Tous les péchés mortels sont-ils enlevés par la pénitence ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : On lit dans Ézéchiel (1 8, 22) : « De toutes les iniquités qu’il a commises, je ne me souviendrai plus. »

 Explication :

Qu’un péché ne puisse être effacé par la pénitence, cela ne pourrait arriver que de deux façons : ou bien parce que le pécheur ne pourrait plus se repentir de son péché, ou bien parce que la pénitence ne pourrait effacer celui-ci. Le premier cas est celui des démons et aussi des hommes damnés, dont les péchés ne peuvent être effacés par la pénitence, parce que leurs cœurs sont confirmés dans le mal de telle sorte que le péché ne peut plus leur déplaire, en tant que faute. Il ne leur déplaît que pour la peine qu’ils subissent. Ce déplaisir leur donne une certaine pénitence, mais une pénitence infructueuse, selon la Sagesse (5, 3) : « Ils font pénitence et gémissent sous l’angoisse de l’esprit. » Une telle pénitence n’est pas accompagnée de l’espoir du pardon, mais du désespoir.

Or cela ne peut être le cas de l’homme voyageur, dont le libre arbitre reste toujours capable de se porter au bien ou au mal. Ainsi donc, dire qu’il peut y avoir en cette vie un péché dont le pécheur ne puisse pas se repentir, c’est une erreur. D’abord parce que c’est supprimer le libre arbitre, ensuite parce que c’est rabaisser la puissance de la grâce qui peut amener à la pénitence le cœur de n’importe quel pécheur, selon les Proverbes (21, 1) : « Le cœur du roi est dans la main de Dieu qui l’inclinera où il voudra. »

C’est également une erreur de dire qu’un péché ne peut être remis par la vraie pénitence. 1° Cela contredit la miséricorde divine dont Joël nous dit (2, 13) : « Dieu est bon, miséricordieux, patient, et l’abondance de sa miséricorde l’emporte sur la malice du pécheur. » C’est Dieu, au contraire, qui serait d’une certaine façon vaincu par l’homme, si l’homme voulait la rémission d’un péché, alors que Dieu ne la voudrait pas. 2° Cette erreur rabaisse la puissance de la passion du Christ, par laquelle opère la pénitence, comme les autres sacrements, puisqu’il est écrit (1 Jn 2, 2) : « Lui-même (jésus) est propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier. » Donc il faut dire, sans restriction, que tout péché en cette vie peut être effacé par la pénitence.

 Objections et réponses :

1. S. Paul dit d’Ésaü (He 12,17) : « Il ne trouva plus la pénitence, bien qu’il l’ait cherchée avec larmes », ce qui veut dire, d’après la Glose : « Il ne trouva plus de pardon ni de bénédiction par la pénitence. » On dit également d’Antiochos (2 M 9,13) : « Ce scélérat priait Dieu, qui ne devait plus avoir pitié de lui. » Il ne semble donc pas que tous les péchés soient remis par la pénitence.

  • La pénitence d’Ésaü n’était pas une vraie pénitence. On le voit par ce qu’il disait (Gn 27, 41) : « Quand on fera le deuil de mon père, je tuerai Jacob mon frère. » De même la pénitence d’Antiochos : il ne regrettait pas sa faute à cause de l’offense faite à Dieu, mais à cause de la maladie corporelle dont lui-même souffrait.

2. S. Augustin écrit : « Si quelqu’un, après avoir connu Dieu par la grâce du Christ, attaque la fraternité et se laisse agiter par les feux de l’envie contre la grâce elle-même, la plaie de son péché est telle que cette âme ne peut plus accepter l’humilité de la prière, même si sa mauvaise conscience l’oblige à reconnaître et à dénoncer son péché. » Il n’est donc pas vrai que tout péché puisse être enlevé par la pénitence.

  • Voici comme il faut entendre cette parole de S. Augustin : « La plaie du péché est telle que cette âme ne peut plus accepter », c’est-à-dire accepte difficilement « l’humilité de la prière ». Ainsi appelle-t-on incurable celui qui guérit difficilement. Mais cette difficulté peut être vaincue par la vertu de la force divine qui, parfois, « ramène des profondeurs de la mer » (Ps 68, 23).

3. Le Seigneur lui-même a dit (Mt 12, 32) : « Si quelqu’un dit une parole contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni dans ce siècle, ni dans l’autre. » Donc tout péché ne peut pas être remis par la pénitence.

  • Cette parole ou blasphème contre l’Esprit Saint, c’est l’impénitence finale, dit S. Augustin. C’est un péché tout à fait irrémissible, car après la fin de cette vie il n’y a plus de rémission des péchés. Cependant, si l’on entend par blasphème contre le Saint-Esprit le péché commis par malice voulue, ou le blasphème proprement dit contre le Saint-Esprit, on dit qu’il n’est pas remis pour signifier qu’il n’est pas remis facilement, soit parce qu’un tel péché n’a pas en lui de cause excusante, soit parce qu’un péché de ce genre est puni dans ce siècle et dans le siècle futur, comme nous l’avons montré dans la deuxième Partie.

P.-S.

(Article tiré de Saint Thomas III,86,1)

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