Quelle repentance est exigible pour l’absolution ?

vendredi 13 juin 2014, par theopedie

En bref : La repentance peut être seulement imparfaite, mais elle doit inclure le propos de se confesser et de changer de vie. Du point de vue du confesseur, une telle repentance est a priori l’amorce d’une évolution intérieure qui sera parachevée sous l’action de la grâce, par l’absolution sacramentelle. Par elle-même, cependant, la repentance imparfaite n’obtient pas le pardon des péchés graves, mais elle dispose à l’obtenir dans le sacrement de la Pénitence

Lors d’anciens débats sur le sacrement de confession, on avait pour coutume de distinguer repentance parfaite et repentance imparfaite. La question était alors la suivante : pour la validité du sacrement, la repentance doit elle être parfaite, ou peut-elle n’être qu’imparfaite ?

 Contrition parfaite et imparfaite

Le Catéchisme de l’Église Catholique a récemment repris cette distinction : la repentance parfaite, qui est la « contrition » proprement dite, « provient de l’amour de Dieu aimé plus que tout » [CEC, 1452]. Une personne est parfaitement repenti quand elle s’afflige de son péché, le déteste et se propose de se convertir parce que son cœur est entièrement tourne’ vers Dieu. La contrition est une don divin qui à la puissance de justifier l’âme avant même que le pénitent ne reçoive le sacrement de réconciliation (même si la contrition ne va pas sans la confession, cf. infra). La repentance imparfaite, quant à elle, est appelée « attrition ». Elle est une forme moins noble de repentance mais est suffisante pour recevoir au cours du sacrement de réconciliation le pardon du péché commis après le baptême :

JPEG - 60.5 ko
Repentance, regret et contrition

Elle naît de la considération de la laideur du péché ou de la crainte de la damnation éternelle et des autres peines dont est menacé le pécheur (contrition par crainte). Un tel ébranlement de la conscience peut amorcer une évolution intérieure qui sera parachevée sous l’action de la grâce, par l’absolution sacramentelle. Par elle-même, cependant, la contrition imparfaite n’obtient pas le pardon des péchés graves, mais elle dispose à l’obtenir dans le sacrement de la Pénitence [CEC, 1453]

Plus exactement, ce qui est demandé pour que la repentance soit sincère et donc pour que le sacrement soit valide, c’est un « début d’amour pour Dieu ». Or, comme le note Alphonse de Ligori, ce début d’amour est toujours présent dans l’attrition.

JPEG - 27.7 ko
St. Alphonse de Ligori
Le champion de la repentance imparfaite comme condition de validité sacramentelle.

« Dès lors que quelqu’un se présente au sacrement avec elle [l’attrition] et avec l’espérance du pardon, il commence à aimer Dieu comme celui qui le libérera, le justifiera et le glorifiera. Car personne n’est assez lourdaud [plumbeus] pour ne pas commencer à aimer celui dont, sans aucun mérite de sa part, il espère le bien suprême, c’est-a-dire la béatitude éternelle » (Alphonse de Ligori.

A la différence de la contrition, l’attrition n’a donc pas le pouvoir de justifier l’âme avant le sacrement de réconciliation, mais l’administration du sacrement de pénitence jointe avec un vrai désir de recevoir l’absolution, suffit à la rendre justifiante (vi clavium ex attrito fit contritus).

 Contenu de la contrition justifiante

La repentance constitue, nous l’avons dit, la matière éloignée du sacrement et n’a pas d’effet par elle-même, mais par autre chose qu’elle-même, à savoir l’acte de confession qui constitue la matière proche du sacrement. De la découle une conséquence importante : la repentance doit pour être efficace inclure en son sein le désir de se confesser. Il est possible de comprendre ceci de plusieurs manières.

  1. La qualité de la repentance, qu’elle soit parfaite ou imparfaite, et donc la justification qu’elle procure, échappe au pénitent. Aussi, pour que la réconciliation effective ne soit pas un sujet de doute, sa repentance est naturellement tournée vers cette obtention explicite de la rémission des péchés qu’est l’absolution qui suit la confession [ST, supp. 5,2].
  2. Le péché n’offense pas seulement Dieu, mais il offense aussi la communauté humaine. Si le pénitent doit être réconcilié avec celui-ci, il doit l’être aussi avec celle-la. Sa repentance a donc une double dimension : envers Dieu et envers les hommes. Or, il appartient à l’Église à travers le sacrement de réconciliation de se prononcer sur la réconciliation avec la communauté humaine [LG, § 11].
  3. De plus, Dieu a révélé sa miséricorde dans son Fils Jésus-Christ : il est donc normal que le pénitent qui cherche à être réconcilié avec Dieu cherche à l’être à la manière dont Dieu a choisi de se réconcilier le monde, à savoir par le Verbe éternel, lequel s’exprime lors du sacrement de réconciliation dans la personne du ministre ordonné.
JPEG - 68.9 ko
Acte de contrition
Prière traditionnelle dite pendant la confession

Il est également nécessaire pour la sincérité de la repentance d’inclure le propos de s’amender. Cette intention doit être ferme et efficace : elle doit correspondre non pas à un souhait vague, mais à un acte délibéré de la volonté résolue à user de tous les moyens nécessaires pour s’amender. De même, cette intention doit être universelle pour que le sacrement ait son plein effet. C’est-a-dire que le pénitent doit être résolu a éviter, dans le futur, non seulement tel ou tel péché, voire telle classe de péché, mais tous les péchés en général. Cette universalité procède, non seulement d’une haine du péché en tant que péché, mais aussi d’une haine de toutes les formes et de toutes les manifestations que peut prendre le péché. Ce devoir de changer de vie constitue un point difficile pour certaines personnes. Réfléchissant avec pragmatisme sur leur vie, ils font le constat d’une certaine impuissance. Même après le sacrement de réconciliation, il leur semble peu probable de parvenir à ne plus jamais pécher : les péchés desquels ils s’accusent et pour lesquels ils éprouvent de la repentance représentent aussi pour eux des occasions du chute future. De la, certaines personnes pensent qu’une promesse de repentance ne peut être sincère et qu’ils ne doivent pas pratiquer le sacrement de réconciliation. Il convient ici de faire la distinction entre l’intention de changer de vie et le changement de vie actuel : ce qui est requis pour le sacrement de réconciliation et la sincérité de la repentance est l’intention de changer de vie, non le changement de vie lui-même. Pourvu que l’intention soit réelle, le passage de l’un à l’autre relève du domaine de la grâce, non du seul effort personnel.

Répondre à cet article