Un mauvais prêtre confère-t-il des sacrements valides ?

mardi 22 juillet 2014, par theopedie

Un mauvais prêtre, pourvu qu’il soit validement ordonné, confère a priori des sacrements valides et ses sacrements sont des icônes vivantes de la grâce du Christ (il y a toutefois des cas particuliers). En effet, puisque c’est le Christ qui libère du péché, la grâce des sacrements dépend des mérites du Christ et non de ceux du prêtre. Pour autant, un prêtre en état de péché grave pêche gravement en les administrant (la foi et la moralité du ministre concerne non la validité mais la dignité du sacrement).

Comme nous l’avons vu, les conditions de validité sacramentelle de la part du ministre son intention et sa compétence juridictionnelle : il n’est pas question de la qualité de sa vie morale et spirituelle. En conséquence, même un prêtre en état de péché grave administre des sacrements valides : que le sceau soit d’or ou d’argile, il confère la même empreinte sur la cire. Ainsi, saint Augustin rappelle que, parmi les disciples qui pratiquaient les baptêmes du temps de Jésus, se trouvait Judas. A ceci, plusieurs raisons :

  • Le ministre ne donne pas le sacrement en son nom propre : il le donne au nom du Christ. De la même manière, la grâce sacramentelle ne trouve pas son origine dans les mérites du prêtre (ou de l’évêque), mais dans les mérites du Christ. Les sacrements sont donc objectivement saints, de par leur institution divine et en vertu de la puissance d’excellence du Christ, non en vertu de puissance ministérielle (1 Co).
  • « Les dons de Dieu sont sans repentance » (Rm) : le pouvoir d’administrer validement des sacrements vient de la gravure sacerdotale (caractère) donnée par l’ordination. Le ministre coupable mériterait sans doute que cette puissance surnaturelle lui fût retirée ; mais Dieu de la lui reprend plus parce qu’elle est un charisme (gratia datis data), c’est-à-dire une grâce institutionnelle donnée, non pas d’abord pour la justification personnelle (grâce sanctifiante) mais pour l’édification de la communauté et la justification d’autrui. Une telle grâce n’est donc pas retirée avec la perte de la grâce sanctifiante : c’est le pécheur qu’il s’agit de sanctionner, non la communauté.
  • Si la validité des sacrements dépendait de la vertu et de la dignité du ministre, il n’y aurait plus aucune stabilité dans l’Église (nulla stabilitas esset in Ecclesia, dixit saint Bonaventure). Les fidèles mettraient leur foi dans les ministres et non plus dans le Christ ; les fidèles seraient trop souvent assaillis de doute alors que les sacrements sont là pour donner un réconfort spirituel.
  • Le discernement des péchés n’est pas choses si aisée. En particulier, la foi du ministre, étant une qualité spirituelle et une « vertu théologale », provient de Dieu directement. Sauf en cas d’erreur manifeste, lui seul peut juger avec clarté. Il y a donc une prudence à observer concernant les ministres idéologiques (« hérétiques ») ou séparées (« schismatiques »). Par exemple, la séparation entre catholique et protestant ne portant pas sur le baptême, on peut encore supposer que les ministres protestants ont l’intention de faire ce que l’Église désire faire à travers le baptême.

 Rôle des mérites du prêtre dans l’administration des sacrements

Un bon prêtre ne donne, dans un sacrement, rien de plus qu’un mauvais prêtre : ce que nous y recevons est toujours un don de Dieu et de Dieu seul. Par sa dévotion, par sa vertu et par ses mérites, le ministre n’ajoute donc rien, directement, à la grâce sacramentelle. Toutefois, il peut obtenir de Dieu par sa prière une meilleure disposition chez les fidèles et permettre à cette même grâce de porter du fruit plus vite et plus abondamment. C’est sous ce rapport indirect et subordonnée – du point de vue de la fécondité de la grâce sacramentelle – qu’un prêtre peut ajouter ou retrancher quelque chose à un sacrement : Dieu plante, et les ministres arrosent (sans qu’ils ne soient l’unique source d’eau...).

 Circonstances exceptionnelles

Le péché peut être à ce point grave (apostasie, et autres péchés réservés) que le ministre soit interdit d’exercer son ministère. Les fidèles n’ont donc plus le droit de recevoir de ce ministre les sacrements : le fidèle qui, en connaissance de cause (cf. la règle ecclesia supplet), reçoit d’un ministre un sacrement illégitime et non autorisé viole un précepte d’Église et transgresse la puissance ministérielle de l’Église intervenant dans la production des sacrements. Il met un obstacle à la grâce sacramentelle et le sacrement n’est plus valide (notamment le sacrement d’eucharistie et de confession). Le sacrement reçu dans ce cas ne sert plus à l’édification, mais à la ruine.

Ce n’est qu’en cas de danger de mort que l’Église permet à tous de baptiser, et à n’importe quel prêtre d’absoudre. Toutefois si les circonstances étaient telles qu’elles entraînent ambiguïté ou scandale, alors le fidèle devrait renoncer aux sacrements, ayant toutefois l’assurance de recevoir les grâces sacramentelles par le désir du sacrement.

Notons aussi qu’il appartient encore à l’Église, toujours en raison de sa puissance ministérielle, de reconnaître – ou non – les sacrements pratiqués dans telle Église séparée. Par exemple, les baptêmes protestants sont reconnus, mais non les cènes.

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