Quelle est la racine du péché d’Adam ?

jeudi 12 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Cet article est tiré de la somme de théologie de Thomas d’Aquin (IIa IIae, 163, 1). A tout seigneur, tout honneur.

 Objections :

1. Il semble que l’orgueil n’ait pas été le péché du premier homme. Car l’Apôtre dit (Rm 5,19) que par la désobéissance d’un seul plusieurs sont devenus pécheurs. Or, le péché du premier homme est celui qui a rendu tout le genre humain souillé du péché originel. C’est donc la désobéissance et non l’orgueil qui a été le péché du premier homme.

2. Saint Ambroise dit (Sup. Luc. cap. 4) que le diable tenta le Christ dans l’ordre où il a renversé le premier homme. Or, le Christ a été d’abord tenté du côté de la gourmandise, comme on le voit (Mt 4,3), quand le démon lui a dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, dites que ces pierres se changent en pain. Le premier péché du premier homme ne fut donc pas l’orgueil, mais la gourmandise.

3. L’homme a péché d’après l’instigation du démon. Or, le tentateur lui a promis la science, comme on le voit (Gn 3). Par conséquent le premier dérèglement de l’homme a été produit par le désir de la science, ce qui appartient à la curiosité. C’est donc la curiosité et non l’orgueil qui a été le premier péché.

4. A l’occasion de ces paroles (1Tm 2) : La femme a été séduite dans la prévarication, la glose dit (ordin. Aug. lib. xi sup. Gen. ad litt. cap. ult.) : L’Apôtre a appelé séduction ce qui a fait croire à nos premiers parents comme vrai, au moyen de la persuasion, ce qui était faux -, c’est que Dieu ne leur avait défendu de toucher à l’arbre que parce qu’il savait qu’en y touchant ils seraient comme des dieux, comme si celui qui leur avait donné la nature humaine eût envié leur divinité. Or, il appartient à l’infidélité de croire de pareilles choses. Ce fut donc l’infidélité et non l’orgueil qui fut le premier péché de l’homme.

En sens contraire l’Écriture dit (Si 10,15) : Le commencement de tout péché est l’orgueil. Or, le péché du premier homme est le commencement de toutes les prévarications, d’après ce passage de saint Paul (Rm 5,12) : Par un seul homme le péché est entré en ce monde. Le premier péché de l’homme fut donc l’orgueil.

 Thèse et argument principal.

Le péché du premier homme fut l’orgueil, par lequel il a désiré un bien spirituel supérieur à sa condition.

Il faut répondre qu’une foule de mouvements peuvent concourir au même péché, et parmi ces mouvements, le premier qui est coupable c’est celui dans lequel le dérèglement se rencontre tout d’abord. Or, il est évident que le désordre moral existe dans le mouvement intérieur de l’âme avant de se trouver dans l’acte extérieur du corps ; parce que, comme le dit saint Augustin (De civ. Dei, lib. i, cap. 48), on ne perd pas la sainteté du corps tant que la sainteté de l’âme persévère. En outre, parmi les mouvements intérieurs, l’appétit doit se porter vers la fin avant de se porter vers les moyens que l’on cherche en vue de la fin. C’est pourquoi le premier péché de l’homme a existé là où le premier désir d’une fin déréglée a pu se produire. Or, l’homme avait été établi dans l’état d’innocence, de telle sorte que la chair ne pouvait pas se révolter contre l’esprit. Par conséquent le premier dérèglement de l’appétit humain n’a pu provenir de ce qu’il a désiré un bien sensible vers lequel la concupiscence de la chair se porte contrairement à l’ordre de la raison. Il faut donc que le premier désordre de l’appétit ait eu pour cause le désir déréglé d’un bien spirituel. Mais ce désir n’aurait pas été déréglé, s’il eût été conforme à la mesure que la règle divine a préalablement déterminée. D’où il résulte que le premier péché de l’homme a consisté dans le désir d’un bien spirituel supérieur à ses forces ; ce qui appartient à l’orgueil. D’où il est évident que l’orgueil a été le premier péché du premier homme.

 Solutions aux objections

1. Il faut répondre au premier argument, que si l’homme a désobéi au précepte divin, il n’a pas voulu cette désobéissance pour elle-même, parce que ce sentiment n’est possible qu’autant que la volonté a été préalablement déréglée. Il faut donc qu’il ait consenti à lui désobéir pour une autre fin. Or, la première chose qu’il a voulue de manière déréglée, c’est sa propre excellence ; c’est pourquoi fa désobéissance n’a été en fui que l’effet de l’orgueil. C’est ce qui fait dire à saint Augustin (ad Oros. QQ. lxv, quaest. 4) que l’homme enflé d’orgueil a obéi à la persuasion du serpent, et qu’il a méprisé les préceptes de Dieu.

2. Il faut répondre au second, que la gourmandise a eu lieu aussi dans le péché de nos premiers parents. Car il est dit (Gn 3,6) : La femme vit que le fruit de cet arbre était bon à manger, qu’il était beau et agréable à la vue, et en ayant pris elle en mangea. Cependant la bonté et la beauté de l’aliment ne fut pas le premier motif qui la porta au péché, mais ce fut la parole persuasive du serpent, qui lui dit : Vos yeux seront ouverts et vous serez comme des dieux. En désirant cette élévation la femme pécha par orgueil. C’est pourquoi le péché de gourmandise est venu du péché d’orgueil.

3. Il faut répondre au troisième, que le désir de la science a été produit dans nos premiers parents par le désir déréglé de leur élévation. Aussi le serpent dit-il tout d’abord : Vous serez comme des dieux ; puis il ajoute : Sachant le bien et le mal.

4. Il faut répondre au quatrième, que, comme le dit saint Augustin (Sup. Gen. ad litt. lib. xi, cap. 30), les paroles du serpent n’auraient pas fait croire à la femme que Dieu lui avait défendu d’user d’une chose bonne et utile, si elle n’avait déjà eu dans le cœur l’amour de sa propre puissance et une présomption orgueilleuse d’elle-même. Ce qui ne signifie pas que l’orgueil a précédé la persuasion du serpent, mais qu’immédiatement après, il est entré dans l’âme de la femme, et lui a fait croire que ce que le démon disait était vrai.

1 Message

  • Quelle est la racine du péché d’Adam ? Le 16 janvier à 11:40, par Caméra Georges

    La clé de la Genèse et pour comprendre ce qu’est le péché originel, et pourquoi le mal il faut d’abord considérer que c’est Moïse qui a écrit le pentateuque ; alors là tout s’éclaire. Jésus n’est pas du tout mort pour sauver les hommes d’un soi-disant péché ; la bible n’est pas une fable elle est un livre scientifique qu’il faut savoir interpréter ; la théorie du cosmo théisme explique tout cela.

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