Que veut dire « créateur de l’Univers » ?

dimanche 4 mai 2014, par Denis Cerba

En bref : Que Dieu soit « créateur de l’Univers » revient à dire qu’il est le créateur de toutes les réalités logiquement contingentes autres que lui-même.

Pour le théisme, Dieu est le créateur du « monde ». En langage contemporain, on dira plus volontiers qu’il est le créateur de « l’Univers ». Mais qu’entend-on précisément par là ? Qu’est-ce que « l’Univers » ?

Normalement, d’après l’étymologie du mot, l’Univers est ce qui contient toutes choses. Néanmoins, ça n’est pas exactement ainsi que le théisme peut comprendre cette expression : si Dieu créait absolument toutes choses, il se créerait également lui-même, idée que le théisme refuse (et qui n’a guère de sens).

Donc, il faut entendre « l’Univers » en un sens plus précis. En fait, tout en refusant de donner à « Univers » le sens d’« absolument toutes choses », on peut donner à ce terme un double sens : un sens étroit, ou un sens plus large. En disant que « Dieu est le créateur de l’Univers », le théisme entend l’« Univers » non seulement au sens étroit, mais aussi au sens large.

Le sens étroit du terme « Univers » est celui qu’on emploie notamment en physique ou en astronomie. « Univers » signifie alors, en gros, le système de toutes les réalités physiques (matérielles) : la Terre, les étoiles, les tables, les maisons, les molécules, les atomes, les particules élémentaires, etc.

Le théiste considère que Dieu crée toutes ces choses : toutes les choses physiques, avec leurs diverses propriétés (la masse et la charge des électrons, etc.). Mais il considère que Dieu crée encore « tout le reste » ! Il emploie donc « l’Univers » en un sens plus large. En ce sens plus large, « l’Univers » inclut une deuxième série de choses, et éventuellement une troisième :

  1. Dieu ne crée pas seulement les choses physiques, il crée également les mouvements des choses physiques, leurs comportements et leurs interactions : « L’action (ou la permission) de Dieu est requise, par exemple, non seulement pour l’existence du vent, mais aussi pour qu’il souffle de cette façon plutôt que d’une autre » [1].
  2. Pour certains théistes, existent également des choses non physiques : peut-être « l’âme » de l’homme est-elle une chose de ce genre, ainsi que le seraient les « anges » ou les « démons ». Si ces choses existent (mais notons qu’on peut être théiste sans penser que ces choses existent), alors elles aussi sont créées par Dieu.

Il apparaît en fait qu’en son sens large (qui inclut son sens étroit), « l’Univers » est équivalent à la totalité des réalités logiquement contingentes autres que Dieu lui-même (cf. art. 501).

En conclusion, Swinburne donne la caractérisation synthétique suivante de la doctrine théiste traditionnelle de « Dieu créateur de l’Univers » :

La doctrine selon laquelle il existe un esprit omniprésent qui est le créateur de l’Univers doit donc s’entendre, au regard de la tradition théiste, de la façon suivante : il existe un esprit omniprésent qui, soit produit lui-même, soit fait produire par d’autres êtres ou permet que d’autres êtres produisent (ou encore permet qu’existe de façon non causée) l’existence de toutes les réalités logiquement contingentes qui existent (c’est-à-dire qui ont existé, qui existent ou qui existeront), excepté tout ce dont l’existence est impliquée par sa propre existence. (The Coherence of Theism, ch. 8, p. 133-4)

Notes

[1R. Swinburne, The Coherence of Theism, ch. 8, p. 133.

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