Quelle est la meilleure version de l’argument cosmologique ?

samedi 7 septembre 2013, par theopedie

En bref : La meilleure version de l’argument cosmologique est celle de Robert C. Koons dans « A New Look at the Cosmological Argument » (1996).

La meilleure version de l’argument cosmologique que nous ayons trouvée à ce jour, et contre laquelle les critiques de Graham Oppy ne nous ont pas semblé dirimantes, nous semble être la version développée par Robert C. Koons dans A New Look at the Cosmological Argument (1996). Avec l’aimable autorisation de l’auteur, Theopedie a traduit cet article disponible en pièce jointe. Citons encore parmi les travaux de cet auteur :

  • Epistemological Foundations for the Cosmological Argument, in : Oxford Studies in the Philosophy of Religion, Volume 1, edited by Jonathan Kvanvig (Oxford, 2008).
  • Defeasible Reasoning, Special Pleading and the Cosmological Argument (Gifford Conference, University of Aberdeen, May 25-29, 2000).
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Un nouveau regard sur l’argument cosmologique
Robert C. Koons
trad. Paul Adrien d’Hardemare

Le passage ci-dessous est un extrait de l’article de Koons. Merci de le citer en faisant référence à son auteur : Un nouveau regard sur l’argument cosmologique, Robert C. Koons, 1996, trad. Paul Adrien d’Hardemare.

 1. Introduction historique

L’argument cosmologique de l’existence de Dieu a une longue histoire, mais on peut probablement dire que la version la plus influente de cet l’argument est celle qui part de la contingence. C’est la version que Frédéric Copleston développa contre Bertrand Russell lors de leur fameux débat sur l’existence de Dieu en 1948 (imprimé dans Russell Pourquoi je ne suis pas chrétien, 1957). Russell formule trois objections contre l’argument thomiste :

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Robert C. Koons
  • La vérité logique est la seule forme de nécessité qui soit intelligible.
  • Il n’y a aucune raison de supposer qu’une chose comme « l’univers » existe.
  • A supposer que « l’univers » existe, notre connaissance empirique ne nous donne aucune raison valable de croire qu’il a une cause.

Cinquante ans plus tard, ces objections apparaissent comme historiquement datées et relevant d’une forme dépassée d’empirisme logique. La possibilité et la nécessité se sont révélées être des champs d’investigations riches et féconds en logique et en métaphysique. La cosmologie — l’étude de l’univers en tant que totalité — a mûri et acquis une respectabilité notoire. La notion de causalité s’est à nouveau imposée en philosophie, où elle s’est révélée être un outil indispensable dans les récents progrès en sémantique, en épistémologie et en sciences cognitives. La modélisation du raisonnement à partir des causes a fait de nombreux progrès jusqu’à ces dernières années, et un important corpus s’est développé à propos des systèmes d’inférences dites « révisables » ou non-monotones. Considérant la reprise en philosophie de tant d’éléments métaphysiques classiques, le temps semble venu de regarder à nouveaux frais l’argument cosmologique.

Nous suivons de près l’argument classique de la contingence, lequel a ses origines dans la Métaphysique d’Aristote ?, 6 et son développement dans la Falsafa de la philosophie arabe (al-Farabi et Ibn Sina). L’argument ressemble beaucoup à la « quatrième preuve » de Maïmonide et à la « deuxième et troisième voies » de Thomas d’Aquin. L’argument est d’inspiration strictement empirique : nous ne faisons nulle part recours à une connaissance a priori (sinon aux seules règles de la logique classique). L’argument présenté ici ne prétend pas être particulièrement original. Son originalité réside dans le recours à trois types de ressources logiques, lesquelles n’étaient pas à la disposition des auteurs classiques :

  1. La méréologie (le calcul des individus — essentiellement une variante de la théorie cantorienne des ensembles adaptée aux agrégats de choses concrètes).
  2. La logique modale moderne.
  3. La logique non monotone (la théorie du raisonnement révisable).

Nous exposons, concernant l’existence d’une Cause Première nécessaire, un argument à la fois révisable et valide et nous discutons ensuite brièvement de sa pertinence au sein de la théologie naturelle.

