Sous quelle vertu faut-il ranger la pénitence ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : S. Augustin nous dit « La pénitence est une sorte de vengeance que tire de lui-même celui qui pleure ses péchés, et qui châtie continuellement en lui le mal qu’il regrette d’avoir commis. » Mais tirer vengeance est un acte qui relève de la justice. C’est pourquoi Cicéron fait de la vengeance une espèce de la justice. Donc il semble bien que la pénitence soit une espèce de la justice.

Nous l’avons dit plus haut, la pénitence ne tire pas son caractère spécial du seul fait qu’elle regrette le mal commis, regret auquel suffirait la charité, mais de ce que le pénitent regrette son péché en tant qu’il est offense de Dieu, et se propose de le réparer. Or la réparation d’une offense commise contre quelqu’un ne se fait point par la seule cessation de cette offense. Elle exige en outre une compensation. Cette compensation a sa place, comme la rétribution, dans la réparation des offenses contre autrui. La seule différence, c’est que la compensation vient avec la satisfaction, de celui qui a été l’offenseur, tandis que la rétribution vient de celui contre qui l’offense a été commise. Les deux exigences sont matière de justice, parce qu’elles sont une sorte d’échange. Il est donc évident que la pénitence, en tant que vertu, est une partie de la justice.

On doit savoir cependant que le Philosophe distingue deux sortes de justice : la justice absolue et la justice relative. La justice est une certaine égalité. Le Philosophe l’appelle justice politique ou civile, parce que tous les citoyens sont égaux en tant qu’hommes libres, soumis immédiatement au prince. La justice relative se dit des relations entre personnes dont l’une est sous le pouvoir de l’autre, comme l’esclave est sous le pouvoir du maître, le fils sous celui du père, l’épouse sous celui du mari. C’est de cette justice qu’il s’agit dans la pénitence. La pénitence recourt donc à Dieu, avec la résolution de s’amender, comme l’esclave à son maître (Ps 123, 2) : « Comme les yeux des esclaves fixent les mains de leurs maîtres, ainsi nos yeux vers le Seigneur notre Dieu attendent sa pitié. » Comme le fils à son père (Lc 15, 18) « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi » et comme l’épouse à son mari, selon Jérémie (3, 1) : « Tu t’es souillée avec beaucoup d’amants, mais reviens à moi, dit le Seigneur »

P.-S.

(Article tiré de Saint Thomas III,85,1)

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