Tout homme désire-t-il le bonheur ?

dimanche 30 août 2015, par theopedie

En bref : St. Augustin écrit : « Si le bouffon avait dit : « Vous souhaitez tous être heureux, vous ne souhaitez pas être malheureux » ; il n’aurait fait qu’exprimer le souhait de la liberté de chacun de ses auditeurs. »

Le bonheur peut être envisagé de deux manières. En premier lieu, selon qu’il est considéré de manière générale, et à ce titre, tout homme souhaite nécessairement être heureux. En effet, le bonheur considéré de manière générale consiste, avons-nous dit, dans la perfection dans sa plénitude. Et puisque la perfection est le stimulus de la liberté, la perfection dans sa plénitude est celle qui satisfait la liberté dans sa plénitude. Désirer le bonheur, ce n’est pas autre chose que désirer l’épanouissement de sa liberté, et cela tout le monde le veut.

En second lieu, nous pouvons considérer le bonheur selon ce qu’il est de manière précise, quant à ce qui est la source d’un tel bonheur. Et, ainsi considéré, tous ne connaissent pas le bonheur, parce que tous ne savent pas ce qui satisfait ce qu’ils connaissent du bonheur en général. Dans ce sens, il est vrai de dire que tous ne le désirent pas.

Objections et solutions :

1. Nul, en effet, ne peut désirer ce qu’il ignore, puisque c’est la perfection que l’on perçoit qui stimule notre liberté, dit Aristote. Or beaucoup ne savent pas ce que c’est que le bonheur, ce qui se voit, observe st. Augustin à ce que « les uns mettent le bonheur dans les jouissances charnelles, d’autres dans les valeurs spirituelles, d’autres dans autre chose ». Donc tous les hommes ne désirent pas le bonheur.

• Cf. supra

2. La nature du bonheur consiste, a-t-on dit, dans la vision de la nature divine. Mais certains jugent impossible que Dieu soit vu par l’homme dans sa nature même : ils ne le désirent donc pas.

• Puisque le mouvement de notre liberté dépend des considérations de notre esprit, et puiqu’il arrive qu’une chose identique dans la réalité soit diverse selon le point de vue avec lequel l’esprit l’envisage ; ainsi arrive-t-il que, tout en étant unique, une chose soit désirée d’un certain point de vue et non selon un autre. Ainsi le bonheur peut être considéré comme la perfection idéale, pleine et entière, et alors il est considéré de manière générale et abstraite ; en ce cas, la liberté tend vers elle spontanément et nécessairement, nous l’avons dit. Mais le bonheur peut aussi être envisagé concrètement et selon des points de vue plus précis, soit du côté de l’activité qui le constitue, soit du côté de la faculté qui agit, soit du côté de l’objet qui en est la source, et alors la liberté n’y tend pas nécessairement.

3. St. Augustin écrit : « Celui-là est heureux qui a tout ce qu’il souhaite, et ne souhaite rien de mal. » Or tout le monde n’a pas de pareil souhaits, car il en est qui souhaitent des choses mauvaises ; et qui le savent. Donc tous ne souhaitent pas le bonheur.

• Quant aux définitions du bonheur qui proviennent de cette phrase (« bienheureux celui qui a tout ce qu’il souhaite » ou : « celui qui a tout réussi à souhait »), ces définitions, entendues en un certain sens, peuvent être regardées comme bonnes et suffisantes, mais, entendues en un autre sens, elles sont insuffisantes. Si en effet on les entend d’absolument tout ce que l’homme souhaite en vertu de son désir spontané, alors il est vrai que celui qui a tout ce qu’il souhaite est heureux ; car rien ne rassasie l’aspiration spontanée de l’homme, si ce n’est la perfection dans sa plénitude, et ceci est le bonheur. Mais si l’on entend par là ce que l’homme désire selon ce que esprit considère, alors certaines choses que l’on souhaite ont moins de rapport avec le bonheur qu’avec la misère, parce que leur possession empêche l’homme d’obtenir ce qu’il désire pourtant spontanément, de même qu’il arrive parfois que l’esprit considère pour vrai ce qui fait pourtant obstacle à la connaissance de la vérité. Voilà pourquoi st. Augustin ajoute, comme condition du bonheur dans sa plénitude, qu’on ne souhaite rien de mal, quoique la première formule, correctement comprise eût pu suffire : « bienheureux celui qui possède tout ce qu’il souhaite. »

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