 2. Le cadre de la preuve

2.1 Une méréologie modale des faits

Notre cadre formel sera une logique modale complétée par le calcul des individus de Lesniewski-Goodman-Leonard (« méréologie ») [1]. Il n’y a pas de correspondance directe entre propositions vraies et faits. En effet, premièrement, lorsqu’une proposition p est vérifiée par un fait a, ¬p n’est vérifiée en règle générale par aucun fait, mais par ce que l’on appelle une « condition négative ». De même, si p et q sont vérifiées par des faits, p V q (leur disjonction) ne correspond pas à un troisième fait disjonctif. Au lieu de cela, si cette disjonction est vraie, sa valeur de vérité lui vient soit de l’un, soit de l’autre, soit des deux faits vérifiant cette disjonction. Deuxièmement, les vérités « survenantes », qu’elles soient d’ordre sémantique, éthique, psychologique, voire logique et mathématique, n’introduisent pas d’autres faits : elles correspondent exactement aux faits auxquels leurs vérités de base correspondent. Par exemple, La neige est blanche et Le fait que la neige est blanche est vrai correspond au même fait, à savoir : la blancheur de la neige. En terme de logique modale, nous n’avons besoin que de l’axiome T. Nous supposerons un domaine fixé de faits possibles, d’où une logique comprenant la formule de Barcan et sa réciproque.

Nous utiliserons les deux symboles habituels pour les prédicats méréologiques, \sqsubseteq et \bigcirc représentant respectivement « fait partie » et « chevauche » (se superpose : Overlap). Nous avons besoin des trois axiomes méréologiques suivants :

  • Axiome 1 x\sqsubseteq y\leftrightarrow\forall z\left(z\bigcirc x\rightarrow z\bigcirc y\right)
  • Axiome 2 \exists x\phi(x)\rightarrow\exists y\forall z\left(z\bigcirc y\leftrightarrow\exists u(\phi(u)\cap u\bigcirc z\right)
  • Axiome 3 x=y\leftrightarrow\left(x\sqsubseteq y\cap y\sqsubseteq x\right)

L’axiome 1 définit la relation « fait partie de » à partir du terme de « chevauche ». L’axiome 2 est un principe d’agrégation ou de fusion : s’il y a des faits de type f, alors il y a un agrégat ou une somme de tous les faits f. L’axiome 3 garantit la réflexivité et l’anti-symétrie de la relation « fait partie de ».

Un seul principe sera utilisé pour relier langage modale et langage méréologique. Pour cela, nous introduisons le nouveau prédicat a. Si b est un fait possible, Ab indiquera que b existe de fait (actuellement).

  • Axiome 4 x\sqsubseteq y\rightarrow\square\left(Ay\rightarrow Ax\right)

L’axiome 4 permet de s’assurer que l’agrégation des faits est une forme de conjonction : un ensemble nécessite toutes ses parties. Une notion particulière reste à définir : celle d’être « entièrement contingent », désignée par \nabla.

  • Définition \nabla x\,\,\,\leftrightarrow\,\,\,(Ax\,\,\cap\,\,\forall y\,(y\sqsubseteq x\rightarrow\neg\square Ay))

Un fait entièrement contingent est un fait n’ayant aucune partie nécessaire. Nous ne sommes pas ici en train de supposer qu’il y ait des faits nécessaires : l’existence de vérités nécessaires n’entraîne pas l’existence de faits nécessaires (puisque notre logique ne dispose pas d’un principe de compréhension). Comme nous le verrons, s’il y a des faits nécessaires, ce sont des faits d’un genre très spécial.

Il est très important de ne pas confondre faits et propositions vraies. Les faits sont des réalités qui rendent certaines propositions vraies et d’autres fausses. Comme Russell [2], Hochberg [3] et d’autres l’ont fait valoir, les propositions conjonctives ou disjonctives n’entraînent pas nécessairement l’existence de faits conjonctifs ou disjonctifs. Si les faits atomiques a et b suffisent pour rendre vraies les propositions atomiques a et b, la somme de a et de b est suffisante pour rendre vraie la conjonction de a et de b. De même, la vérité d’une disjonction peut être fondée sur un seul fait correspondant à l’un des deux disjoints : aucun fait disjoint n’est requis. Pour les même raisons, les faits correspondant aux généralisations existentielles ne sont pas une nouvelle catégorie de faits : ces généralisations sont vraies en vertu de la somme des vérificateurs de leurs instances. (Les propositions négatives et universellement généralisées posent des questions plus difficiles ; heureusement, rien dans le présent document n’exige de réponse à ces questions.)

Pareillement, les propositions mathématiquement complexes n’exigent pas comme vérificateurs des faits aussi complexes. Si un fait a rend vrai J’ai trois pièces de monnaie dans ma poche, alors le même fait est aussi suffisant pour rendre vrai Le nombre de pièces dans ma poche est la racine carrée de neuf. Si les vérités morales surviennent aux vérités non-morales, alors, il n’est pas besoin de postuler des faits moraux en sus des faits non-moraux.

