Avoir des amis est-il nécessaire pour être heureux ?

samedi 22 août 2015, par theopedie

En bref : On lit au livre de la Sagesse (7, 11) : « Tous les perfections à la fois me sont venus avec elle », c’est-à-dire avec la sagesse divine qui consiste en la contemplation de Dieu. Et ainsi, aucune chose en dehors de la contemplation de Dieu n’est requise au bonheur.

Si nous parlons du bonheur de la vie présente, il faut dire avec Aristote, que « l’homme heureux a besoin d’amis », non pour son utilité, car il se suffit à lui-même ; ni pour sa jouissance, puisqu’il possède en soi, du fait de l’activité vertueuse, la jouissance pleine et entière ; mais pour la perfection de son action, c’est-à-dire pour avoir la possibilité de leur faire du bien, pour trouver du plaisir en voyant le bien qu’ils accomplissent, et pour être aidé par eux dans le bien que lui-même accomplit. L’homme a besoin en effet, pour agir vertueusement, du concours des amis, tant dans les oeuvres de la vie active que dans celles de la vie contemplative.

Mais si nous parlons du bonheur dans sa plénitude que nous possèderons dans notre véritable patrie, la société des amis n’y est pas nécessairement requise ; car l’homme trouve en Dieu son entière plénitude. Toutefois, cette société amicale concourt à l’heureux épanouissement du bonheur, ce qui fait dire à st. Augustin : « La créature spirituelle ne reçoit, pour être bienheureuse, que l’aide intérieure qui lui vient de l’éternité, de la vérité, de l’adoration du Créateur. Si l’on doit dire qu’elle reçoit une aide extérieure, peut-être la reçoit-elle seulement en ce sens que les élus se voient mutuellement et se réjouissent de former une société. »

Objections et solutions :

1. Le bonheur est souvent désigné dans les écritures par le mot « gloire ». Or la gloire consiste en ce que la perfection de l’homme soit connue de tous. Donc une société d’amis est requise pour le bonheur.

(a) La gloire essentielle au bonheur n’est pas celle dont jouit l’homme auprès de l’homme, mais auprès de Dieu.

2. Boèce dit que « la possession d’une perfection est sans joie, si elle n’est partagée ». Or la jouissance est nécessaire au bonheur. Donc aussi une société d’amis.

• Cette parole doit s’entendre des perfections qui n’ont pas en elles-mêmes une pleine suffisance. Cela ne s’applique pas à notre propos, puisque l’homme trouve en Dieu la plénitude de toutes les perfections.

3. L’adoration trouve sa plénitude dans le bonheur. Mais elle s’étend à l’adoration de Dieu et du prochain. Il semble donc qu’une société d’amis est requise pour le bonheur.

• La plénitude de l’adoration est essentielle au bonheur quant à l’adoration de Dieu, non quant à l’adoration du prochain. De sorte que, n’y eût-il qu’une seule âme jouissant de la possession de Dieu, elle serait bienheureuse, sans avoir de prochain à adorer. Mais, étant donné le prochain, l’adoration que l’on a pour lui découle de l’adoration pleine et entière que nous avons pour Dieu. Aussi est-ce une relation de concomitance qui unit l’amitié au bonheur dans sa plénitude.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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