Que signifie le terme « sacrement » ?

mardi 24 juin 2014, par theopedie

En bref : Le mot sacrement signifie, en un sens large, « ce qui est sacré et mystérieux » et, dans un sens restreint, « le signe efficace de ce qui est sacré et qui consacre ».
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Mysterion - Sacrement
« Ce mystère est grand, je le dis en pensant au Christ et à l’Église » (saint Paul)

 Sens général

Le terme de « sacrement » vient du latin sacramentum. Il a peu près le même sens que le terme grec de mysterion. Étymologiquement, sacramentum (de sacrare, dédier, consacrer à Dieu) signifie une chose sainte, une chose qui sanctifie ; tandis que mysterion (de muein, fermer) désigne une chose secrète, cachée. Mais comme, de fait, être sacré et être secret sont corrélatifs, en règle générale, on comprend sans peine le lien qu’il peut y avoir entre sacramentum et mysterion. Pour Isodore de Séville, les sacrements sont des secrets sacrés (sacrum secretum).

De par leur nature, les choses sacrées sont secrètes et doivent être tenues secrètes, de même que les secrets doivent être gardés de manière sacrée [1].

« Ne donnez pas ce qui est sacré aux chiens, de peur qu’ils ne se retournent contre vous et ne vous déchirent ; ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu’ils ne les piétinent. »

Mt 7, 6

 Restriction du sens

Sacrements et Réalités divines

Dans un sens très large, on appelle sacramenta ou mysteria l’ensemble des mystères de la foi, c’est-à-dire les réalités divines qui font l’objet de la foi et qui sont inaccessibles à la seule raison. Hugues de Saint Victor appelle ainsi son ouvrage de synthèse théologique : Des sacramentis christianae fidei. Ces réalités sont cachées et, pour devenir connues, doivent être révélées par Dieu et ne doivent pas être galvaudées auprès des non-initiés (les non-baptisés). La Bible permet de cerner les contours de cette réalité sacramentelle :

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Il est grand le mystère de la foi
Jésus : le sacrement
  • le royaume des cieux que les apôtres connaissent par grâce divine (Mt 13,1) ;
  • le dessein salvifique de Dieu accompli en Jésus (Ep 1,9) ;
  • la mission des apôtres qui est d’enseigner l’histoire sainte (Ep 3,9) ;
  • l’homme-Dieu, libérateur des hommes, le « grand mystère de la foi » (1 Tim 3,16).

Sacrements et symboles

En un sens plus générique, « sacrement » désigne tout signe sacré [2]. En ce sens, sont sacrements les institutions, les figures, les rites et tous les symboles religieux. Par exemple, les sept étoiles de l’apocalypse sont désignées comme des mystères (Ap 1,20). On trouve dans la liturgie des traces de cet usage : les sacramentaux, le liber sacramentorum, le sacrement du jeune quadragésimal, etc.

Sacrements proprement dits

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Le chandelier aux sept branches

Au sens strict, on réserve le nom de sacrements aux seuls signes qui signifient la consécration de l’homme, la consécration efficace, l’incorporation en Jésus le Saint. Par sacrement, on entend dès lors un signe sacré et consacrant. Plus précisément, le sacrement signifie la réalité qui, pratiquement, consacre : la grâce. De tels signes existaient dans l’ancien idéal juif. Ils existent encore dans l’idéal moderne chrétien. Ainsi saint Augustin, en parlant de l’Esprit, dit : « la lance qui a ouvert le côté du sauveur en a fait jaillir les sacrements, par lesquels les fidèles sont initiés » (De Civitate Dei, 15,26).

 Justification

Cette évolution progressive d’un terme dogmatique et sa fixation définitive répondent à la nature des choses et ont leur propre logique. En effet, les éléments sacrés et mystérieux se retrouvent au plus haut degré et admirablement unis dans les 7 sacrements.

Bien que les sacrements soient corporels et sensibles, on doit cependant les vénérer comme saints, car

  • ils signifient des mystères saints,
  • ils préparent aux charismes saints et sont donnés par le Dieu très saint ;
  • ils ont reçu la consécration divine par une institution et une bénédiction saintes ;
  • ils sont constitués pour le culte très saint de Dieu dans la sainte Église.

(saint Bonaventure, Bréviloquium)

Notes

[1Algerus, De sacramentis note toutefois cette différence : sacramentum signum est visibile aliquid significans, mysterion vero aliquid occultum ab eo significatum. L’un va du signifiant matériel au signifié immatériel, l’autre l’inverse.

[2Signa, cum ad res divinas pertinent, sacramenta nominantur, saint Augustin.

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