Le bonheur réside-t-il dans la reconnaissance ?

vendredi 31 juillet 2015, par theopedie

En bref : Non, car le bonheur est à l’intérieur de la personne heureuse. Or, dit Aristote, la reconnaissance n’est pas dans la personne honorée, mais plutôt dans celui qui l’honore et lui rend hommage. Donc le bonheur ne consiste pas être reconnu.

Il est impossible que le bonheur consiste dans la reconnaissance. Car celle-ci est accordée à quelqu’un en raison de quelque excellence qu’il possède, et ainsi elle est un signe et un témoignage de l’excellence qui se trouve en celui qui est honoré. Or l’excellence personnelle, c’est le bonheur même, lequel est la perfection dans sa plénitude de la personne ou qui du moins en participe. Il s’ensuit que la reconnaissance est une marque du bonheur, non son origine.

Objections et réponses :

1. Il semble que oui, car « le bonheur ou la sérénité, est, d’après Aristote la récompense de la valeur personnelle ». Or, toujours d’après Aristote « c’est la reconnaissance qui semble être la plus digne récompense de la valeur ». C’est donc dans la reconnaissance que consiste l’origine du bonheur.

• La reconnaissance n’est pas une récompense en vue de laquelle les personnes de valeur agissent ; mais elle leur est accordée parce que les hommes ne peuvent rien leur offrir de meilleur. Quant à la vraie récompense de la valeur, c’est le bonheur lui-même, et c’est pour ce idéal-là que les personnes de valeur agissent. S’ils agissaient en vue de la reconnaissance, ils feraient montre d’ambition et non de valeur.

2. Ce qui convient à Dieu et aux réalités les plus sublimes, voilà ce qui semble bien être le bonheur. Or telle est la reconnaissance, au témoignage d’Aristote et aussi de l’Apôtre, lequel affirme : « A Dieu seul l’honneur et la gloire » (1 Tm 1, 17).

• La reconnaissance est due à Dieu et aux réalités sublimes ; mais c’est parce qu’elle sont sublimes qu’on leur rend le témoignage de notre reconnaissance, et non l’inverse.

3. Ce qui est désiré souverainement par les hommes, c’est le bonheur. Or rien ne paraît plus désirable que la reconnaissance, car les hommes préfèrent perdre toutes leurs biens plutôt que leur honneur. C’est donc qu’ils y voient le bonheur.

• Si les hommes désirent tellement être reconnus, comme on l’observe justement, cela tient au désir spontané de jouir du bonheur, bonheur dont la reconnaissance est la marque. Aussi veulent-ils être reconnus surtout des hommes sages, dont le jugement est pour eux une garantie de leur excellence et de leur félicité.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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