Tous les chrétiens sont-ils prêtres ?

jeudi 23 avril 2015, par theopedie

En bref : Oui, tous les chrétiens sont prêtres, mais uniquement de manière dérivée, car seul Jésus est prêtre au sens plein du terme. Et c’est pour manifester l’union des chrétiens au sacerdoce du Christ que des prêtres sont institués comme icônes vivantes de ce sacerdoce.

Tous les chrétiens sont prêtres, mais ils exercent leur office sacerdotal de manière dérivée. Ils sont prêtres lato sensu : seul Jésus est dit prêtre dans un sens premier, parfait et exemplaire — c’est-à-dire grand-prêtre. Afin de manifester et de réaliser cette participation des chrétiens à son sacerdoce, le Christ a institué sur terre des ministres qu’il a consacrés comme icônes vivantes de son sacerdoce. Ce sont les prêtres stricto sensu — les presbytres et les évêques.
Jésus-Christ est le seul véritable prêtre. Mais chaque chrétien participe à son sacerdoce par sa vie spirituelle et sacramentelle (sacerdoce commun). C’est afin de permettre cette participation de chaque chrétien au sacerdoce du Christ qu’il existe des prêtres au sens restreint du mot (sacerdoce ministériel).

Entre le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel, il existe « une différence essentielle et non seulement de degré [...] : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. [...] Ils sont cependant ordonnés l’un a l’autre » (Vatican II, Lumen Gentium, 10).

 Jésus seul grand-prêtre

Être prêtre signifie pouvoir offrir à Dieu des offrandes sacrées et servir d’intermédiaire entre Dieu et les hommes. Dans le Nouveau Testament, cet honneur est réservé à Jésus : parce qu’il a offert à Dieu sa vie exemplaire et parfaite sur l’autel de la croix, et parce que Dieu a accepté son offrande en plaçant cette vie au paradis près de lui, Jésus est devenu le prêtre par excellence, c’est-à-dire le grand-prêtre. Telle est la doctrine de la Bible, explicitée dans la lettre aux Hébreux, et résumée ainsi par le père Vanhoye :

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Jésus en habit de grand-prêtre
Illustration pour enfants de la théologie de la lettre aux Hébreux.

Le Christ n’a pas eu besoin de chercher une victime hors de lui-même ; il s’est offert lui-même (Hébreux 7, 27 ; ). Au lieu des immolations d’animaux, il a offert son obéissance personnelle qui est allée jusqu’à la mort (Hébreux 10, 5-10). Il n’a pas cherché de cérémonies symboliques, conventionnelles, mais il a pris sa propre existence. Dans le Christ se trouve donc effacée la distinction entre le prêtre et la victime, de même qu’entre le culte et la vie. (Cardinal Vanhoye)

 Le sacerdoce commun

Ayant affirmé que Jésus est le seul véritable prêtre, il est maintenant possible de parler du sacerdoce de tous les chrétiens. Parce qu’ils vivent de la vie de Jésus et qu’ils ont reçu par le baptême sa grâce et son Esprit (1 Corinthiens 3, 16), ils sont appelés à offrir comme lui le culte spirituel : consacrer et offrir à Dieu une vie en sacrifice parfait, saint et irréprochable (Romains 12, 1). En ce sens, tous les chrétiens sont prêtres :

Prenez place vous aussi, comme des pierres vivantes, dans la construction du temple spirituel. Vous y formerez un groupe de prêtres consacrés à Dieu, vous lui offrirez des sacrifices spirituels, qui lui seront agréables par Jésus-Christ. [...] Mais vous, vous êtes la race choisie, les prêtres du Roi, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu. Il vous a appelés à passer de l’obscurité à sa merveilleuse lumière, afin que vous proclamiez ses œuvres magnifiques. 1 Pierre 2, 5-9
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Jésus et les chrétiens : sacerdoce commun et sacerdoce christique
Relativement kitsch, mais théologiquement juste. On ne peut pas tout avoir.

On notera toutefois que les chrétiens sont dits prêtres, sans distinction d’âge et de sexe, mais de manière relative : c’est parce qu’ils participent au sacerdoce et à la vie du Christ qu’ils peuvent eux-mêmes offrir à Dieu des sacrifices.

La comparaison établie ci-dessus entre le sacerdoce réel du Christ et le sacerdoce réel des chrétiens a mis en relief la ressemblance. Elle a omis de noter une différence fondamentale : le Christ était capable de réaliser personnellement le culte existentiel parfait (cf. Hébreux 9, 14) ; les chrétiens ne sont pas capables de le réaliser par eux-mêmes. Ce n’est qu’unis au Christ qu’ils peuvent élever leur vie jusqu’à Dieu dans une charité authentique envers leurs frères.
(Cardinal Vanhoye sacerdoce commun et sacerdoce ministériel)

Précisons maintenant ce sacerdoce commun :

Les fidèles, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâce, le témoignage d’une vie sainte, par leur renoncement et leur charité effective (Vatican II, Lumen Gentium, 10)

 Le sacerdoce institué

Même la citation de saint Pierre, la plus explicite, ne laisse aucun doute : ce n’est qu’en s’approchant du Christ que l’on peut devenir prêtre. L’expression de 1 Pierre 2, 5-9 ne peut s’interpréter, comme il arrive trop souvent, du seul sacerdoce commun, à l’exclusion du sacerdoce ministériel. Car tous les chrétiens ne sont pas « rois » au sens restreint du mot, de même qu’ils ne sont pas tous « prêtres » au sens restreint du mot. Mais il s’agit là d’un sacerdoce et d’une royauté dérivés, lesquels présupposent l’existence d’une royauté et d’un sacerdoce véritable, celui du Christ, grâce auquel ce sacerdoce commun puise sa force et sa signification.

