Quelles sont les caractéristiques de la sexualité humaine ?

mercredi 3 octobre 2012, par theopedie

La sexualité, qu’elle soit humaine ou animale, désigne d’abord ce qui se rapporte à l’union physique de deux êtres vivants et à leur reproduction. Par sexualité, on entend donc en premier lieu un acte physique et biologique. A cause de l’importance de cet acte dans la vie animale et humaine, à cause des sensations intenses que cet acte procure et des sentiments qu’il engendre ou qu’il exprime, la notion de sexualité a fini par s’étendre à d’autres domaines connexes. Ainsi, au sens large, la sexualité est une notion qui désigne :

  • un mécanisme biologique de reproduction que l’on retrouve dans de nombreuses espèces animales ;
  • le comportement érotique favorisant l’acte reproducteur (parade amoureuse, etc) et lui associant la recherche de plaisir ;
  • la dimension psychologique et affective liée à ce comportement érotique (sentiment amoureux, joie, tristesse, etc). Cette dimension est présente chez les hommes, mais probablement aussi chez certaines espèces de singes supérieurs ;
  • la dimension culturelle permettant à la fois d’apprendre les comportements érotiques et amoureux tout en lui associant une signification extra-biologique.

La suite de l’article développe chacune de ces dimensions.

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Adam et Eve
Anatomes totius aere insculpta delineatio, Vésale, Gemini, XVIe
Le saviez-vous ?

Les termes de « sexe » et « sexualité » proviennent du latin « sexualis » et « sexus ». On retrouve la racine « sec » (secare) qui a donné « séparé », « secateur ». La sexualité est ainsi « ce qui sépare » (ce qui distingue) l’homme de la femme.

 Aspects physiques et biologiques

Reproduction sexuelle

La sexualité est le processus biologique allant de la fécondation à la naissance et permettant la reproduction d’une espèce vivant grâce à l’usage d’organes génitaux complémentaires (généralement mâle/femel). On l’oppose à la reproduction asexuée, laquelle s’obtient par scission de cellule ou d’organisme. La reproduction sexuée est apparue relativement tardivement dans l’évolution. Elle a pour but :

  • d’assurer la pérennité d’une espèce à travers le temps. Elle offre pour cela plusieurs types de stratégie : soit en produisant un grand nombre d’œufs (par exemple, les saumons après la ponte), soit en ayant une progéniture moins nombreuse, mais à laquelle les parents consacrent plus d’énergie : l’éducation du nouveau-né lui assure ainsi une plus grande viabilité (mammifères) ;
    psychologie sexe
  • d’assurer une évolution adéquate de l’espèce en réponse à son environnement. Cette évolution, au cours de la reproduction sexuée, est permise par un important brassage génétique. La méiose, processus de production des gamètes (spermatozoïdes et ovules), sélectionne une partie du bagage génétique du parent mâle ou femelle. La fécondation, réunion de deux gamètes mâle et femelle, permet de constituer un nouveau génome. Ces deux étapes multiplient les possibilités de mutations génétiques, ainsi qu’une expressivité différenciée des gènes et des allèles.

Les principaux facteurs qui entrent en jeu dans la sexualité sont biologiquement innés. On parle alors de réflexes sexuels. Ceux-ci sont déclenchés via l’émission d’hormones et de phéromones. Cependant, plus le cerveau est évolué, et plus ce comportement est complexe. D’autres facteurs extra-biologiques peuvent alors entrer en jeu : gratification, cognition. Chez l’être humain, qui possède un néocortex extrêmement développé, la cognition est devenu un facteur sexuel majeur. Au total, le comportement sexuel relève en partie d’un instinct inné, en partie d’un apprentissage culturel.

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Parade nuptiale

Comportement érotique

Pour la plupart des animaux, la sexualité se limite à une stratégie de reproduction quasi « mécanique », dictée par les hormones, les phéromones, les structures cérébrales, etc. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un instinct sexuel, car des apprentissages restent nécessaires, mais le comportement sexuel n’en reste pas moins fortement orienté vers tel type de schéma pré-établi.