Les faits peuvent aussi différer des propositions vraies en ce qui concernent leur conditions d’identité. De ce point de vue, il n’y a pas de correspondance directe, même entre des propositions atomiques vraies et des faits atomiques (en supposant qu’il y en ait). La proposition La chaise est rouge est probablement atomique, mais il peut y avoir une classe non-dénombrable de faits possibles vérifiant cette proposition (en fonction de chaque nuance de rouge possible). Et même si les propriétés mentionnées dans une proposition atomique étaient parfaitement précises, il pourrait s’avérer que les antécédents causaux d’un fait soient essentiels à son identité, mais non à l’identité de la proposition vraie correspondante.

De même, il n’est pas besoin de distinguer (au moins dans le contexte présent) entre « faits », « événements » et « états de choses ». Que chacun puisse être considéré comme un élément physique du monde : cela nous suffira. Dans le langage courant, il y a certes une différence entre les expressions usuelles désignant des faits (par exemple, en utilisant la clause « le fait que ») et les expressions désignant des événements (gérondifs et autres nominalisations, verbes d’action). Qu’il nous suffise, dans le cadre de cet article, de dire qu’il s’agit d’autant de façons de désigner des réalités appartenant à une même catégorie ontologique fondamentale. Typiquement, nous utilisons le langage événementiel et les descriptions sophistiquées ou indirectes pour désigner des faits denses et complexes, comme la mort de César ou la guerre civile.

2.2 Le principe de causalité

Le lien de causalité sera représenté par un opérateur binaire primitif, \succ. De fait, je ne crois que la causalité soit une relation absolument primitive : mon opinion personnelle est que l’on peut écrire de manière adéquate la relation causale en terme de faits modaux. Pour l’heure toutefois, nous traiterons la causalité comme étant une relation primitive.

Beaucoup de propriétés de la causalité pourraient être exprimées logiquement, par exemple, la transitivité et l’asymétrie. Toutefois nous n’avons besoin que des trois axiomes suivants :

  • Axiome 5 Véridicité : (x\succ y)\rightarrow(Ax\cap Ay)
  • Axiome 6 Existence indépendante : (x\succ y)\rightarrow\neg(x\bigcirc y)
  • Axiome 7 Universalité : \forall x(x\nabla\rightarrow\exists y(y\succ x))

L’axiome 5 stipule que seuls les faits réels peuvent être des causes ou des effets. L’axiome 6 vise à rendre compte de l’intuition de Hume selon laquelle une cause et son effet doivent avoir des « existences séparées ». Le langage de la méréologie, appliqué aux faits, permet d’expliciter avec rigueur ce principe de Hume : une cause ne doit pas chevaucher son effet. Il est très important de garder à l’esprit que l’axiome 6 n’implique pas une disjonction spatio-temporelle entre la cause et l’effet : seul le chevauchement méréologique (le fait d’avoir une partie commune) est exclu. L’axiome 7 exprime l’universalité de la relation causale : chaque fait entièrement contingent possède une cause. Cet axiome n’implique aucun déterminisme dans quelque sens que ce soit : on ne suppose pas en effet que les causes soient des conditions suffisantes pour leurs effets. On ne suppose pas non plus que chaque événement soit nécessité par ses causes. En fait, je crois que ce n’est généralement pas le cas. Les lois causales sont toujours des généralisations révisables et acceptent toujours certaines exceptions. Il est tout à fait possible pour C d’être dans tous les sens du mot « cause » la cause de E, même s’il reste possible pour C de se produire sans être suivi de E. (Une telle causalité est donc compatible avec — même si elle ne les entraîne pas — les théories in-déterministes de la liberté humaine.)

La justification de l’axiome 7 est essentiellement empirique. Chaque fois que le sens commun et que la science permettent de retracer avec succès les antécédents causaux des événements particuliers ou des classes d’événements, nous avons une confirmation de l’axiome 7.

2.3 Le rôle du raisonnement révisable

Quand bien même nous avons une excellente justification empirique pour affirmer que les faits entièrement contingents ont généralement des causes, on peut légitimement se demander si cette généralisation admet des exceptions possibles (Axiome 7). Il est difficile de voir quelle quantité de données serait suffisante pour régler définitivement la question. Il y a là une réel embarras. La réponse est la suivante : notre expérience quotidienne justifie le fait que ce principe soit adopté comme règle par défaut révisable. Autrement dit, en l’absence de preuve contraire, on peut supposer, à propos de tout fait entièrement contingent, qu’il a une cause.

