Selon les chrétiens, peut-on démontrer l’existence de Dieu ?

mercredi 28 août 2013, par theopedie

En bref : Cet article ne traite pas des « preuves de Dieu » en soi, mais uniquement de la question suivante, plus restreinte : Les chrétiens croient-ils que l’on peut démontrer l’existence de Dieu ?

Deux attitudes chrétiennes prévalent face aux « preuves de l’existence de Dieu » : (1) certains chrétiens, généralement de tradition catholique, pensent que l’on peut prouver l’existence de Dieu. (2) D’autres chrétiens, généralement de tradition protestante, pensent que l’on ne peut pas prouver l’existence de Dieu. Nous examinons brièvement chacun de ces traditions. L’examen des différentes preuves de l’existence de Dieu est disponible ici.

 La tradition catholique

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Le concile Vatican I (1870)

La pensée catholique accorde beaucoup d’importance à la raison humaine : elle représente pour eux la troisième source d’autorité, après la Bible et la tradition de l’Église. Cette valorisation de la raison humaine les pousse à croire qu’il y a tout ce qu’il faut dans l’esprit humain (on parle de « connaissance naturelle ») pour parvenir à la conclusion que Dieu existe. Cet a priori optimiste s’exprime de manière officielle dans les textes catholiques. Depuis le concile de Vatican I, la connaissance naturelle de Dieu est ainsi devenue une proposition de la foi catholique. Autrement dit, toute personne lorsqu’elle veut parler au nom de l’Église catholique, est tenue de défendre la possibilité pour la raison naturelle de parvenir à la conclusion que Dieu existe :

Dieu, principe et fin de toute chose, peut être connu avec certitude par la lumière de la raison humaine à partir des choses créées car, comme le dit l’Épître de Paul aux Romains (1,20), depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu se laissent voir à l’intelligence par ses œuvres (Vatican I, 1869-1870, Constitution Dei Filius).

Dans ce texte officiel, les mots « démonstrations » et « preuves » ont été délibérément écartés. Il s’agit donc simplement d’une connaissance certaine, non pas au sens cartésien de la certitude ou au sens mathématique de la preuve logique, mais d’une certitude au sens courant du mot. Aucune démonstration particulière n’est non plus canonisée : on parle de la possibilité d’une telle démonstration, non de son fait. Mais cette possibilité est reconnue aux forces naturelles de la raison.

 La tradition protestante

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Karl Barth (1886-1968)

À l’inverse des catholiques, beaucoup de protestants pensent que la chute d’Adam a eu des effets particulièrement néfaste sur la raison humaine, la débilitant de façon irrémédiable. Certes, en théorie, l’homme était capable de connaître Dieu naturellement, mais cela, c’était avant. Concrètement, une telle connaissance n’est possible aujourd’hui que dans la foi et par la grâce : ce sont les fameux sola fides et sola gratia protestants.

Au XXe siècle, c’est le théologien Karl Barth qui a donné le plus de voix à cette pensée. Il justifie son pessimisme rationnel par trois raisons :

  • prétendre prouver Dieu, c’est se construire un dieu à la mesure de ce que sa pensée est capable de concevoir. C’est se façonner une idole.
  • le péché originel a détruit le meilleur de la raison naturelle, à savoir la connaissance de Dieu.
  • l’analogie entre Dieu et sa création est une atteinte à la transcendance de Dieu (Dieu est le tout autre).

Il convient de noter que d’autres protestants ont, sur ce point, une approche plus pragmatique. Ils partagent peut-être le pessimisme traditionnel du protestantisme quant à la raison humaine, mais leurs motivations apologétiques les amènent chercher de (bonnes) preuves de l’existence de Dieu. L’exemple le plus marquant à la fin du XXe siècle est William Laine Craig. Plantinga est un autre exemple particulièrement paradoxal : pour lui l’existence de Dieu n’est pas démontrable, et il le démontre en démontrant son existence.

Raisons de croire chrétiennes
Un (bon) exemple d’apologétique chrétienne
Marie de Nazareth

 Conclusion

Au total, certains chrétiens pensent que l’on peut démontrer l’existence de Dieu, tandis que d’autres pensent qu’on ne peut pas la démontrer. Qu’en est-il ? Il faudrait reprendre chacun des arguments de Barth et les discuter. Toutefois, qu’il nous soit permis de dire ceci : a priori, les passages de la Bible relatifs à cette question semblent pencher en faveur de la thèse catholique selon laquelle il est possible de connaître naturellement l’existence de Dieu.

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