3. Qu’est-ce que le dualisme cartésien ?

samedi 27 février 2016, par Denis Cerba

En bref : Le dualisme spécifiquement cartésien se définit par 4 thèses fondamentales : 1) Il y a dualité substantielle entre l’esprit et le corps. 2) Il y a dualité de nature entre l’esprit et le corps. 3) L’esprit est identique à la conscience. 4) Le corps et l’esprit interagissent causalement.

Nous avons vu (cf. Quelle différence entre « dualisme cartésien » et « dualisme de substance » ?) que la forme de dualisme corps/esprit défendue par Descartes au début du 17e s. est une forme de ce qu’on appelle aujourd’hui le dualisme de substance, et que cette théorie de Descartes est encore aujourd’hui d’une extrême importance, tant d’un point de vue historique que théorique (sur ce point, voir, plus précisément : Quelle est l’importance du dualisme cartésien ?).

Dans le présent article, nous présentons une vue d’ensemble, à la fois la plus complète et la plus synthétique possible, de la position de Descartes en philosophie de l’esprit.

 Un dualisme de substance

Descartes pense qu’entre le corps et l’esprit, n’existe pas seulement une certaine distinction, mais plutôt une véritable dualité. Dans la terminologie qu’il utilise, c’est la dualité corps/âme (ou, en latin, la dualité corpus/anima, ou corpus/mens ).

Le dualisme cartésien est une forme de dualisme de substance. Cela signifie que Descartes tient les deux thèses fondamentales suivantes :

  1. Le corps et l’âme sont deux choses au sens le plus fort du terme « chose » : deux « substances », deux individus distincts et existant indépendamment l’un de l’autre.
  2. Le corps et l’âme sont deux substances de natures radicalement différentes : ce qu’est un esprit n’a rien à voir avec ce qu’est un corps.

En même temps, le dualisme cartésien n’est qu’une forme de dualisme de substance. En effet, Descartes ajoute à ces deux thèses une troisième thèse, caractéristique du dualisme strictement cartésien : la nature de l’esprit est d’être conscient.

Si l’on devait résumer le dualisme cartésien d’une seule formule, ce serait donc celle-ci :

Le dualisme cartésien :

L’esprit est une chose consciente (res cogitans), et le corps une chose étendue (res extensa).

Nous expliquons maintenant les différents aspects de cette affirmation, en commençant par ses fondements métaphysiques.

 Les fondements métaphysiques du dualisme cartésien

Comme nous l’avons vu, le dualisme (qu’il soit de substance ou de propriété) recourt pour se formuler à une certaine distinction métaphysique fondamentale : la distinction entre « chose » et « propriétés d’une chose ».

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Les « Principes de la Philosophie » (1644) : l’exposé le plus complet de la pensée de Descartes

Dans la langue de Descartes, il s’agit de la distinction entre « substance » d’une part, et « attributs » (ou « propriétés », ou « qualités », ou « modes ») d’une substance d’autre part.

Une substance est quelque chose qui n’a pas besoin d’autre chose pour exister (tel un corps, une chaise, une voiture, un arbre, etc.), alors qu’un attribut a besoin pour exister d’une substance dont elle soit la propriété (une certaine masse, par exemple, est toujours la masse d’un certain corps : elle n’existe pas « toute seule »). Les choses se compliquent un peu pour Descartes, du fait qu’il pense que toute chose — même les substances — ont besoin de Dieu pour exister (c’est Dieu qui fait exister toute chose) ; du coup, il n’y a qu’une substance au sens strict du terme : Dieu ! Néanmoins, on peut continuer à parler de « substance » en un sens plus large, mais néanmoins pertinent : en un sens plus large (qui s’applique à la « substance créée »), une « substance » est ce qui n’a besoin que du concours de Dieu pour exister, alors qu’un « attribut » a besoin non seulement du concours de Dieu, mais aussi d’une substance dont elle soit la propriété.

