Qui sont les Néphilim ?

jeudi 20 février 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

Les Néphilim sont une peuplade mystérieuse datant des patriarches antédiluviens et mentionnée en Genèse 6:4 :

Les Néphilim étaient sur la terre en ces jours-là, et même après, quand les fils de dieu allaient vers les filles des homes et leur donnaient des enfants : ce sont les héros des temps antiques, des hommes de renom !

Le Mythe des Géants
Bienvenu du côté obscur...
Esprigodalien, BG7EuhzsbAw

Le mot Néphilim pourrait signifier en hébreux « ceux qui sont tombés » ou, compte tenu de la connotation morale de ce terme, « les déchus ». Ce terme a été traduit en grec par « Géants ». L’association des Néphilim avec les termes de Géants, Déchus, Fils de Dieu et Héros a alimenté bien des fantasmes. Parmi ceux-ci, mentionnons ces interprétations qui invoquent des extra-terrestres, des Homo Neanderthalensis ou des géants hominidés depuis lors disparus. En réalité, à s’en tenir au texte biblique, seules deux interprétations semblent acceptables :

  • Soit les Néphilim sont des anges déchus.
  • Soit les Néphilim sont des hommes déchus.

Nous plaiderons ici pour la deuxième option, à savoir : les Néphilim sont des hommes déchus.

 Les Néphilim sont-ils des anges ?

Voir dans les Néphilim des anges déchus permet de rendre compte de certains qualificatifs bibliques qui se trouvent en Genèse 6,1-4 : si les Néphilim sont des anges, on comprend pourquoi ils sont appelés fils de Dieu, pourquoi leur union avec les femmes humaines semble décriée, et pourquoi leur progéniture est héroïque. En revanche, cette interprétation pose d’autres questions :

JPEG - 64 ko
le guépier
Bouguereau
  • Un ange est par nature un être spirituel. Il ne peut s’accoupler avec une femme. Certes, on peut toujours dire qu’il s’agit d’anges déchus mais le fait d’être déchu ne change pas la nature angélique. On peut encore invoquer le cas de l’ange Gabriel annonçant à Marie qu’elle va devenir enceinte, mais l’annonciation est présentée un exemple ponctuel, impliquant non la présence d’anges mais du Dieu créateur et comme étant à ce point merveilleux qu’il ne saurait être invoqué comme pièce à conviction.
  • Dans Genèse 4-6, il n’est fait aucune mention d’anges. Au contraire, étant donné le contexte où apparaît le terme de Néphilim, il paraît plus naturel d’associer le terme de fils de Dieu aux hommes. Il existe des exemples avérés d’une telle association (Ps 73, Lc 3,38) et, avant les Néphilim, la Genèse parle des patriarches qui fondèrent la religion : Adam, Seth, Énoch, Hénoch et Noé (Genèse 5).
  • Le terme de Néphilim se retrouve en Nb 13-30-33 où ce terme est explicitement appliqué aux hommes de la tribu des Anaquim. Certes, ce terme se trouve dans un rapport conspué par Josué en Nb 14, mais ce qui fait l’objet de la critique de Josué n’est pas l’emploi de ce terme, mais la peur qu’il engendre chez les juifs. Implicitement même, la critique de Josué en Nb 14 reconnaît que les Néphilim sont de personnages dangereux mais sans protection. Donc des hommes.

 Les Néphilim sont des hommes

En raison de ces trois arguments, il paraît justifié de ne pas associer Néphilim et anges déchus trop rapidement. On dira alors que les Néphilim sont les patriarches qualifiés de fils de Dieu en raison de leur appartenance à cette lignée qui remonte à Adam et qui a fondé la religion avec Énoch. Dire qu’il s’agit de patriarches permet de rendre compte de leur caractère sacré, et des qualificatifs de « héros des temps anciens » et d’« hommes de renom ».

Le néphilim
Episode 1
Sonyr Massafra, VE8e_7kZMWA

Leur qualification de Néphilim (déchus), quant à elle, peut être interprétée de deux façons :

  • Ce qualificatif s’explique dans le contexte de Genèse 6,3 où Dieu décide de limiter la durée de l’âge humain. Cette déchéance serait donc celle héritée de la malédiction d’Adam, malédiction qui a rendu l’homme mortel et que la Bible exprime de manière poétique à travers la limitation progressive de la vie humaine.
  • Ce qualificatif exprime l’appartenance de ces hommes à une race d’hommes pervertis. Les Néphilim seraient alors à la fois des fils de Dieu en raison de leur appartenance initiale à la lignée de Seth qui fonda la religion et à la fois des hommes déchus à cause d’une perversion qui en fait par la suite les membres de la race de Caïn (On retrouve ici l’intrication de la lignée de Caïn avec la lignée de Seth).

Like the Sethite view, godly men (sons of God) were marrying women who were not godly (daughters of men), such as Cain’s (or others of Adam’s) descendants, including ungodly people from Seth’s line, thus resulting in Nephilim because they fell away from God’s favor. Once again, the Hebrew word Nephilim is related to the verb series “to fall.” For example, we know Cain fell away, and Lamech (descendant of Cain) and many other men and women had fallen away. The Nephilim could easily have been people who had fallen or turned from God in a severe way. This would also make sense as to why some of Canaan’s descendants (descendants of Anak were Canaanites) were called Nephilim in Numbers 13 (Bodie Hodge).

 Quid du livre d’Hénoch ?

Cette interprétation humaine des Néphilim semble toutefois se heurter à un argument d’autorité : le livre d’Hénoch interprête explicitement les Néphilim en terme d’anges déchus, et même si ce livre ne fait pas partie du canon biblique, cette interprétation est reprise dans l’épître de Jude 6. Certes, il est possible d’interpréter ce passage de Jude dans un sens qui ne fait des Néphilim des anges, mais cette interprétation ne semble pas naturelle, et il faut concéder que, pour Jude (comme pour une grande partie de la tradition juive), les Néphilim étaient des anges.

Il semble toutefois que, ce sur point, l’autorité de Jude ne puisse être invoquée. Saint Jérôme, parlant de l’inclusion de l’épître de Jude dans le canon des écritures, dit en effet ceci :

PDF - 488.2 ko
Le livre d’Hénoch
www.areopage.net

Jude, frère de Jacques, a laissé une brève épître, qui est du nombre des sept épîtres catholiques, elle est rejetée par plusieurs du fait qu’elle invoque le témoignage du livre d’Hénoch, un apocryphe ; cependant, par son ancienneté et l’usage qui en a été fait, elle n’a pas manqué d’autorité et elle prend place au rang des Saintes Écritures

Autrement dit, il semble que l’épître de Jude ait été acceptée malgré le fait qu’elle invoque le livre d’Hénoch. On ne saurait donc invoquer l’autorité de Jude pour légitimer le livre d’Hénoch. D’ailleurs la sobriété du texte de Genèse 6,4 est à ce point en contradiction avec l’ésotérisme du livre d’Hénoch que l’on peut dire qu’il y a, dans la Bible, une volonté quasi explicite de réduire la portée angélique des Néphilim et leur caractère merveilleux.

Répondre à cet article