Un protestant peut-il communier à une messe catholique ?

jeudi 29 mai 2014, par theopedie

En bref : Un protestant peut communier à une messe catholique de manière valide (s’il est baptisé et s’il a l’intention de recevoir ce que donne l’Église à travers la communion à savoir le sacrement du corps du Christ), mais il ne peut communier de manière licite : une telle communion, même valide, est interdite.

Si les protestants admettent qu’un protestant peut communier à une messe catholique, en revanche les catholiques ne pensent pas qu’un protestant puisse communier à une messe catholique. Ce qui compte pour les protestants, c’est que les paroles de l’institution de l’eucharistie soient dites, ce qui est le cas. Mais pour les catholiques, la communion est plus qu’un simple mémorial. La communion signifie « s’unir à Dieu par Jésus Christ, tête de l’Église et présent sous les espèces consacrées ».

Pour les catholiques, l’hospitalité eucharistique ne peut être habituelle, mais elle peut être envisagée dans quelques cas exceptionnels. Pour comprendre la réponse de l’Église catholique à cette question, il faut rappeler :

  • que la décision de communier ou non dans une autre communauté ecclésiale que la sienne est affaire de conscience, mais d’une conscience éclairée par la prière et la réflexion et l’écoute de l’Église ;
  • que pour les catholiques, l’Eucharistie n’est pas seulement mémorial de la personne du Christ, mais communion à son corps tout entier, c’est-à-dire à l’Église : saint Paul rappelle vigoureusement aux chrétiens de Corinthe (1 Co 11, 17-34) le lien nécessaire entre la communion vécue dans l’Église et la fraction du pain ;
  • que, pour la hiérarchie catholique, malgré tout le travail qui se fait, de graves questions séparent encore les Églises, notamment quant aux ministres de l’eucharistie : communier ensemble régulièrement aujourd’hui pourrait passer pour la consécration du statu quo comme forme valable d’unité ;
  • que, pour la hiérarchie catholique, l’évêque est le véritable garant de l’unité de l’Église : c’est donc avec son consentement que, dans certains cas, l’hospitalité eucharistique peut être envisagée.

Citations de Théo - L’encyclopédie catholique pour tous, éd. Droguet & Ardant / Fayard, 1993

Au final, par respect et par politesse pour l’hôte qui accueille, on suivra la position catholique qui refuse la communion au protestant. Il ne s’agit pas d’un manque de charité, mais du respect des croyances d’autrui. Notons qu’il est possible au protestant de s’avancer pour demander une bénédiction.

Les catholiques doivent faire preuve d’un respect sincère pour la discipline liturgique et sacramentelle des autres Églises et Communautés ecclésiales, et celles-ci sont invitées à montrer le même respect pour la discipline catholique. (Directive du Vatican)

Voici la réponse, plus formelle, du Code de Droit canonique :

Can. 844 - § 1. Les ministres catholiques administrent licitement les sacrements aux seuls fidèles catholiques qui, de même, les reçoivent licitement des seuls ministres catholiques, restant sauves les dispositions des §§ 2, 3 et 4 du présent canon et du ⇒ can. 861, § 2.

§ 3. Les ministres catholiques administrent licitement les sacrements de pénitence, d’Eucharistie et d’onction des malades aux membres des Églises orientales qui n’ont pas la pleine communion avec l’Église catholique, s’ils le demandent de leur plein gré et s’ils sont dûment disposés ; ceci vaut aussi bien pour les membres d’autres Églises qui, au jugement du Siège Apostolique, se trouvent pour ce qui concerne les sacrements dans la même condition que les Églises orientales susdites.

§ 4. En cas de danger de mort ou si, au jugement de l’Évêque diocésain ou de la conférence des Évêques, une autre grave nécessité se fait pressante, les ministres catholiques peuvent administrer licitement ces mêmes sacrements aussi aux autres chrétiens qui n’ont pas la pleine communion avec l’Église catholique, lorsqu’ils ne peuvent pas avoir recours à un ministre de leur communauté et qu’ils le demandent de leur plein gré, pourvu qu’ils manifestent la foi catholique sur ces sacrements et qu’ils soient dûment disposés.

Autrement dit, les conditions ci-dessous doivent être requises :

  • danger de mort ou nécessité spirituelle ;
  • en accord avec les normes de l’Évêque ;
  • impossibilité de se rendre dans un culte de sa communauté ;
  • librement et de son propre mouvement ;
  • en ayant foi dans ce que l’Église dit des sacrements ;
  • être proprement disposé (confession, jeûne, etc).

Si les deux derniers points sont supposés vérifiés chez un orthodoxe, on ne saurait les supposer a priori vérifiés chez un protestant. C’est à l’évêque qu’il revient de les vérifier.

2 Messages

  • Les protestants ne pensent pas la communion (ou Sainte-Cène, elle n’est pas sainte pour rien...) comme mémorielle. Je vous renvoie au texte commun Le Repas du Seigneur (§16) : les catholiques et les luthériens « s’opposent à un mode de présence spatial ou naturel ainsi qu’à une compréhension purement commémorative ou figurative du sacrement »

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    • Le texte que vous citez est vrai pour les luthériens. L’est-il pour les autres protestants ? C’est peu probable, en tout cas, pas pour les calvinistes avec qui les luthériens se sont unis au sein de l’Eglise réformée. De plus, si les luthériens admettent une présence du Christ (avec des modalités différentes des catholiques, certes, mais réels), l’aspect sacrificiel de la cène n’a pas la même importance que dans la messe catholique. Au total, il y a beaucoup de points communs, mais il ne faut pas oublier les différences.

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