Quelle est la différence entre grâce opérante et grâce coopérante ?

jeudi 31 octobre 2013, par theopedie

C’est saint Augustin, et non plus saint Paul, qui est à l’origine de la distinction entre grâce sanctifiante opérante et grâce sanctifiante coopérante. Cette distinction permet de distinguer le concours de la volonté et de la grâce :

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Saint Augustin
Botticeli, 1480, Florence

Dieu, lui-même, opère en nous pour commencer, lui qui pour achever coopère avec ceux qui le veulent ; c’est pourquoi l’apôtre dit : J’ai confiance que celui qui opère en vous une œuvre excellente, en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ Jésus (Ph,1,6).

De gratia et libero arbitrio, 17

Pour que nous nous mettions à vouloir, Dieu a l’initiative : il opère sans nous, afin de toucher notre volonté ; mais lorsque nous voulons, lorsque notre propre vouloir passe à l’acte, il coopère avec nous. Autrement dit, certaines grâces préviennent la volonté délibérée (ce sont les grâces opérantes) ; d’autres la soutiennent (ce sont les grâces coopérantes).

Deus meus adiuva me
Mon Dieu, soutiens-moi
(chant traditionnel Gaelic-latin)
Maureen Hegarty

Gardons-nous de mal comprendre cette distinction : grâce opérante et grâce coopérante concernent toutes deux les actes humains libres et volontaires. Avec la grâce coopérante, la volonté humaine est capable d’avoir l’initiative de son acte, la grâce la soutient et l’aide. Cette attitude d’initiative suppose que l’on ait en soi le principe de son action, que l’on soit « équipé » pour poser un acte dont la charité dépasse nos forces spontanées. Pour les actes vis-à-vis desquels au contraire l’homme n’est pas déjà équipé de façon à dépasser les mouvements spontanés de sa propre nature, n’ayant pas en lui le principe de sa vie spirituel, seule la grâce de Dieu peut opérer activement : la volonté ne peut que donner son consentement. Ceci est vrai de tous les actes initiaux : premier mouvement de conversion vers Dieu sous l’effet d’une grâce actuelle, justification complète de l’impie, c’est-à-dire sanctification du pécheur, mais aussi de tous les actes qui dépassent les possibilités surnaturelles habituelles de l’homme sous la grâce qu’il possède : un acte de charité plus intense par exemple.

P.-S.

Cet article est extrait de : Initiation théologique (Manuel du Sauchoir, tome III, 1955).

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