Y a-t-il plusieurs sortes d’ablutions ?

vendredi 29 août 2014, par theopedie

En bref : Il y a trois manières de se purifier : l’ablution par l’eau (baptême au sens strict), l’ablution dans le sang (martyr), l’ablution du coeur (pénitence). En effet, au passage de l’épître aux Hébreux sur « la doctrine des baptêmes » (6,2), la Glose ajoute : « L’auteur emploie le pluriel, car il y a le baptême d’eau, le baptême de pénitence et le baptême de sang » et ici le terme de baptême signifie au sens large « ablution ».

L’article suivant est tiré de la somme de théologie de saint Thomas d’Aquin (IIIa 66,11)

 Thèse

Comme on l’a dit, l’ablution d’eau tire son efficacité des souffrances du Christ, à laquelle l’homme est configuré par le baptême ; et au-delà, comme de sa cause première, de l’Esprit Saint. Mais si l’effet dépend de la cause première, la cause domine son effet, et n’en dépend pas.
Aussi, en dehors de l’ablution d’eau, on peut recevoir l’effet du sacrement des souffrances du Christ en tant qu’on se conforme à lui en souffrant pour lui ; c’est ce que dit l’Apocalypse (7, 14) : « Ceux-ci sont venus de la grande épreuve, ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. »
Pour la même raison, on peut aussi recevoir l’effet de l’ablution par la vertu du Saint-Esprit, non seulement sans l’ablution d’eau, mais même sans l’ablution de sang : quand le coeur est mû par le Saint-Esprit à croire en Dieu et à se repentir de son péché. C’est pourquoi on dit aussi « baptême de pénitence ». C’est de lui que parle Isaïe quand il dit (4, 4) : « Quand le Seigneur aura lavé les souillures des filles de Sion, et purifié Jérusalem du sang qui est au milieu d’elle, par l’esprit de jugement et par l’esprit de feu. »
Ces deux autres ablutions sont donc appelées baptêmes parce qu’elles suppléent au baptême. Ainsi parle S. Augustin : « Que le martyre remplace quelquefois le baptême, le bienheureux Cyprien en trouve un argument qui n’est pas sans poids, dans le larron qui n’était pas baptisé, et à qui il a été dit : »Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.« En y réfléchissant de plus en plus, je trouve que ce n’est pas seulement la souffrance subie pour le nom du Christ qui peut suppléer au défaut de ablution, mais aussi la foi et la pénitence du coeur, si le manque de temps empêche de célébrer le mystère de l’ablution. »
(il s’agit dans ce dernier cas de l’ablution de désir des catéchumènes : on parle alors de grâce sacramentelle implicite)

 Objections et réponses

1. Il semble malheureux de distinguer trois ablutions, car l’Apôtre dit (Ep 4, 5) : « Une seule foi, un seul ablution. » Donc il ne doit pas y avoir trois ablutions.

  • Les deux autres ablutions (de sang et d’esprit) sont inclues dans l’ablution d’eau, qui tient son efficacité de la passion du Christ. L’unité de l’ablution n’est donc pas atteinte.

2. l’ablution est un sacrement, on l’a établi plus haut. Mais seule l’ablution d’eau est un sacrement. Il ne faut donc pas poser deux autres ablutions.

  • Comme on l’a dit plus haut, le sacrement est essentiellement signe. Ce que les deux autres ablutions ont de commun avec l’ablution d’eau, ce n’est pas la raison de signe, mais l’effet de l’ablution. Aussi ne sont-ils pas des sacrements.

3. S. Jean Damascène énumère plusieurs autres sortes d’ablutions. Il ne faut donc pas en poser seulement trois.

  • Le Damascène parle des ablutions figuratives. Ainsi le déluge, qui fut le signe de notre ablution, en ce sens que les fidèles sont sauvés dans l’Église et y trouvent le salut, comme « un petit nombre de personnes furent sauvées dans l’arche » (1 P 3, 20). - Ou le passage de la mer Rouge, qui signifie notre ablution, en ce sens qu’il nous délivre de la servitude du péché ; ainsi l’Apôtre dit que « tous furent baptisés dans la nuée et dans la mer » (1 Co 10, 2). - Ou encore les ablutions diverses de la loi ancienne, préfigurant notre ablution qui nous purifie de nos péchés. - Ou aussi l’ablution de Jean, qui préparait au ablution chrétien.

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