Un homme ordonne-t-il toute sa vie à un idéal suprême ?

lundi 27 juillet 2015, par theopedie

En bref : Oui, car st. Augustin écrit « Notre bonheur suprême est ce pourquoi tout le reste est aimé, tandis que lui est aimé pour lui-même. »

Tout ce que à quoi l’homme aspire, il y aspire en raison d’un idéal suprême. On peut y donner deux raisons.

D’abord, tout ce à quoi la personne aspire, il y aspire parce que cela est pour lui une perfection, et si ce n’est comme la perfection intégrale de sa personne et son idéal suprême, il faut qu’il y aspire au moins comme une perfection qui participe - même si la personne n’en est pas consciente - à sa perfection intégrale ; car le développement d’une chose tend toujours à sa plénitude, comme on le voit dans les œuvres de la nature et de l’homme. Ainsi, tout développement et tout épanouissement est orienté vers une plénitude, atteinte en un optimum suprême.

En second lieu, notre idéal fondamental agit, à travers les aspirations qu’il suscite dans notre désir, à la manière d’un événement fondamental mettant en branle une chaîne d’événements. Or on constate que les causes secondes n’exercent de causalité que parce qu’elles participent à une cause fondamentale. Ainsi, notre désir n’aspire-t-il à quelque chose de secondaire qu’en fonction du rapport que cette chose entretient avec le fondement de notre désir, c’est-à-dire avec notre idéal suprême.

Objections et réponses :

1. Tout ce que une personne souhaite vivre n’est pas en vue d’un idéal suprême. En effet, ce qu’on oriente vers un idéal suprême, c’est ce qu’on appelle les choses graves, ainsi nommées parce qu’elles sont importantes. Or le jeu n’en fait pas partie. Donc, ce que la personne fait par jeu, il ne l’ordonne pas à un idéal suprême.

• Si ces jeux ne tendent pas à un idéal extrinsèque, ils tendent cependant à la perfection de celui qui joue, car il y trouve plaisir et détente. Or la perfection de l’existence humaine portée à sa plénitude, tel est notre idéal suprême.

2. Aristote dit que les sciences spéculatives sont recherchées pour elles-mêmes. On ne peut cependant pas dire que chacune d’elles soit un idéal suprême. Donc la personne ne désire pas tout ce qu’il désire en vue du idéal suprême.

• La science spéculative est recherchée comme participant du bonheur dans sa plénitude, c’est-à-dire de notre l’idéal suprême.

3. Celui qui dirige une action vers un but est conscient du but à atteindre. Mais une personne n’est pas toujours consciente de son idéal suprême en tout ce qu’elle entreprend ou désire. Donc on ne désire et on ne fait pas tout en vue d’un idéal suprême.

• Il n’est pas nécessaire, au cours de notre action, qu’on ait sans cesse à l’esprit un idéal suprême. L’influence d’une intention fondamentale, dirigée vers un idéal suprême, persiste en chacune de nos aspirations et de nos désirs, alors même on n’est pas conscient pas de l’objectif final. Un homme en chemin ne pense pas au terme du voyage à chacun de ses pas.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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