Quels étaient les rapports entre les hommes et les animaux dans le jardin d’Éden ?

vendredi 20 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Selon le récit biblique, Adam vivait en harmonie avec le monde naturel, et cette harmonie était organisée selon un rapport hiérarchique et un rapport de réciprocité :

  • le monde naturel était au service de l’homme
  • l’homme devait cultiver et garder la beauté de ce monde naturel.
Dieu créa les êtres humains comme une image de lui-même ; il les créa homme et femme. Puis il les bénit en leur disant : « Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et dominez-la ; soyez les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre. » Gn 1, 27-28
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Adam nommant les animaux

Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. Il lui fit cette recommandation : « Tu peux manger les fruits de n’importe quel arbre du jardin, sauf de l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Le Seigneur Dieu se dit : « Il n’est pas bon que l’être humain soit seul. Je vais le secourir en lui faisant une sorte de partenaire. » Avec de la terre, le Seigneur façonna quantité d’animaux sauvages et d’oiseaux, et les conduisit à l’être humain pour voir comment celui-ci les nommerait. Chacun de ces animaux devait porter le nom que l’être humain lui donnerait. Celui-ci donna donc un nom aux animaux domestiques, aux animaux sauvages et aux oiseaux. Mais il ne trouva pas de partenaire capable de le secourir. Gn 2, 15-20

Tarzan (Johnny Weismmuller)
Une harmonie imaginée de manière naïve,
mais non sans poésie.
soldierwhy, MwHWbsvgQUE

Pour être compréhensible, cette harmonie ne doit pas être conçue à la manière caricaturale d’une « sympathie » naïve entre hommes et bêtes. La Bible dit explicitement que l’homme ne trouva dans aucun animal une aide adaptée. Il ne faut donc pas se représenter des animaux se sacrifiant spontanément pour servir les intérêts humains : les lions étaient des lions et les animaux sauvages étaient des animaux sauvages. Si Adam passait trop prêt, il se serait fait mangé.

Il y avait déjà de la prédation dans la nature : la théologie médiévale le soutenait déjà ; la paléoanthropologie enseigne que seule la viande peut permettre un apport suffisant en protéines.
Mais il n’en reste pas moins que l’homme, par son intelligence, avait percé nombre de secrets du monde animal et végétal, acquis le respect des prédateurs et ne représentait pas encore pour les animaux une menace écologique (l’homo sapiens, à l’origine, ne s’était probablement pas encore transformé en « grand chasseur »).

La domestication des animaux
Documentaire
SourisVerte814, p1X8tNqH-DA

Peut-être même faut-il aller encore plus loin qu’un simple respect. Le texte biblique suggère une certaine familiarité entre l’homme et les animaux. C’est en effet l’homme qui nomme les animaux : il est capable de gagner leur amitié et de les domestiquer. Pour étonnant qu’une telle familiarité puisse nous paraître, elle parait moins étrangère et même plausible si elle est interprétée en termes modernes de « territoire partagé », de « respect des distances », de « capacité à interpréter le langage animal », comme un excellent article de Stéphanie Chanvallon le suggère. Cet article laisse entrevoir ce qu’aurait pu être les relations entre animaux et hommes et nous reproduisons ici le premier paragraphe :

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Les relations humains/animaux
De l’espace protégé à l’espace partagé, une géographie physique et sensible (Stéphanie Chanvallon)

Le territoire est un espace vital, lieu de nourriture, de protection, de séduction, de reproduction, de socialisation, un espace où se jouent de multiples relations avec ceux de la même espèce ou d’une espèce différente. Les limites du territoire, ces zones à ne pas franchir lorsqu’on est un intrus, une menace potentielle, sont signifiées par des marques, des odeurs, par le comportement de l’animal qui peut attaquer ou prendre la fuite (Hall, 1966). Dans les rencontres fortuites entre des êtres humains et des animaux sauvages, en dehors des comportements de prédation, les attaques sont souvent liées à notre incapacité à identifier ou comprendre la situation et les signes en présence : nous avons pénétré dans un espace où nous n’étions pas invités. Pourtant, bien des espèces adoptent des attitudes qui peuvent nous interpeller, que ce soit les rapaces, les chiens de troupeaux, les ours, les requins, etc.

L’article continue en donnant des exemples de réciprocité entre homme et animal lorsque ces distances naturelles sont respectées.

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François d’Assise parlant aux animaux
Giotto

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