurs manières.

1. Tout d’abord en rappelant ce qui précède. Puisque Dieu n’est composé ni de parties quantitatives, n’étant pas un corps ; ni de forme et de matière, puisqu’en lui le suppôt n’est pas autre que la nature, ni la nature n’est autre chose que son existence ; puisqu’il n’y a en lui composition ni de genre et de différence, ni de sujet et d’attribu t, il est manifeste que Dieu n’est composé d’aucune manière, mais qu’il est absolument simple.

2. Tout composé est postérieur à ses composants et dans leur dépendance ; or, Dieu est l’être premier, comme on l’a fait voir.

3. Tout composé a une cause ; car des choses de soi diverses ne constituent un seul être que par une cause unifiante. Or, Dieu n’a pas de cause, ainsi qu’on l’a vu, étant première cause efficiente.

4. Dans tout composé il faut qu’il y ait puissance et acte, ce qui n’est pas en Dieu. En effet, dans le composé, ou bien une partie est acte à l’égard de l’autre, ou du moins les parties sont toutes comme en puissance à l’égard du tout.

Qu’est-ce que la simplicité divine ?
(Epistheo.com)
Alexis Masson, v3D6bI25a1g

5. Un composé n’est jamais identique à aucune de ses parties. Cela est bien manifeste dans les touts formés de parties dissemblables : nulle partie de l’homme n’est l’homme, et nulle partie du pied n’est le pied. Quant il s’agit de touts homogènes, il est bien vrai que telle chose est dite aussi bien du tout et des parties, et par exemple une partie d’air est de l’air, et une partie d’eau est de l’eau ; mais d’autres choses pourront se dire du tout qui ne conviendront pas à la partie ; ainsi une masse d’eau ayant deux pintes, sa partie n’a plus deux pintes. Donc, en tout composé, il y a quelque chose qui ne lui est pas identique. Or, ceci peut bien se dire du sujet de la forme : qu’il y a en lui quelque chose qui n’est pas lui ; ainsi dans quelque chose qui est blanc, il n’y a pas que le blanc, mais dans la forme même il n’y a rien d’autre qu’elle-même. Dès lors, puisque Dieu est pure forme, ou pour mieux dire puisqu’il est l’être, il ne peut être composé d’aucune manière. S. Hilaire touche cette raison dans son livre de La Trinité lorsqu’il dit : « Dieu, qui est puissance, ne comprend pas de faiblesses ; lui qui est lumière, n’admet aucune obscurité. »

 Objections et réponses

Il semble que Dieu ne soit pas absolument simple. En effet, les choses qui procèdent de Dieu lui ressemblent ; ainsi du premier être dérivent tous les êtres, et du premier bien tous les biens. Or, parmi les choses que Dieu a faites, aucune n’est absolument simple. Donc Dieu n’est pas absolument simple.

  • Ce qui procède de Dieu ressemble à Dieu, comme les effets de la cause première peuvent lui ressembler. Or, être causé c’est nécessairement être composé de quelque manière ; car tout au moins l’existence d’un être causé est autre que son essence, ainsi qu’on le verra.
    Dieu se cache dans la simplicité

    Tout ce qui est le meilleur doit être attribué à Dieu. Or, chez nous, les choses complexes sont meilleures que les simples ; ainsi les mixtes valent mieux que les éléments, et les éléments que leurs parties. Il ne faut donc pas dire que Dieu est absolument simple.

  • Si, dans notre univers, les composés sont meilleurs que les simples, cela vient de ce que la bonté achevée de la créature ne consiste jamais en une perfection unique, mais en requiert plusieurs ; tandis que la perfection en laquelle s’accomplit la bonté divine est une et simple, ainsi qu’on le fera voir.

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