Et de même que cette participation des fidèles au sacerdoce du Christ a besoin d’être manifestée et réalisée, car elle n’est pas spontanée, de même ce sacerdoce commun a besoin d’être donné et institué. Et c’est là le rôle d’un troisième type de sacerdoce : le sacerdoce institué.

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Le prêtre,
icône vivante de Jésus grand prêtre.
(ici des prêtres orthodoxes)

Cette situation [de sacerdoce participé] doit être manifestée objectivement dans la vie chrétienne puisqu’elle est fondamentale pour le sacerdoce des chrétiens. En cela consiste la fonction du sacerdoce ministériel : être le sacrement de la médiation du Christ, manifester la présence du Christ médiateur, afin que les chrétiens puissent accueillir explicitement cette médiation. Au service du Christ médiateur d’une nouvelle alliance » (Hébreux 9, 1-5 ; Hébreux 8, 6), sont donc constitués des ministres de la nouvelle alliance (2 Corinthiens 3, 6), qui actualisent sa présence à travers la diversité des lieux et des temps.
Cardinal Vanhoye (sacerdoce commun et sacerdoce ministériel)

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Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel
Cardinal Vanhoye

Précisons ce sacrement de la médiation du Christ. Le sacrifice que Jésus Christ a fait de lui-même sur la croix a accompli et consommé objectivement, une fois pour toutes, le sacerdoce de la rédemption : le péché est expié, l’abîme qui nous séparait de Dieu est comblé, l’accès du Saint des saints dans les cieux nous est ouvert (Hébreux 10, 19). La rédemption opérée sur la croix est éternelle et vaut pour tous les temps (Hébreux 9, 12) : elle n’a pas besoin d’être complétée ou augmentée ou réitérée. Mais une chose reste nécessaire : l’application de ce sacrifice, c’est-à-dire la communication à chaque âme des fruits de ce sacrifice expiatoire, et cette communication se fait par un rite sacramentel : 1 Pierre 1, 2 ; Hébreux 12, 24 ; etc. En effet, le sacrifice du Christ ne profite qu’à ceux à qui le mérite des tortures du Christ est communiqué (Concile de Trente, 6,3). Pour que les rachetés trouvent la sanctification et la béatitude, il faut encore que l’homme croit et coopère à l’œuvre de Dieu, qu’il s’approprie la grâce que le Christ lui a obtenue. Or, l’application ou la communication des grâces suppose un médiateur, et c’est là le rôle du prêtre.

Il s’agit là d’une médiation descendante (du Christ vers son peuple). A cette médiation s’ajoute une médiation ascendante (du peuple vers le Christ) :

Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; (Vatican II, Lumen Gentium, 10)

C’est cette double médiation qui explique et fonde le besoin d’un sacerdoce institué.

 Conclusion

Au total, il y a trois sacerdoces :

  • le sacerdoce du Christ, fondement ultime : il est dit « grand-prêtre » ;
  • le sacerdoce commun de tous les chrétiens : ils sont dits « prêtres » au sens large ;
  • un sacerdoce institué : les « prêtres » au sens officiel et ministériel.

Ces derniers ont pour tâche de réaliser par la liturgie sacramentelle la participation de tous les chrétiens au sacerdoce du Christ. On dira ainsi que les prêtres agissent in persona Christi pour matérialiser l’unique sacerdoce du Christ, mais qu’ils agissent aussi in persona Ecclesiae pour rendre compte du sacerdoce commun des fidèles auquel tout croyant participe par la grâce baptismale. On peut encore dire qu’ils agissent in persona Christi capitis Ecclesiae pour montrer comment leur ministère résume cette articulation des deux sacerdoces.

Les prêtres sont donc institués au service du sacerdoce commun de toutes l’Église : le prêtre a pour rôle de permettre à chaque chrétien d’offrir sa propre vie à Dieu à travers Jésus-Christ. Il est l’icône vivante de la médiation établie par Jésus entre Dieu et les hommes. Le prêtre a pour fonction la sacralisation du Peuple de Dieu, c’est-à-dire l’alliance divino-humain qu’a réalisée le Christ.
Selon Ephésiens 4, 12, les prêtres sont établis par le Christ afin « d’organiser les saints (c’est-à-dire les chrétiens) pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi. »

P.-S.

Voici un résumé des textes officiels parlant du sacerdoce commun et du sacerdoce ministériel trouvé ici :

Entre le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel il existe « une différence essentielle et non seulement de degré […] : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective » (concile Vatican II, constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium, n° 10). Le sacerdoce ministériel ou hiérarchique et le sacerdoce commun de tous les fidèles « sont cependant ordonnés l’un à l’autre » (Ibid.). « Alors que le sacerdoce commun des fidèles réalise dans le déploiement de la grâce baptismale, vie de foi, d’espérance et de charité, vie selon l’Esprit, le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun, il est relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens. Il est un des moyens par lesquels le Christ ne cesse de conduire son Église. C’est pour cela qu’il est transmis par un sacrement propre » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1547).

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