C’est en tout cas tout dont nous avons besoin pour rendre l’argument cosmologique rationnellement convaincant. Le poids de la preuve est ainsi déplacé vers l’agnostique, qui doit fournir une preuve positive pour justifier la proposition Le cosmos est une exception à la règle. Se contenter de souligner le caractère révisable de l’inférence ne constitue pas, de soi, une réfutation convaincante.

Des progrès considérables ont été récemment accomplis dans l’étude formel des systèmes de raisonnement révisable ou non-monotone. Ces systèmes satisfont certaines contraintes méta-logiques plausibles. Par exemple, dans le système des Implications du Sens Commun d’Aser et de Morreau [4], une version révisable de l’Axiome 7 pourrait être exprimée à l’aide du connecteur conditionnel par défaut, > :

\forall x(\nabla x>\exists y(y\succ x))

Cette version de l’axiome 7 se lit alors : normalement, un fait entièrement contingent a une cause. L’axiome 7 révisable permet d’inférer que tout fait donné a une cause s’il est entièrement contingent, sauf s’il y a une raison positive de penser que le fait en question est une exception à cette règle. Par exemple, si on montre que le fait en question appartient à une catégorie de choses qui n’ont aucune cause.

2.4 La nature de la modalité

Outre les prémisses logiques présentées ci-dessus, l’argument cosmologique dépend d’une seule prémisse factuelle : l’existence d’au moins un fait contingent. Par exemple, supposons qu’il y a un nombre impair de molécules dans mon crayon à l’heure actuelle : ce nombre aurait sûrement pu être pair. Nous n’avons besoin que d’un seul fait contingent de ce type, même si je crois que presque tous les faits que nous expérimentons sont contingents. J’irais même jusqu’à dire de tout fait physique qu’il est contingent.

Dire qu’un fait est contingent, c’est dire beaucoup plus que seulement dire : « La proposition correspondante a une valeur de vérité qui ne découle pas des seules règles de la logique ». Un fait contingent est un fait qui existe, mais qui aurait pu ne pas exister. Et la notion de possibilité ici en jeu est celle d’une possibilité métaphysique (au sens large). Cette possibilité métaphysique est la forme fondamentale de possibilité, et toutes les autres possibilités (qu’elles soient physiques, historiques, juridiques, etc) n’en sont que des qualifications ou des restrictions. Depuis l’époque du positivisme logique, toutes les tentatives opérées pour réduire la possibilité métaphysique à une simple cohérence logique (ou à une cohérence logique avec les vérités définitionnelles ou « analytiques ») ont échoué. Premièrement, il s’est avéré impossible de définir les vérités analytiques sans faire référence aux notions de possibilité et de nécessité. Deuxièmement, une telle explication reste obscure, à moins d’insister sur l’utilisation d’une logique de premier ordre, laquelle, comme John Etchemendy l’a montré [5], n’est qu’une reconstruction invraisemblable de la cohérence logique. Enfin, les essais faits pour éviter les prétendus « mystères » de la possibilité métaphysique ont conduit aux difficultés encore plus importantes de la théorie platonique des ensembles et aux mystères de savoir comment ces entités mathématiques transcendantes seraient reliées au reste de la réalité (et, plus encore, comment nous pourrions obtenir des informations fiables dessus). Les efforts récents visant à donner un sens à la réalité mathématique font précisément usage de la notion de modalité métaphysique (comme dans les « structures possibles » de Hellman [6], ce qui indique que l’ordre correct de l’explication commence avec la modalité, et non pas avec les entités mathématiques.

Si nous refusons l’existence de faits contingents, alors nous devons conclure que nous vivons dans un monde où aucune de ces trois modalités — possibilité, l’existence de fait, et la nécessité — n’a de sens. Cela revient à nier l’utilité de ces modalités. Un tel déni se heurte à la masse croissante d’œuvres philosophiques dans lesquels la modalité joue un rôle central.

