Le sacerdoce commun exclut-il un sacerdoce institutionnel ?

mercredi 28 mai 2014, par theopedie

En bref : L’apôtre Pierre désigne la communauté des fidèles comme étant « un sacerdoce royal ». Mais il s’agit là d’un sacerdoce et d’une royauté dérivés, lesquels présupposent l’existence d’une royauté et d’un sacerdoce véritable.

Le sacerdoce commun exprime le fait que chaque chrétien participe à la vie de Jésus et à son office de prêtre. Le sacerdoce ministériel exprime le fait que, pour manifester de manière concrète, la participation sacerdotale de chaque chrétien au Christ, des personnes sont instituées comme icône vivante de cette participation.

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Jésus en habit de grand-prêtre
Illustration pour enfants de la théologie de la lettre aux Hébreux.

 Limite du sacerdoce commun

Même la citation de saint Pierre, la plus explicite, ne laisse aucun doute : ce n’est en s’approchant du Christ que l’on peut devenir prêtre. L’expression de 1 Pierre 2, 5-9 ne peut s’interpréter, comme il arrive trop souvent, du seul sacerdoce commun, à l’exclusion du sacerdoce ministériel. Car tous les chrétiens ne sont pas « rois » au sens restreint du mot, de même qu’ils ne sont pas tous « prêtres » au sens restreint du mot. Mais il s’agit là d’un sacerdoce et d’une royauté dérivés, lesquels présupposent l’existence d’une royauté et d’un sacerdoce véritable, celui du Christ, grâce auquel le sacerdoce commun puise sa force et sa signification.

Et de même que cette participation des fidèles au sacerdoce du Christ a besoin d’être manifestée et réalisée, car elle n’est pas spontanée, de même ce sacerdoce commun a besoin d’être donné et institué. Et c’est là le rôle d’un troisième type de sacerdoce : le sacerdoce institué.

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Le prêtre,
icône vivante de Jésus grand prêtre.
(ici des prêtres orthodoxes)

Cette situation [de sacerdoce participé] doit être manifestée objectivement dans la vie chrétienne puisqu’elle est fondamentale pour le sacerdoce des chrétiens. En cela consiste la fonction du sacerdoce ministériel : être le sacrement de la médiation du Christ, manifester la présence du Christ médiateur, afin que les chrétiens puissent accueillir explicitement cette médiation. Au service du Christ médiateur d’une nouvelle alliance » (Hébreux 9, 1-5 ; Hébreux 8, 6) , sont donc constitués des ministres de la nouvelle alliance (2 Corinthiens 3, 6), qui actualisent sa présence à travers la diversité des lieux et des temps.
Cardinal Vanhoye (sacerdoce commun et sacerdoce ministériel)

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Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel
Cardinal Vanhoye

Précisons ce sacrement de la médiation du Christ. L’immolation que Jésus Christ a faite de lui-même sur la croix a accompli et consommé objectivement, une fois pour toutes, l’œuvre de la rédemption : le péché est expié, l’abîme qui nous séparait de Dieu est comblé, l’accès du Saint des saints dans les cieux nous est ouvert (Hébreux 10, 19). La rédemption opérée sur la croix est éternelle et vaut pour tout tous les temps (Hébreux 9, 12) : elle n’a pas besoin d’être complétée ou augmentée ou réitérée. Mais une chose reste nécessaire : l’application de ce sacrifice, c’est-à-dire la communication à chaque âme des fruits de ce sacrifice expiatoire, et cette communication se fait par un rite sacramentel : 1 Pierre 1, 2 ; Hébreux 12, 24 ; etc. En effet, le sacrifice du Christ ne profite qu’à ceux à qui le mérite des tortures du Christ est communiqué (Concile de Trente, 6,3). Pour que les rachetés trouvent la sanctification et la béatitude, il faut encore que l’homme croit et coopère à l’œuvre de Dieu, qu’il s’approprie la grâce que le Christ lui a obtenue. Or, l’application ou la communication des grâces suppose un médiateur, et c’est là le rôle du prêtre.

Il s’agit là d’une médiation descendante (du Christ vers son peuple). A cette médiation s’ajoute une médiation ascendante (du peuple vers le Christ) :

Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; (Vatican II, Lumen Gentium, 10)

C’est cette double médiation qui explique et fonde le besoin d’un sacerdoce institué.

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Jésus et les chrétiens : sacerdoce commun et sacerdoce christique
Relativement kitsch, mais théologiquement juste. On ne peut pas tout avoir.

 Conclusion

Au total, il y a trois sacerdoces :

  • le sacerdoce du Christ, fondement ultime : il est dit « grand-prêtre » ;
  • le sacerdoce commun de tous les chrétiens : ils sont dits « prêtres » au sens large ;
  • un sacerdoce institué : les « prêtres » au sens officiel et ministériel.

Ces derniers ont pour tâche de réaliser par la liturgie sacramentelle la participation de tous les chrétiens au sacerdoce du Christ. On dira ainsi que les prêtres agissent in persona Christi pour matérialiser l’unique sacerdoce du Christ, mais qu’ils agissent aussi in persona Ecclesiae pour rendre compte du sacerdoce commun des fidèles auquel tout croyant participe par la grâce baptismale. On peut encore dire qu’ils agissent in persona Christ caput Ecclesiae pour montrer comment leur ministère résume cette articulation des deux sacerdoces.

Les prêtres sont donc institués au service du sacerdoce commun de toutes l’Église : le prêtre a pour rôle de permettre à chaque chrétien d’offrir sa propre vie à Dieu à travers Jésus-Christ. Il est l’icône vivante de la médiation établie par Jésus entre Dieu et les hommes. Le prêtre a pour fonction la sacralisation du Peuple de Dieu, c’est-à-dire l’alliance divino-humain qu’a réalisée le Christ.
Selon Ephésiens 4, 12, les prêtres sont établis par le Christ afin « d’organiser les saints (c’est-à-dire les chrétiens ) pour l’œuvre du ministère , en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi. »

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