Quel est le plus important des sacrements ?

jeudi 10 juillet 2014, par theopedie

En bref : « On voit qu’aucune fonction sacramentelle n’est achevée sans la très sainte eucharistie. Ce sacrement est donc le plus important, celui qui achève tous les autres. » (Denys l’aéropagite)

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Retable des sept sacrements
Au centre, la communion eucharistique
(Attribué à Weyden)

La supériorité de l’eucharistie lui vient de ce qu’elle contient non pas seulement la force et la grâce du Christ, mais le Christ lui-même en personne, dans son mystère pascal. Sans doute n’est-elle pas nécessaire au salut de la même manière que le baptême, mais on ne peut être sauvé sans être incorporé au Christ dans l’Église, ce qu’explicite positivement le sacrement de la communion. Tous les autres sacrements lui sont ordonnés à divers titres :

  • la pénitence et l’onction des malades rendent capable ou plus digne de la recevoir ;
  • l’ordre lui fournit des ministres ;
  • le mariage exprime, dans un autre langage, la même réalité du Christ et de l’Église.

Elle est le centre et le soleil du système sacramentel : tous les autres sacrements découlent d’elle et ramènent à elle. Ils lui doivent tout leur réalisme christologique. Elle est le sacrement par excellent, le « saint sacrement », le « sacrement des sacrements » (Denys).

P.-S.

L’article ci-dessous, tiré de la Somme de théologie, III, 65,3 de Saint Thomas d’Aquin, est offert en complément.

Thèse

L’eucharistie est le plus important de tous les sacrements. Cela se manifeste de trois façons.

1° En raison du contenu de ce sacrement l’eucharistie contient substantiellement le Christ lui-même, tandis que les autres sacrements ne contiennent qu’une vertu instrumentale reçue du Christ en participation, nous l’avons montré plus haut ; or, en tout domaine, l’être par essence est plus important que l’être participé.

2° Cela se voit par la connexion interne de l’organisme sacramentel, car tous les autres sacrements sont ordonnés à celui-ci comme à leur fin. En effet, il est évident que le sacrement de l’ordre a pour fin la consécration de l’eucharistie. Le sacrement de baptême est ordonné à la réception de l’eucharistie, et il est perfectionné par la confirmation, qui empêche de se soustraire, par crainte, à un si grand sacrement. Puis, la pénitence et l’extrême-onction préparent l’homme à recevoir dignement le corps du Christ. Le mariage aussi rejoint ce sacrement, au moins par son symbolisme, en tant qu’il représente la conjonction du Christ et de l’Église, dont l’union est figurée par le sacrement de l’eucharistie. D’où la parole de l’Apôtre (Ep 5, 23) : « Ce sacrement (le mariage) est grand. Je parle, moi, du Christ et de l’Église. »

3° Cette supériorité de l’eucharistie apparaît dans les rites sacramentels. Car l’administration de presque tous les sacrements se consomme dans l’eucharistie, comme le remarque Denys (argument en sens contraire) ; ainsi voit-on les nouveaux ordonnés communier et aussi les nouveaux baptisés s’ils sont adultes.

Quant aux autres sacrements, on peut les hiérarchiser selon de multiples points de vue. Au point de vue de la nécessité, le baptême est le plus important des sacrements ; au point de vue de la perfection, c’est l’ordre ; et la confirmation se situe entre les deux. Quant à la pénitence et à l’extrême-onction, ils appartiennent à une catégorie inférieure par rapport aux précédents, parce que, nous l’avons dit ils sont ordonnés à la vie chrétienne non pas essentiellement, mais par accident, c’est-à-dire pour remédier à un défaut survenu. Dans cette catégorie, toutefois, l’extrême-onction se rapporte à la pénitence comme la confirmation au baptême ; c’est-à-dire que si la pénitence est plus nécessaire, l’extrême-onction confère une perfection plus haute.

Objections et contre-objection :

1. Il semble que l’eucharistie ne soit pas le plus important des sacrements, car, dit Aristote le bien commun est plus important que le bien d’un seul. Le mariage est ordonné au bien commun de l’espèce humaine réalisé par la génération, et l’eucharistie est ordonnée au bien propre de celui qui la reçoit. Donc celle-ci n’est pas le plus important des sacrements.

  • Le mariage est ordonné au bien commun corporel. Mais le bien commun spirituel de toute l’Église réside substantiellement dans le sacrement de l’eucharistie lui-même.

2. Les sacrements conférés par un ministre supérieur semblent les plus dignes. La confirmation et l’ordre sont conférés exclusivement par l’évêque qui est supérieur à un simple prêtre, lequel confère l’eucharistie. Ces deux sacrements sont donc plus importants que l’eucharistie.

  • L’ordre et la confirmation députent les fidèles du Christ à des fonctions spéciales qui se rattachent à la fonction du prince. C’est pourquoi l’administration de ces deux sacrements est réservée à l’évêque qui, dans l’Église, est comme le prince. Mais le sacrement de l’eucharistie ne députe à aucune fonction, étant plutôt la fin de toutes les fonctions, nous venons de le dire.

3. Les sacrements sont d’autant plus importants qu’ils ont plus d’efficacité. Les sacrements qui impriment un caractère : le baptême, la confirmation et l’ordre, sont donc plus importants que l’eucharistie qui n’en imprime pas.

  • Le caractère sacramentel est, nous l’avons dit une certaine participation du sacerdoce du Christ. Aussi le sacrement qui unit à l’homme le Christ lui-même est-il plus digne que le sacrement qui imprime le caractère du Christ.

4. L’être dont d’autres êtres dépendent semble plus important qu’eux. Mais l’eucharistie dépend du baptême, car on ne peut recevoir l’eucharistie si l’on n’est baptisé. Le baptême est donc plus important que l’eucharistie.

  • Cet argument porte si on se place au point de vue de la nécessité. Ainsi le baptême est le plus important des sacrements en tant qu’il est le plus nécessaire. De même l’ordre et la confirmation jouissent d’une certaine prééminence en raison de celui qui les administre, et le mariage en raison de son symbolisme : car rien n’empêche un être qui n’est pas purement et simplement le plus digne, d’être le plus digne à un point de vue particulier.

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L'euchariste, centre des sacrements

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