 3. La preuve cosmologique

  • Lemme 1 Toutes les parties d’un fait nécessaire sont elles-mêmes nécessaires.
  • Preuve. Par l’axiome 4 et l’axiome K de la logique modale.
  • Lemme 2 Tout fait contingent possède une une partie entièrement contingente.
  • Preuve. Soit a un fait contingent. Si a est entièrement contingent, il n’y a rien à prouver. Sinon, a possède une partie nécessaire. Par l’axiome 2, il existe un fait donc un fait composé de l’agrégat de toutes les parties nécessaires de a : \hat{x} \left(x\sqsubseteq a\cap\square Ax\right). Puisque a est contingent, a ne fait pas partie de \hat{x} \left(x\sqsubseteq a\cap\square Ax\right). Par l’axiome 1, il existe donc un b qui chevauche a mais non \hat{x} \left(x\sqsubseteq a\cap\square Ax\right). Donc il existe une partie de a, que nous appelons C, qui n’est pas une partie de \hat{x} \left(x\sqsubseteq a\cap\square Ax\right).

Nous pouvons montrer que C est entièrement contingent. Supposons que d soit une partie de C. Alors d est une partie de a mais d ne chevauche pas \hat{x} (x\sqsubseteq a\cap\square Ax). Ainsi, d n’est pas nécessaire. Puisque d est une partie arbitraire de C, C est entièrement contingent.

  • Définition 2 Soit C l’ensemble des faits entièrement contingents.

Par l’axiome 2, s’il y a des faits entièrement contingents, alors un fait chevauche C si et seulement si ce fait chevauche quelque fait entièrement contingent.

\exists x\,\,\,\nabla x\rightarrow\forall y\,\,(y\bigcirc C\leftrightarrow\exists z(\nabla z\cap y\bigcirc z))
  • Lemme 3 S’il existe des faits contingents, C est un fait entièrement contingent.
  • Preuve. Supposons qu’il existe au moins un fait contingent. Donc, il possède une partie entièrement contingente, par le lemme précédent. Pour montrer que C est entièrement contingent, nous devons montrer que toute partie de C est contingente. Soit a une partie de C. Puisque a est une partie de C, a chevauche C, par l’axiome 1 et 3. D’où a chevauche quelque b entièrement contingent (par définition de C). Or, par un théorème de méréologie, les faits qui se chevauchent possèdent une partie commune. Donc, quelque d est une partie commune de a et de b. Par le lemme 1, si a est nécessaire, d est aussi nécessaire. Donc a est contingent. Ainsi, puisque a est une partie quelconque de C, C est entièrement contingent.
  • Lemme 4 S’il y a des faits contingents, C possède une cause.
  • Preuve. Une conséquence immédiate du lemme 3 et de l’axiome 7, l’universalité de la causalité.
  • Lemme 5 Tout fait contingent chevauche C.
  • Preuve. Soit a un fait contingent. Par le lemme 2, a possède une partie entièrement contingente. Soit b une telle partie. Par l’axiome 2 et la définition de C, C et b se chevauchent.
  • Théorème 1 S’il y a des faits contingents, alors C a une cause qui est un fait nécessaire.
  • Preuve. Par le lemme 4, C a une cause. Par l’axiome 6 (Existence indépendante), cette cause ne chevauche pas C. Par le lemme 5, tout fait contingent chevauche C. Par l’axiome 1 (véridicité), la cause de C est réelle. Par conséquent, la cause de C doit être un fait nécessaire. Puisque nous savons qu’il y a au moins un fait contingent, on peut identifier C avec le cosmos, et utiliser le théorème 1 pour conclure que l’univers a une cause qui est un fait nécessaire, une Cause Première. Il est légitime d’appeler cette cause une « Cause Première » si l’on suppose (comme cela semble plausible) que tous les effets sont contingents.

Notes

[1Leonard, Henry S. and Goodman, Nelson. 1940. « The Calculus of Individuals and Its Uses ». Journal of Symbolic Logic 5 : 45-55.

[2Russell, Bertrand. 1918, 1919. « The Philosophy of Logical Atomism », The Monist 28, 29.

[3Hochberg, Herbert. 1978. Thought, Fact and Reference : The Origins and Ontology of Logical Atomism. University of Minnesota, Minneapolis.

[4Asher, Nicholas and Morreau, Michael. 1991. Commonsense entailment : a modal theory of nonmonotonic reasoning. Proceedings of IJCAI-91 : Twelfth International Joint Conference on Artificial Intelligence. Morgan Kaufmann, Los Altos, Calif.

[5Etchemendy, John. 1990. The Concept of Logical Consequence. Harvard University Press, Cambridge, Mass.

[6Hellman, Geoffrey. 1989 Mathematics without Numbers : Towards a Modal Structural Interpretation. Clarendon Press, Oxford.

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