Sommes-nous libres lorsque nous n’agissons pas (abstentions) ?

mercredi 2 septembre 2015, par theopedie

En bref : On qualifie de libre ce dont nous sommes maîtres. Mais nous sommes maîtres d’agir ou de ne pas agir, de souhaiter et de ne pas souhaiter. Donc, de même que nos activités et nos souhaits sont libres, de mêmes en est-il de nos abstentions.

On qualifie de libre ce qui procède de notre liberté. Mais il y a deux façons pour une chose de procéder d’une autre :

• directement, c’est-à-dire comme une réalité émanant d’un agent, à la manière dont la couleur émane de la lumière.

• ou bien indirectement, du fait même qu’il n’y a pas d’action, à la manière d’un naufrage de navire provenant d’une absence du pilote.

Toutefois, il est à remarquer que les conséquences d’une absence d’acte ne doivent pas toujours être attribuées, comme à leur cause, à l’agent du seul fait qu’il n’agit pas, mais seulement lorsqu’il pouvait et devait agir. Ainsi le pilote qui n’avait pas les moyens de diriger le navire ou auquel sa direction n’avait pas été confiée, ne serait-il pas responsable d’un naufrage qui résulterait de l’absence du pilote.

Donc, puisque la liberté peut, en souhaitant et en voulant, s’interdire de ne pas souhaiter et de ne pas vouloir, et puisque parfois elle le doit, ne pas souhaiter et ne pas vouloir lui est imputé comme venant d’elle. C’est de cette façon que la liberté s’étend même à l’abstention d’activité ; tantôt sans activité extérieure mais avec une activité intérieure comme lorsqu’il y a le souhait de ne pas agir, tantôt même dans l’absence d’activité intérieure lorsqu’il n’y a pas de souhait.

Objections et solutions :

1. On qualifie de libre ce qui procède de la liberté. Or rien ne peut procéder de la liberté sinon par une activité, à tout le moins une activité de liberté. Il ne peut donc y avoir de liberté sans activité.

• La qualification de libre ne convient pas seulement à ce qui procède directement de la liberté parce qu’elle est active, mais encore à ce qui résulte indirectement d’elle parce qu’elle est inactive.

2. On dit que quelqu’un souhaite quelque chose de par l’activité de sa liberté ; de même, cette activité cessant, on dit qu’il ne souhaite rien à cause de l’activité de sa liberté. Mais n’avoir aucun souhait supprime la liberté. Donc il ne peut y avoir de liberté si l’activité de la liberté vient à s’interrompre.

• L’expression « ne pas souhaiter » (non velle) peut être entendue en deux sens. Ou bien comme si c’était un seul mot, c’est-à-dire comme l’infinitif du verbe « je souhaite ne pas » (nolo) ; de même que l’expression « je ne souhaite pas lire » (nolo legere) signifie « je souhaite ne pas lire » (volo non legere), ainsi « ne pas souhaiter lire » (non velle legere) signifie « souhaiter ne pas lire » (velle non legere) ; en ce sens « ne pas souhaiter » est engendre une liberté. - Ou bien « ne pas souhaiter » est pris comme un terme complexe, auquel cas on affirme aucun souhait libre en acte, et cet absence de souhait ne cause pas de liberté.

3. Nous l’avons dit, la connaissance est nécessaire à la liberté. Mais la connaissance vient d’une activité. Donc il ne peut y avoir de liberté sans activité.

• Une activité cognitive est requise pour la liberté de la même manière qu’une activité libre et volitive : qu’on ait effectivement le pouvoir de discerner, comme de souhaiter et d’agir. Et alors, de même que « ne pas souhaiter » et « ne pas agir », lorsque c’était le moment, est de notre liberté, ainsi en est-il pour « ne pas discerner ».

Répondre à cet article