L’évolution de certaines espèces (singes, dauphins, humains) a néanmoins diminué l’importance de cet encadrement biologique. Chez l’homme en particulier, le rôle des hormones est fortement diminué, et s’il n’a pas disparu, il ne peut néanmoins être repéré qu’au terme d’une analyse statistique. Conséquence directe : le contrôle saisonnier a disparu et l’activité sexuelle peut avoir lieu tout au long de l’année. La sexualité humaine n’est plus uniquement dictée par le jeu hormonal, mais s’exprime aussi dans des comportements érotiques régulés socialement.

Pour ces espèces animales évoluées, les stratégies de reproduction n’ont plus pour finalité exclusive la procréation, mais la recherche de plaisir, obtenu par stimulation des zones érogènes primaires et secondaires. On parle alors de comportement érotique. On observe chez de telles espèces animales (homme, dauphins,bonobos)

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baiser
Le baiser de l’Amour, par Canova
  • des stratégies de séduction ;
  • l’usage de baisers ou de caresses, etc (notamment chez les singes supérieurs) ;
  • des pratiques homosexuelles (dauphins, singes) ;
  • l’intégration de la sexualité dans la hiérarchie sociale (bonobos) ;
  • l’usage de partenaires sexuels privilégiés avec une plus ou moins grande fidélité.

Pour certains auteurs, chez les humains, la reproduction serait même devenue, non plus le but recherché, mais une simple conséquence de cette recherche de plaisir.

sexe Shall We Dance ? Movie Clip
Tango et érotisme
usaangel97

L’érotisme relève en partie de ce qui est biologiquement inné et en partie aussi de ce qui est socialement acquis. Ainsi, les zones érogènes primaires et le plaisir sexuel proprement dit relève d’un donné proprement biologique. Mais ce donné biologique demande une certaine maîtrise qui, elle, n’est pas innée. Une éducation est requises pour en explorer les diverses possibilités. Ces diverses possibilités sont plus ou moins valorisées selon le groupe d’appartenance et les gratifications associées. Le comportement érotique fait intervenir une dimension cognitive chez les humains : l’imagination est ainsi fortement sollicitée et le jugement esthétique intervient alors de façon cruciale comme stimulus sexuel. Par le biais de l’imagination, il s’agit moins de montrer un comportement érotique, que de le suggérer et d’augmenter ainsi le plaisir sexuel.

 Aspects psychologiques et culturels

A la différence des animaux, les êtres humains ne se limitent pas seulement à voir dans la sexualité un acte physique et biologique ou la simple recherche de plaisir. Pour eux, la sexualité sert aussi à exprimer des sentiments et devient un moyen de communication. Certes, il a pu exister des civilisations où la sexualité n’avait pas de valeur sentimentale, mais, actuellement, dans les sociétés occidentales modernes, la vie sexuelle est quasiment toujours associée avec une vie amoureuse. L’acte sexuel est devenu, pour les humains, une manière de dire « Je t’aime », et de le dire d’une certaine manière (recherche d’intimité, d’exclusivité, de profondeur sentimentale).

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Cube des émotions

Dimension psychologique

Plus on suit le chemin de l’évolution biologique, et plus la sexualité possède une dimension intérieure proprement psychologique : tristesse, joie, désir deviennent alors associés au plaisir sexuel. On peut aller jusqu’à parler, pour l’homme, de vie sentimentale.

Chez les reptiles, cette dimension intérieure de la sexualité est peu développée, le cerveau reptilien étant organisé autour d’un schéma de type stimulus/réflexes faisant l’économie d’un comportement organisé autour d’émotions. Les centres moteurs de reptiles réagissent au son, au toucher et à certains composants chimiques par un ensemble de postures préprogrammés. Toutefois, avec l’apparition des mammifères, l’odorat remplace la vision comme principal organe sensoriel. Cette évolution aurait entraîné une réorganisation du cerveau, aboutissant au système limbique, siège d’états mentaux plus complexes. Cette modification des centres nerveux permet l’apparition d’une sexualité plus riche, gérant non plus des réflexes, mais des émotions.

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Twilight : sexualité et idéal romantique
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Cette dimension psychologique n’a pas pour seul support une plus grande capacité cérébrale. Le rôle des hormones et de certains composants neurochimiques est lui aussi important dans le développement des émotions : dopamine, noradrenaline, serotonine. Ces endorphines, libérées durant les relations amoureuses, provoquent d’intenses émotions (euphorie, détresse, extase) mais aussi des sentiments de dépendance vis-à-vis de l’objet aimé.

