Un prêtre, un diacre, un évêque peut-il être indigne et pécheur ?

dimanche 1er juin 2014, par theopedie

En bref : Un prêtre notoirement pécheur reste un prêtre. Ses sacrements restent valides : les mariages, les messes et les confessions qu’il préside sont reconnus. Rappelons tout de même aussi qu’un péché reste un péché et un sandale reste un scandale.

Étant entendu qu’être prêtre est avant tout un rôle liturgique, demandons-nous ce qu’est ce rôle liturgique avant de nous interroger sur la possibilité de continuer à confier ce rôle à des pécheurs.

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Une icône
Nyx et Isaïe côte à côte

 Ce qu’est un prêtre catholique

Dans l’Église catholique, le prêtre est celui qui assume un rôle liturgique : celui de représenter Jésus de manière corporelle. Pour montrer que Jésus dirige la prière de l’Église, on va demande à un homme de représenter Jésus. Et on dira {{}} qu’il représente corporellement Jésus, qu’il parle en son nom. De même, pour montrer que c’est Jésus qui pardonne les péchés, on demande à un homme de représenter Jésus. Et on dira qu’il représente corporellement Jésus et qu’il pardonne les péchés en son nom. De même à la messe, et cætera.

Le premier (et probablement l’unique) rôle d’un prêtre catholique est donc de représenter corporellement Jésus. Il y a plusieurs manières de représenter Jésus : par l’art, par la liturgie, par les charismes, par la sainteté. La liturgie est une manière de représenter Jésus parmi d’autres : ce n’est probablement pas la manière ultime de le représenter (cela revient à la sainteté), ni même la plus belle (cela revient à l’art), mais probablement la manière la plus pédagogique (« mystagogique » en langage théologique). Pour les catholiques, elle est efficace à sa façon, en conférant la grâce sacramentelle.

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Le prêtre,
icône vivante de Jésus grand prêtre.
(ici des prêtres orthodoxes)

Ainsi donc, un prêtre est un acteur liturgique à qui on demande de jouer un certain rôle au cours des célébrations : celui de Jésus. Il peut sembler bizarre de comparer un prêtre à une sorte d’acteur de cinéma, mais de façon évidente un prêtre est « aussi » cela. Notons toutefois, que, à la différence d’un rôle de cinéma, le rôle liturgique qu’un prêtre est appelé à « jouer » est un acte sacré dans lequel Jésus est authentiquement présent, lui qui est ressuscité et qui a répandu son Esprit dans l’âme des chrétiens. On dit que le prêtre agit « in persona Christi ».

On parle en langage théologique de « caractère » plutôt que de « rôle » :

Le caractère indélébile [de l’ordination]. Ce sacrement configure au Christ par une grâce spéciale de l’Esprit Saint, en vue de servir d’instrument du Christ pour son Église. Par l’ordination l’on est habilité à agir comme représentant du Christ, Tête de l’Église, dans sa triple fonction de prêtre, prophète et roi.
Catéchisme de l’Église Catholique 1581

Au total, les sacrements sont des icônes vivantes de Jésus et, à l’intérieur de ces icônes vivantes que sont les sacrements, c’est au prêtre que l’Église confie le soin d’assumer de façon matérielle le rôle du Christ. Ou encore : il lui revient d’assumer la matérialisation de Jésus aux cours de ces icônes vivantes que sont les sacrements. Ainsi, ce que l’on demande à un prêtre, c’est de représenter corporellement Jésus. Et c’est tout ce qu’on lui demande : si l’on comprend ceci, on comprend beaucoup de positions catholiques concernant le prêtre (l’impossibilité pour une femme de devenir prêtre, la possibilité pour un pécheur d’être tout de même prêtre, etc).

 Le prêtre n’est pas un saint (mais il devrait...)

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Mais un péché reste un péché...
et il ne saurait rester impuni.

Un prêtre peut être un pécheur notoire et continuer quand à représenter le Christ. Son rôle est d’abord liturgique et représentatif, et non pas d’abord moral. Ceci explique qu’un prêtre reste prêtre même s’il est en état de péché. Par exemple, un prêtre qui volerait de l’argent continue à représenter matériellement Jésus pendant la messe. Ainsi, un prêtre indigne reste une icône efficace de la grâce du Christ et ses sacrements restent valides. Heureusement, sinon la miséricorde chrétienne n’aurait pas beaucoup de signification :

Puisque en fin de compte c’est le Christ qui agit et opère le salut à travers le ministre ordonné, l’indignité de celui-ci n’empêche pas le Christ d’agir (cf. Cc. Trente : DS 1612 ; DS 1154).

S. Augustin le dit avec force :

Quant au ministre orgueilleux, il est à ranger avec le diable. Le don du Christ n’en est pas pour autant profané, ce qui s’écoule à travers lui garde sa pureté, ce qui passe par lui reste limpide et vient jusqu’à la terre fertile. ... La vertu spirituelle du sacrement est en effet pareille à la lumière : ceux qui doivent être éclairés la reçoivent dans sa pureté et, si elle traverse des êtres souillés, elle ne se souille pas (Augustin, ev. Jo. 5, 15). Catéchisme de l’Église Catholique 1584

Assumer un ministère moral n’est pas la charge propre du prêtre : elle appartient à tout fidèle. Redisons-le, ce sont les saints qui représentent moralement Jésus et, ultimement, ceux sont eux qui conduisent l’Église.

  • Cette office de représentation morale est ouvert à tout chrétien. Des procès en canonisation permettent d’authentifier de telles représentations.
  • Cette représentation morale de Jésus est supérieure à la représentation matérielle liturgique. La première est intérieure et a valeur de fin, la deuxième est extérieur et a valeur de moyen : c’est pour permettre aux chrétiens de devenir saints que les sacrements et les icônes ont été institués.
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... et un scandale reste un scandale

Assumer un ministère moral est pour le prêtre un conséquence de son ministère liturgique : parce qu’il représente matériellement le Christ, on lui demande de s’identifier au rôle qu’il est amené à assumer. Mais il ne faut pas confondre une conséquence que l’on est en droit d’attendre d’un professionnel avec ce qui fonde cette exigence professionnelle.

Pour finir, notons les deux points suivants :

  • Dire qu’un prêtre indigne reste un prêtre, cela ne veut pas dire que l’on puisse tout accepter : de même que la miséricorde n’exclut pas la justice mais la suppose, dans les cas les plus graves, un prêtre doit être interdit de ministère.
  • Même si ses sacrements sont des réussites liturgiques, un prêtre gravement pécheur devient un mauvais prêtre. Entre un prêtre notoirement pécheur et un prêtre qui ne l’est pas, il y a toute la différence entre un mauvais et un bon acteur. De même que le bon acteur prend à cœur son rôle et s’y identifie, le prêtre « professionnel » a à cœur d’imiter Jésus et s’identifie corps et âme à lui. Mais même un mauvais acteur reste un acteur et un mauvais prêtre reste un prêtre.

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