Quelle est la fin du mariage ?

jeudi 19 février 2015, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Le mariage possède une double finalité. En tant qu’il est une communauté de vie ordonnée au bonheur des personnes, le mariage a pour but l’épanouissement réciproque des conjoints dans une intimité affective. En tant qu’il est une société ordonnée au bonheur commun, le mariage a aussi pour finalité l’assistance mutuelle des conjoints, l’ouverture à la fécondité sexuelle et l’éducation des enfants.

 La conception traditionnelle

Dans sa conception traditionnelle, l’institution du mariage a été appréhendée d’abord dans une logique de reproduction biologique et sociale. On parle alors de fin première du mariage : procréation et éducation. De plus, l’homme étant un animal social, il a besoin de la compagnie de ses semblables pour son épanouissement personnel. On a pu parler alors de fin secondaire du mariage : assistance et affectivité.

 Éléments critiques

Les principaux récits de la Genèse suggère bien un finalité procréatrice, mais ne semble pas la canoniser comme telle. Genèse 1, 26-28 parle certes de la reproduction, mais celle-ci est présentée davantage comme une conséquence que comme une donnée première. Ce qui est premier, c’est la création de l’humanité sexuée à l’image de Dieu. Quant à Genèse 2, 18-24, la dimension procréatrice est bien suggérée, mais elle est seconde par rapport à la dimension amoureuse du premier couple humain. Dans le Nouveau Testament, la procréation biologique est dévalorisée par Jésus au profit de la fidélité aux commandements. De même chez saint Paul : certes, le mariage est fait pour la procréation, mais aucun développement spirituel ne vient étoffer chez lui ce constat.
Dans un autre registre, les sciences humaines modernes n’ont eu de cesse de montrer la profondeur de la sexualité humaine, laquelle est à elle seule un langage corporel servant à exprimer la profondeur des sentiments amoureux. C’est de ce point de vue que le Cantique des Cantiques doit être relu.
Ces remarques expliquent l’évolution au XXe siècle de la tradition catholique à l’égard du mariage : on y voit réaffirmée la finalité première du mariage mais on constate aussi que la finalité secondaire y est nettement revalorisée. C’est chez Pie XI que cette revalorisation est la plus explicite. Après avoir réaffirmé la procréation comme finalité première du mariage dans l’encyclique Casti Conubii, le pape dit encore :

Dans cette mutuelle formation intérieure et cette application [des conjoints] à travailler à leur perfection réciproque, on peut voir, en toute vérité, la cause et la raison première du mariage si on ne considère pas strictement en celui-ci l’institution destinée à la procréation des enfants mais, dans un sens plus large, une mise en commun de toute la vie, une intimité habituelle, une société (§22)

Si le concile Vatican II adopte un autre langage - les deux fins y sont réaffirmées, chacune ayant sa valeur propre -, la procréation n’est toutefois plus vue comme une fin première, mais comme un “couronnement”. Le code de droit canonique, au canon 1055, abandonne quant à lui la hiérarchie entre fins premières et secondaires du mariage :

L’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonne par son caractère naturel au bien des conjoints, ainsi qu’à la génération et l’éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ à la dignité de sacrement.

On le voit : l’évolution récente de la théologie catholique ne saurait être interprétée comme un abandon explicite des deux fins du mariage. Ce qu’elle sanctionne n’est pas tant leur abandon que la volonté de chercher une plus juste articulation, à savoir, une articulation qui permette de valoriser ce qui n’était alors compris que comme une finalité secondaire.

 Conclusion

Il ne saurait être question de renoncer à la distinction de deux finalités du mariage. Comme toutes les institutions humaines, celle-ci possède une finalité immanente ordonnée aux biens de personnes et une finalité transcendante ordonnée à un bien qui la dépasse.
Proposons cette articulation : c’est dans la communion des conjoints (finalité immanente) que doit être fondée la fécondité du mariage (finalité transcendante). La conjugalité est ainsi la source de la fécondité, de la procréation et de l’éducation des enfants et ceux-ci doivent être compris comme l’aboutissement et le couronnement de la conjugalité, couronnement par lequel les conjoints deviennent à l’image de Dieu cocréateurs. Réciproquement, la fécondité sous toutes ses formes du mariage offre un critère de discernement pratique pour vérifier la qualité du lien conjugal.

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