Que s’est-il passé lors du dernier repas de Jésus (la cène) ?

dimanche 14 juillet 2013, par theopedie

Au cours de son dernier repas, la « cène », et sachant qu’il allait bientôt mourir, Jésus légua un testament spirituel à ses disciples et leur lava les pieds. Toujours au cours de ce même repas, Judas décida de trahir définitivement Jésus et quitta le « cénacle » pour rejoindre les grands-prêtres. Mais l’événement le plus marquant de ce repas dont les messes chaque dimanche font mémoire est probablement l’épisode suivant, dit « l’institution de l’eucharistie » :

La denière cène
Extrait de Jésus de Nazareth de Zeffirelli
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Au cours du repas, Jésus prit du pain et, après avoir remercié Dieu, il le partagea et le donna à ses disciples ; il leur dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. » Il prit ensuite une coupe de vin et, après avoir remercié Dieu, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous, ceci est mon sang, le sang pour [signer] le pacte. Il sera versé pour la multitude et pour le pardon des péchés. Je vous le déclare : désormais, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où, avec vous dans le Royaume de mon Père, je le boirai nouveau. Après avoir chanté le chant religieux, ils s’en allèrent à la colline des Oliviers. »

On trouve ce récit dans la Bible aux passages suivants : Marc 14,22 ; Matthieu 26,26 (passage ci-dessus) ; 1 Corinthiens 11,24 ; Luc 22,19. Hormis quelques menues différences, tous ces récits convergent et il n’y a aucune raison légitime de remettre en cause l’historicité de ces paroles. À cause de leur importance, ces paroles ont suscité une vaste littérature exégétique. Nous nous limiterons à quelques remarques explicatives :

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La cène
Léonard de Vinci, 1494-1498, Église Santa Maria delle Grazie de Milan,

  • On retrouve dans ce récit les éléments rituels du repas pascal, le « Séder » : les pains spéciaux pour cette fête, la coupe de bénédiction, les chants de louange faisaient (et font toujours) partie intégrante de ce rite pascal. Jésus reprend ces éléments traditionnels mais, de même qu’il a probablement anticipé ce repas d’une journée devant l’urgence de la situation, il leur confère une signification nouvelle en les rattachant à sa propre personne et non plus à la sortie d’Égypte.
  • Le terme d’alliance renvoie à l’antique alliance que Moïse avait contractée au nom du peuple juif avec Dieu dans le désert, juste avant de recevoir la table des dix commandements : les juifs s’étaient engagés à obéir à Dieu et Dieu s’était engagé à les protéger. Cette alliance, comme tout bon contrat, avait été signée et l’on avait utilisé pour cela le sang d’un animal sacrifié (Ex 24). Mais cette alliance avait été ensuite brisée par les juifs à cause de leur idolâtrie et les juifs rêvaient depuis lors à une nouvelle alliance plus solide et plus intérieure (Jr 31,33) qui leur assurerait la solidarité de Dieu par amour de lui. C’est cette nouvelle alliance que Jésus va signer de son sang.
  • Tandis que dans la fête juive, le pain de pâque était signe d’austérité et le vin signe de joie, boire à la coupe devient ici synonyme de souffrances. Jésus donne ainsi au sacrifice de sa vie une dimension expiatoire : son sang sera « versé pour la multitude ». Lui qui est innocent, il est en effet prêt à souffrir pour libérer l’humanité de l’antique malédiction : c’est en voyant Jésus mourir que le Créateur a décidé d’ouvrir à nouveau le paradis qui était jusque là fermé et l’y faire entrer, lui et tous ceux qui l’imiteraient.
  • L’importance de ce repas avait déjà été annoncée et préparée par la double multiplication des pains dont le récit ne laisse pas de rappeler la cène ; mais aussi par le lien constant que Jésus fait dans ses énigmes entre parole et pain (cf. par exemple la parabole du semeur).
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    La cène
    Une interprétation de la Cène de Vinci,
    David Lachapelle, 2003

  • En grec, « remercier » se dit « eucharistein » (littéralement, rendre grâce). De là vient le nom technique d’eucharistie pour désigner la prière de la messe. Le dimanche, les chrétiens redisent en effet ces dernières paroles et remercient le Créateur pour sa bonté et pour leur avoir donné Jésus comme chef. La coutume, au cours de Séder, était de réciter le psaume de louange dit du « hallel », mot qui a donné « alléluia ».
  • Le fait de rompre le pain et de donner sa vie doit être compris comme un acte d’hospitalité et de générosité. Tandis que l’action de grâce et l’eucharistie indiquent la relation de transcendance qui doit unir Dieu et l’homme, la générosité indique la relation de solidarité qui doit unir l’homme à ses semblables. Il s’agit là des deux lois fondamentales du christianisme.

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