Quel est le principe du bonheur : jouir ou contempler ?

dimanche 16 août 2015, par theopedie

En bref : La cause est supérieure à l’effet. Or, la contemplation est cause de jouissance ; donc la contemplation est supérieure à la jouissance.

Cette question a été soulevée par Aristote au livre X de son éthique, et il l’a laissée pendante. Mais si l’on y regarde de près, on reconnaîtra nécessairement que l’activité de l’esprit, la contemplation, prévaut sur la jouissance. En effet, la jouissance consiste dans l’équilibre de la liberté. Or, si la liberté trouve son équilibre en quelque chose, c’est à cause de la perfection de la chose qui l’équilibre. Donc, si la liberté trouve son équilibre dans une certaine activité, c’est à cause de la perfection qu’elle trouve dans cette activité Et on fera attention au point suivant : ce n’est pas en vue de l’équilibre qu’elle y trouve que la liberté désire une perfection, car alors la liberté serait son propre idéal, ce que nous avons déclaré impossible ; mais il faut dire que la liberté cherche un équilibre dans une activité car cela est sa propre perfection. Et il est évident que alors la perfection fondamentale n’est pas l’équilibre de la liberté dans cette perfection, mais l’activité dans laquelle notre liberté se repose.

Objections et solutions :

1. Aux dires d’Aristote, « la jouissance est la plénitude d’une activité » (in X Ethic.). Or ce qui perfectionne est supérieur à ce qui est perfectionné. Donc la jouissance est supérieure à l’activité contemplative.

(a) Selon Aristote au même endroit, la jouissance est la plénitude d’une activité, à la manière dont le charme est la plénitude de la jeunesse (et ce charme est un effet de la jeunesse elle-même). Il en découle que la jouissance est une certaine plénitude accompagnant la contemplation, et non une plénitude qui rendrait cette contemplation pleine et entière dans son espèce.

2. Ce qui rend une chose désirable est supérieur à cette chose. Or les activités sont désirées à cause des jouissances qu’elles procurent ; c’est pourquoi la nature, lorsqu’il s’agit des activités biologiques nécessaires à la conservation de l’individu et de l’espèce, y a attaché la jouissance, afin que ces activités ne soient pas négligées par les animaux.

• La sensation ne parvient à percevoir la valeur universelle d’une perfection, mais seulement ceci : qu’une perfection particulière est désirable. Et c’est pourquoi, les activités animales sont recherchées pour les plaisirs qu’elles procurent, et selon le désir des sens. L’esprit, au contraire, perçoit la valeur universelle d’une perfection et le plaisir provient de son obtention. De là vient aussi que l’esprit divin, en créant la nature, a attaché à certaines activités certains plaisirs pour les valoriser. Or ce n’est pas selon du désir des sens que l’on juge parfaitement des choses, mais selon le désir de l’esprit.

3. La vision correspond à la foi, et la jouissance à l’adoration. Or l’adoration est supérieure à la foi, dit l’Apôtre (1 Co 13, 13). Donc la jouissance est supérieure à la vision.

• L’adoration ne recherche pas la perfection aimée à cause de la jouissance qu’elle procure. C’est par voie de conséquence qu’elle se délecte dans la possession de la perfection qu’elle aime. Et ainsi ce n’est pas la jouissance qui est l’idéal de l’adoration, mais plutôt la contemplation, par laquelle son idéal lui est d’abord rendu présent.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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