Quels sont les différents types de liberté ? (d’après Swinburne)

vendredi 12 décembre 2014, par Denis Cerba

En bref : Dieu est « créateur » non seulement en tant qu’il agit intentionnellement, mais aussi en tant qu’il agit « librement ». Dieu agit « librement » au sens le plus fondamental du terme (= au sens métaphysique).

Nous avons vu que, pour le théisme, Dieu est le « créateur de toutes choses » en tant que l’occurrence de toute chose s’explique ultimement par une certaine action intentionnelle de la part de Dieu (même si ce n’est parfois qu’un faire faire ou un laisser faire).

Dieu agit intentionnellement — ou, plus simplement : il agit (puisque c’est ce que veut dire « agir »).

Mais la conception théiste de Dieu précise également que Dieu agit librement :

Le théiste, normalement [1], considère que toutes les actions de Dieu sont libres. Tout ce que fait cet esprit omniprésent qui est Dieu, il le fait parce qu’il choisit de le faire. Par exemple, il n’était pas obligé de créer le monde, et il n’est pas obligé non plus de conserver opérantes les lois de la nature. [2]

Que veut dire « librement » dans le cas de Dieu ? Pour le déterminer, la seule méthode est de partir de notre conception courante de la liberté : que voulons-nous dire quand nous disons que nous agissons « librement » (que nous sommes « libres de faire ceci ou cela », ou que nous « avons le choix de faire ceci ou cela ») ? Dire que nous sommes « libres de... » a (au moins) trois sens :

  1. Un sens légal : la liberté légale recouvre tout ce que les lois en vigueur nous autorisent à faire. En ce sens, je ne suis pas « libre » de rouler à 150km/h sur l’autoroute.
  2. Un sens pratique : la liberté pratique recouvre tout ce que personne ne nous empêche de faire par la force. En ce sens, un otage n’est pas « libre » de ses mouvements, et je suis « libre » de courir un 100 mètres en 5 secondes (même si je ne le peux certainement pas...).
  3. Un sens qu’on peut dire métaphysique : la liberté métaphysique recouvre tout ce que je fais sans qu’aucune cause ne me le fasse faire. Comme le dit Swinburne :

En ce sens, si un homme accomplit A librement, alors aucune cause ne le fait accomplir A. Il est ultimement responsable du fait que A soit accompli : car rien ne le fait faire A. Il est justement loué d’avoir accompli A, si A est une bonne action ; et justement blâmé d’avoir accompli A, si A est une mauvaise action. [3]

Le sens métaphysique de la liberté est le plus fondamental, et c’est celui que le théiste a en vue quand il dit que Dieu agit « librement » : Dieu agit librement au sens métaphysique du terme.

Reste à déterminer plus précisément ce que liberté veut dire en ce sens : cf. Qu’est-ce que la liberté métaphysique ?

Notes

[1J’ajoute « normalement » parce qu’il y a eu des philosophes musulmans qui, à la suite d’Avicenne, ont pensé que Dieu agissait par nécessité. Cette position, néanmoins, les met en porte-à-faux avec l’orthodoxie musulmane [note de R. Swinburne].

[2R. Swinburne, The Coherence of Theism, 1993, p. 145.

[3Ibid., p. 145-6.

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