Un non-chrétien peut-il administrer des sacrements ?

lundi 21 juillet 2014, par theopedie

En bref : De la même manière que la charité n’est pas requise pour la validité du sacrement, l’orthodoxie du ministre n’est pas non plus requise : c’est ainsi qu’un hérétique peut conférer de manière valide un baptême.

Ce qui est requis, c’est que le ministre ait l’intention de faire ce que fait l’Église dans le sacrement et que son rôle sacramentel soit reconnu (institué de manière ordinaire ou extra-ordinaire) par l’Église. Étant sauves ces conditions (notamment en ce qui concerne la perversité de l’intention), le sacrement sera conféré de manière valide. Nous reproduisons ici le texte de saint Thomas d’Aquin à ce sujet. (Rappelons que la foi et la moralité du ministre concerne non la validité mais la dignité du sacrement)

 Thèse

En sens contraire,

Réponse : Nous l’avons dit plus haut parce que le ministre agit instrumentalement dans les sacrements, il n’agit pas par sa vertu propre, mais par la vertu du Christ. Or, on met la foi d’un homme, de même que sa charité, au compte de sa vertu propre. Aussi, de même que la charité du ministre n’est pas requise pour l’accomplissement du sacrement, puisque les pécheurs peuvent administrer les sacrements comme nous venons de le voir la foi n’est pas davantage requise ; et un infidèle peut procurer un vrai sacrement du moment que toutes les autres conditions nécessaires sont réalisées.

 Objections et réponse

1. La foi du ministre semble nécessaire au sacrement. Car, nous venons de le dire, son intention est nécessaire à l’accomplissement du sacrement. Mais « la foi dirige l’intention », selon S. Augustin.

  • Il peut arriver que la foi d’un homme soit défaillante sur un point, mais non sur la vérité du sacrement qu’il administre. Par exemple, si un homme croit que le serment est illicite en toute circonstance, tout en croyant que le baptême est le moyen efficace du salut. L’infidélité, en ce cas, n’empêche pas d’avoir l’intention de conférer le sacrement. Mais supposons que le ministre n’ait pas la foi, précisément au sujet du sacrement dont il célèbre le rite : fi ne croit pas que l’action extérieure qu’il accomplit soit suivie d’aucun effet intérieur ; malgré cela, il n’ignore pas que l’Église catholique a l’intention, en accomplissant cette action extérieure de produire le sacrement ; il peut donc, en dépit de son incroyance, avoir l’intention de faire ce que fait l’Église, tout en croyant que cela ne sert de rien. Une telle intention suffit pour le sacrement, car, nous l’avons vu le ministre du sacrement agit comme représentant de toute l’Église dont la foi supplée ce qui manque à la sienne.

2. Si un ministre de l’Église n’a pas la vraie foi, il est hérétique. Mais les hérétiques, semble-t-il ne peuvent conférer les sacrements. « Toutes les oeuvres des hérétiques, écrit S. Cyprien sont charnelles, vaines et fausses, si bien que nous ne devons ratifier aucun de leurs actes. » Et S. Léon affirme : « Sans aucun doute, cette aberration très cruelle et très folle a éteint toute la lumière des sacrements célestes dans l’Église d’Alexandrie ; l’offrande du sacrifice est interrompue ; elle a cessé, la consécration du chrême ; et dans les mains parricides des impies se sont dérobés tous les mystères. » Une vraie foi, chez le ministre est donc nécessaire au sacrement.

  • Certains hérétiques administrent les sacrements sans observer la forme de l’Église ; ceux-là ne confèrent ni le sacrement ni l’effet du sacrement. D’autres observent la forme de l’Église ; ils confèrent le sacrement, mais non l’effet du sacrement. A condition qu’ils soient séparés de l’Église de façon patente, car dans ce cas celui qui reçoit d’eux le sacrement pèche par le fait même, et c’est cela qui l’empêche d’obtenir l’effet du sacrement. C’est ce qui explique la parole de S. Augustin : « Tiens avec pleine certitude et ne doute aucunement que ceux qui ont reçu le baptême hors de l’Église, s’ils ne reviennent pas à l’Église, le baptême achève leur perdition. » C’est en ce sens qu’il faut également interpréter la parole de S. Léon : « Toute la lumière des sacrements est éteinte dans l’Église d’Alexandrie. » Il l’entend de l’effet du sacrement, mais non du rite sacramentel lui-même. Quant à S. Cyprien, il croyait que les hérétiques ne pouvaient pas conférer les sacrements. Mais, sur ce point son opinion n’est pas suivie. Comme le dit S. Augustin : « Le martyr Cyprien ne voulait pas reconnaître le baptême donné chez les hérétiques ou les schismatiques ; mais il a accumulé de si grands mérites, jusqu’à obtenir le triomphe du martyre, que sa charité éclatante dissipe cette ombre légère ; et ce qu’il pouvait y avoir à émonder sur ce point a été retranché par la faux de la souffrance. »

3. Ceux qui n’ont pas la vraie foi semblent être séparés de l’Église par l’excommunication. S. Jean écrit dans sa deuxième épître (10) : « Si quelqu’un vient à vous sans vous apporter cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez même pas » ; et S. Paul à Tite (3, 10) : « Quant à l’hérétique, après un premier et un second avertissement, éloigne-le de toi. » Mais l’excommunié ne peut pas conférer les sacrements de l’Église, étant séparé de l’Église, au ministère de qui est confiée la distribution des sacrements.

  • La puissance d’administrer les sacrements relève du caractère spirituel qui est indélébile, nous l’avons montré. Aussi, du fait qu’un homme est suspendu, excommunié ou même dégradé par l’Église, il ne perd pas le pouvoir de conférer le sacrement, mais la permission d’user de ce pouvoir. Cet homme confère donc le sacrement mais, ce faisant, il pèche. Et celui qui reçoit le sacrement d’un tel ministre pèche de son côté, et ne reçoit pas l’effet du sacrement, à moins d’être excusé par l’ignorance.

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