Toutes les icônes sont-elles des sacrements ?

lundi 30 juin 2014, par theopedie

En bref : Toutes les icônes et toutes les signes sacrés ne sont pas des sacrements. Les sacrements sont en effet un type particulier d’icônes, à savoir des signes sacrés performatifs, lesquels réalisent la sanctification et la consécration de l’homme à Dieu.
JPEG - 156.7 ko
Icone orthodoxe
Jésus enseignant

Nous l’avons dit, dans un sens large, tout signe sacré est sacrement dans la mesure où, précisément, le sacrement se définit comme un « sacrum secretum ». Mais, dans un sens plus précis, on appelle à proprement parler sacrement uniquement ces signes qui rendent l’homme sacré. Les sacrements sont donc des icônes d’un type particulier, à savoir des icônes performatives, en ceci qu’elles accomplissent en l’homme ce qu’elles signifient, à savoir sa consécration à Dieu. Nous citons, ci-après, un article de Thomas d’Aquin qui reprend cette question (III,60,2).

Extrait de la somme de Théologie

Thèse

On ne donne des signes proprement dits qu’aux hommes, car c’est leur condition de parvenir à ce qu’ils ignorent au moyen de ce qu’ils connaissent. Aussi appelle-t-on sacrement, à proprement parler, ce qui est le signe d’une réalité sacrée intéressant les hommes ; de telle sorte qu’à proprement parler on appelle sacrement, dans le sens où nous traitons ici des sacrements, ce qui est le signe d’une réalité sacrée, en tant qu’elle est sanctifiante pour les hommes.

Arguments et contre-arguments

  • Il ne le semble pas car toutes les créatures sensibles sont des signes de réalités sacrées, comme dit S. Paul (Rm 1, 20) : « Les perfections invisibles de Dieu se font connaître par ses créatures. » Et pourtant on ne peut dire que toutes les choses sensibles sont des sacrements.
    • Les créatures sensibles signifient quelque chose de sacré, c’est vrai, car elles manifestent la sagesse et la bonté divines en tant qu’elles sont sacrées en elles-mêmes, mais non en tant qu’elles servent à notre sanctification. C’est pourquoi on ne peut les appeler des sacrements au sens où nous en parlons ici.
  • Tous les faits de l’ancienne loi figuraient le Christ qui est bien une réalité sacrée, puisqu’il est « le Saint des saints ». Car « tout leur arrivait en figure » selon S. Paul (1 Co 10, 11), qui dit encore : « C’est l’ombre de ce qui doit venir ensuite. La réalité est au Christ » (Col 2, 17). Et cependant toutes les actions des Pères de l’Ancien Testament, toutes les cérémonies de la loi ne sont pas des sacrements, sauf cas particuliers traités dans la deuxième Partie.
    • Certains faits de l’Ancien Testament signifiaient la sainteté du Christ en tant qu’il est saint en lui-même. Mais d’autres signifiaient sa sainteté en tant que sanctifiante pour nous ; ainsi l’immolation de l’agneau pascal signifiait l’immolation du Christ par laquelle nous avons été sanctifiés. Ce sont ceux-là seuls qu’on appelle sacrements de l’ancienne loi.
  • Sous la loi nouvelle également, bien des choses jouent ce rôle de signes d’une réalité sacrée, sans pourtant qu’on les appelle des sacrements : par exemple l’aspersion d’eau bénite, la consécration de l’autel, etc. Donc tout signe d’une réalité sacrée n’est pas un sacrement.
    • On qualifie une chose d’après ce qui lui est attribué à titre de fin et d’achèvement. Or c’est la perfection qui est la fin, ce n’est pas la disposition. Les choses auxquelles se rapporte l’objection signifient seulement la disposition à la sainteté et ne portent pas le nom de sacrement. On réserve ce nom à ce qui signifie la sainteté comme complètement constituée dans son sujet humain.

Répondre à cet article