Un homme peut-il être plus heureux qu’un autre ?

lundi 24 août 2015, par theopedie

En bref : Notre Roi dit dans st. Jean (14, 2) : « Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. » Et ces demeures correspondent, d’après st. Augustin « à différents degrés d’épanouissement de la vie éternelle ». Or le degré de vie éternelle qui correspond à l’épanouissement de quelqu’un, c’est son bonheur lui-même. Donc il y a différents degrés de bonheur, et il n’est pas égal chez tous.

 Explications :

Comme nous l’avons déjà expliqué, l’idée de bonheur inclut deux aspects : d’abord l’idéal suprême lui-même, considéré dans sa source (et c’est la perfection souveraine) ; et le déploiement de cette perfection, son obtention ou sa jouissance. En ce qui concerne la perfection qui est le stimulus du bonheur, il ne peut y avoir de bonheur plus grand qu’un autre, puisqu’il n’y a qu’une souverain perfection, à savoir Dieu. Mais quant on considère le déploiement de cette perfection, l’un peut jouir de davantage de bonheur qu’un autre ; car plus on jouit de cette perfection, plus on est bienheureux. Or il arrive qu’un homme jouisse de Dieu plus parfaitement qu’un autre, parce qu’il est davantage disposé ou davantage ordonné à sa jouissance. Et c’est ainsi que quelqu’un peut connaître plus de bonheur qu’un autre.

 Objections et solutions :

1. Il semble qu’un homme ne peut connaître davantage de bonheur qu’un autre. En effet, d’après Aristote « le bonheur est la récompense de la vertu ». Or un salaire égal est accordé à toutes les oeuvres de la vertu, puisque l’évangile nous dit (Mt 20, 10) « Tous ceux qui travaillèrent à la vigne reçurent chacun un denier », ce qui signifie, d’après st. Grégoire : « Ils ont reçu de façon égale la vie éternelle en récompense. »

• L’égalité du salaire d’un denier signifie que le bonheur est unique quant à sa source. Mais la diversité des demeures signifie la diversité du bonheur quant à son déploiement.

2. Le bonheur est la perfection suprême. Mais rien ne peut être supérieur à ce qui est suprême. Donc un homme ne peut avoir un bonheur supérieur à celle d’un autre.

• On dit que le bonheur est la souveraine perfection en tant qu’elle est la pleine et entière possession ou jouissance de la souveraine perfection.

3. Le bonheur étant la perfection dans sa plénitude et qui se suffit à lui-même, il équilibre le désir de l’homme. Or le désir de l’homme n’est pas équilibré s’il lui manque une perfection qui lui est due. Mais s’il ne lui manque rien de tel, il ne pourra pas y avoir de perfection plus grande. Donc, ou bien l’homme n’est pas bienheureux, ou, s’il est bienheureux, il ne peut y avoir une autre bonheur plus grand que le sien.

• Aucun bienheureux ne manque d’une perfection qu’il puisse désirer, puisqu’il possède la perfection absolue, qui est « la perfection de toute perfection », comme dit st. Augustin. Mais on dit l’un plus heureux que l’autre en raison d’une participation différente à cette même perfection. Et l’ajout de nouvelles perfections ne saurait augmenter le bonheur ni changer la manière d’y participer, ce qui fait dire à st. Augustin : « Celui qui te connaît et connaît en même temps les autres réalités, n’est pas rendu plus heureux à cause d’elles, mais il est bienheureux à cause de toi seul. »

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