Que signifie l’énigme du fils prodigue ?

mardi 18 juin 2013, par theopedie

La parabole du fils prodigue (« prodigue » veut dire « dépensier ») est la dernière d’une série de trois énigmes proposées par Jésus pour illustrer l’amour de Dieu envers nous :

  • dans l’énigme du berger, l’amour était de un pour cent (15:1-7),
  • dans l’énigme de la drachme, l’amour était de un pour dix (15:8-10),
  • dans l’énigme du fils prodigue, l’amour est de un pour un (15:11-32).

La relation entre le Créateur et la créature dans cette parabole devient entière et totale. L’énigme réside alors moins dans l’interprétation de la parabole, laquelle possède un sens relativement clair, que dans la profondeur de ce qu’elle illustre : le mystère de la miséricorde, sa gratuité et sa grandeur.

L’énigme du fils prodigue
Jésus mange chez des hommes impurs.
Extrait du film Jésus de Nazareth de Zeffirelli
theopedie

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Mon père, donne-moi la part de notre fortune qui doit me revenir.” Alors le père partagea ses biens entre ses deux fils. Peu de jours après, le plus jeune fils vendit sa part de la propriété et partit avec son argent pour un pays éloigné. Là, il vécut dans le désordre et dissipa ainsi tout ce qu’il possédait. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer du nécessaire. Il alla donc se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. Il aurait bien voulu se nourrir des fruits du caroubier que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. Alors, il se mit à réfléchir sur sa situation et se dit : “Tous les ouvriers de mon père ont plus à manger qu’ils ne leur en faut, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je veux repartir chez mon père et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi,je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils. Traite-moi donc comme l’un de tes ouvriers.” Et il repartit chez son père.

Tandis qu’il était encore assez loin de la maison, son père le vit et en eut profondément pitié : il courut à sa rencontre, le serra contre lui et l’embrassa. Le fils lui dit alors : “Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils...” Mais le père dit à ses serviteurs : “Dépêchez-vous d’apporter la plus belle robe et mettez-la-lui ; passez-lui une bague au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau que nous avons engraissé et tuez-le ; nous allons faire un festin et nous réjouir,car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et je l’ai retrouvé.” Et ils commencèrent la fête.

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Le fils prodigue
Une image de la miséricorde de Dieu (par Rembrandt)

Pendant ce temps, le fils aîné de cet homme était aux champs. A son retour, quand il approcha de la maison, il entendit un bruit de musique et de danses. Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Le serviteur lui répondit : “Ton frère est revenu, et ton père a fait tuer le veau que nous avons engraissé, parce qu’il a retrouvé son fils en bonne santé.” Le fils aîné se mit alors en colère et refusa d’entrer dans la maison. Son père sortit pour le prier d’entrer. Mais le fils répondit à son père : “Écoute, il y a tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à l’un de tes ordres. Pourtant, tu ne m’as jamais donné même un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis. Mais quand ton fils que voilà revient, lui qui a dépensé entièrement ta fortune avec des prostituées, pour lui tu fais tuer le veau que nous avons engraissé !” Le père lui dit : “Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que je possède est aussi à toi. Mais nous devions faire une fête et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé !” »

Lc 15, 11-32 ([Bible en Français Courant->http://lire.la-bible.net/index.php?reference=Lc+15)

Le personnage principal de la parabole, le père indulgent, est proposé ici comme représentation de Dieu. En racontant l’histoire, Jésus s’identifie avec lui dans son attitude de miséricorde et de patience pour les pécheurs. Le fils cadet représente les pécheurs, ceux qui utilisent les talents que Dieu leur a confiés à des fins mauvaises. En faisant ce qui est mal, ils s’éloignent de Dieu. Le frère aîné représente au contraire les hommes en apparence justes, mais trop satisfaits de leur propre vertu pour comprendre le sens de la véritable morale.

Le fils prodigue
KTOTV
KTOTV

Il n’est pas impossible de voir derrière le fils cadet et le fils aîné une allégorie de la société juive : les pharisiens et les docteurs de la loi prétendaient être le rempart de la moralité et méprisaient les collaborateurs et le petit peuple qui ne pratiquaient pas la religion avec assiduité. Toutefois, la parabole de Jésus recèle une valeur qui dépasse ce seul cadre. Cette énigme doit en effet être comprise comme une invitation personnelle à contempler la miséricorde du Créateur. Signalons donc simplement quelques éléments pour guider cette méditation :

  • Quand le fils a perdu tout son argent, il se vend comme esclave et se retrouve à donner à manger à des cochons. Les cochons sont des animaux impurs pour les juifs. Le fils cadet détestait ces animaux et, en même temps, aurait bien aimé manger ce qu’ils mangeaient tant sa situation était désespérée. C’est la condition du pécheur qui est ici dépeinte : le pécheur est isolé des siens, enfoncé dans son propre péché qu’il déteste et dont il veut pourtant toujours tirer plaisir.
  • Le fils fait preuve de bon sens en retournant voir son père. Il fait aussi preuve d’humilité : il accepte ce que la situation peut avoir d’honteuse pour lui et refuse le titre de fils pour n’avoir que celui de serviteur. A l’inverse, le père fait preuve de grandeur : il n’exige pas de garantie du fils mais commence par lui pardonner. L’humilité et la repentance sont à eux seuls une réparation du mal commis et suffissent à rétablir le fils dans sa dignité.
  • Les noces sont symboliques : l’anneau est signe d’autorité et de filiation, les sandales sont symboles de l’homme libre, et le vêtement signe de d’honneur et de fête. La bête qui est tuée rappelle les sacrifices sanglants offerts à Dieu en signe d’expiation.
  • Ce qui est reproché au fils aîné n’est pas sa moralité : par son attitude exemplaire, il a prouvé au père qu’il était digne de confiance. Ce qui lui est reproché, c’est d’avoir oublié à quoi servait son travail : non pas à amasser des richesses, mais à avoir une vie heureuse. Le fils cadet manque de bon sens en oubliant que l’argent se mérite par le travail, mais le fils aîné manque de bon sens en oubliant que l’argent est fait pour être dépensé.
  • La parabole insiste moins sur le pardon du péché et la repentance que sur but de ce pardon : il s’agit avant tout de restaurer une amitié et une communion familiale qui avait été rompue. Dans cette énigme, le père reste dans sa demeure et ne va pas dehors à la recherche de son fils. Il attend patiemment et avec vigilance à cet endroit.

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