Chez l’homme, les émotions attachées de près ou de loin à la vie amoureuse et sexuelle font intervenir globalement les mêmes régions cérébrales que chez d’autres animaux. Néanmoins, ces sentiments dépendent aussi du contexte socioculturel, et non plus seulement du conditionnement biologique. Selon le type d’activités érotiques pratiquées par le groupe d’appartenance, et par le biais de frustrations temporaires et de récompenses associées, ces émotions peuvent par exemple engendrer une idéalisation romantique et différents types de sublimation extra-sexuelle (art, culture, sport, etc). L’homme peut apprendre à maitriser ces états intérieurs : on distingue ainsi entre pulsions, émotions et sentiments, selon le degré de compulsivité des états intérieurs. Inversement, cette vie émotive peut, par sa violence, engendrer différents types de complexe d’ordre psychiatrique si elle n’est pas correctement gérée.

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Illustration du Cantique des cantiques.

Dimension culturelle

On a coutume de distinguer sexualité naturelle et sexualité culturelle dans le sens suivant :

  • relève de l’ordre biologique et naturel ce qui est transmis par simple héritage biologique (réflexes sexuels innés, présence de zones érogènes, structure récompense/renforcement) ;
  • relève de l’ordre culturel ce qui n’est pas inné mais appris au terme d’une éducation.

C’est avec l’apparition des primates que l’on constate l’émergence d’une culture sexuelle. La sexualité ne se résume plus à un comportement stéréotypé, à la simple reproduction sexuée, mais nécessite un véritable apprentissage. Par exemple, chez les bonobos, la sexualité devient un outil de gratification intégré à un système matriarcal (parrainage), et s’ouvre à une grande diversité de pratiques. C’est toutefois avec l’homme que cette dimension culturelle acquiert sa pleine maturité. On observe l’apparition d’une dimension symbolique, laquelle est absente chez les autres animaux : les humains sont capables de se représenter leurs pratiques et de leur donner une signification amoureuse, politique, religieuse. L’éducation sexuelle se double alors d’une éducation symbolique : normes, valeurs, croyances sont inculquées parallèlement à l’éducation sexuelle.

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« Des caresses », par Khnopff

Ces valeurs et ces croyances sont organisées autour de savoirs scientifiques (corpus médical, prévention des maladies, accompagnement de la procréation) et autour de savoirs religieux et moraux (par exemple le tantrisme). En fonction des normes qui en résultent, les activités érotiques sont fréquentes ou rares, certaines pratiques sont interdites ou considérées comme inappropriées (prostitution sacrée, baiser) et d’autres pourront être valorisées (choix ente hétéro ou homosexualité). Les enjeux de ces normes sont multiples : santé sexuelle, développement affectif, intégration de l’individu dans la société, développement social, poursuite de valeurs humanistes ou religieuses. Cette recherche passe par la constitution d’institutions adaptées (planning familial, mariage) et par un corpus scientifique, philosophique et artistique adéquat (par exemple, dans la religion juive, le Cantique des cantiques). L’éducation sexuelle des humains se développe au cours de plusieurs phases :

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La reproduction humaine pour enfants
(Il était une fois la vie)
  • phase post-natale dans le cadre familial (0-4 ans) : découverte du corps et des zones érogènes. Se mettent en place les premiers structures psychologiques (différenciation sexuelle ; complexe d’œdipe,) ;
  • phase de latence (cadre scolaire : 4-15 ans) : l’éducation sexuelle passe aussi par la vie scolaire (science et vie de la terre) et par la constitution d’un groupe d’appartenance sociale basé sur l’âge. Les normes et les valeurs attachées à la relation sexuelle sont habituellement acquises au cours de cette période, en même temps que le corps traverse la puberté ;
  • initiation (15-25 ans) : premières expériences sexuelles et déclenchement du mécanisme récompense/renforcement. Apprentissage des activités érotiques. En fonction du contexte culturel, cette période peut être très précoce (dès l’enfance), soit être retardée (après la puberté) ;
  • maturité  : diversification et préférenciation.

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