Voici le § des Principes de la Philosophie où Descartes expose cette distinction substance/attribut parmi les choses créées :

Lorsque nous concevons la substance, nous concevons seulement une chose qui existe en telle façon, qu’elle n’a besoin que de soi-même pour exister. En quoi il peut y avoir de l’obscurité touchant l’explication de ce mot : « N’avoir besoin que de soi-même » ; car, à proprement parler, il n’y a que Dieu qui soit tel, & il n’y a aucune chose créée qui puisse exister un seul moment sans être soutenue & conservée par sa puissance. C’est pourquoi on a raison dans l’École [1] de dire que le nom de substance n’est pas « univoque » au regard de Dieu & des créatures, c’est-à-dire qu’il n’y a aucune signification de ce mot que nous concevions distinctement, laquelle convienne à lui & à elles. Mais pource qu’entre les choses créées quelques-unes sont de telle nature qu’elles ne peuvent exister sans quelques autres, nous les distinguons d’avec celles qui n’ont besoin que du concours ordinaire de Dieu, en nommant celles-ci des substances & celles-là des qualités ou attributs de ces substances. [2]

Remarquons la formulation très précise de Descartes concernant la notion de « substance » : une substance est « une chose qui existe en telle façon, qu’elle n’a besoin que de soi-même pour exister ». Cette formulation répond d’elle-même à une objection contre la conception cartésienne de la substance qui vient spontanément à l’esprit : comment considérer qu’un arbre (par exemple) soit une substance, quand il est évident qu’un arbre a besoin pour exister d’une quantité d’autres choses que de lui-même (et de Dieu !) : un sol, de l’eau, des sels minéraux, etc. Mais ce dont parle Descartes, ce ne sont pas des conditions d’existence (ou de l’origine de l’existence, ou de quoi que ce soit d’autre concernant l’existence...), mais précisément du mode d’existence : or, de ce point de vue, il y a une différence radicale entre ce qui existe par soi-même (une « substance ») et ce qui a impérativement besoin d’autre chose pour exister (un « attribut »). La distinction cartésienne substance/attribut concerne uniquement (et avec raison) leur mode d’existence.

Cette distinction permet à Descartes de formuler la première thèse caractéristique de son dualisme :

 La dualité substantielle âme/corps

L’âme et le corps sont deux substances, deux choses (deux res, dans le latin de Descartes) : l’âme existe indépendamment du corps auquel elle est liée, le corps existe indépendamment de l’âme qui est la sienne. Nous sommes fondamentalement composés de deux choses différentes, certes étroitement unies (nous verrons de quelle façon), mais dont le mode d’être est d’exister indépendamment l’une de l’autre.

On trouve cette affirmation au § 52 des Principes :

La notion que nous avons ainsi de la substance créée se rapporte en même façon à toutes, c’est-à-dire à celles qui sont immatérielles [= l’âme] comme à celles qui sont matérielles et corporelles [= le corps] ; car il faut seulement, pour entendre que ce sont des substances, que nous apercevions qu’elles peuvent exister sans l’aide d’aucune chose créée [...]. [3]

Passons maintenant au second grand volet du dualisme cartésien : la différence de nature entre l’âme et le corps.

 La dualité de nature entre l’âme et le corps

L’âme et le corps, selon Descartes, ne sont pas seulement deux choses, mais aussi deux choses de natures radicalement différentes : il s’agit maintenant de la dualité de nature entre le corps et l’esprit.

Pour formuler ce type de dualité, Descartes pose une nouvelle distinction métaphysique. Cette distinction concerne les attributs. Il existe un type d’attribut tout à fait remarquable, que Descartes appelle « l’attribut essentiel » d’une substance. L’« attribut essentiel » d’une substance, c’est sa propriété principale : celle qu’une substance ne peut pas ne pas posséder sous peine de ne pas exister du tout. Par exemple : un corps peut ne pas être coloré (un morceau de verre est un corps, quand bien même il est parfaitement incolore) ; en revanche, un corps ne peut pas ne pas avoir trois dimensions (= être « étendu ») ; donc, dit Descartes, l’extension est l’attribut principal de toute substance corporelle. D’après Descartes, toute substance a un attribut essentiel : une propriété principale qui explique toutes ses autres propriétés (plus ou moins secondaires). Dans le cas d’un corps (= d’une substance corporelle), cette propriété est l’extension ; dans le cas d’un esprit (= d’une substance immatérielle, ou incorporelle), cette propriété est la conscience (ce que Descartes appelle la « pensée »).

Voici le § des Principes de la Philosophie où Descartes exprime à la fois sa théorie de l’attribut principal, et sa conviction que l’attribut principal d’un corps est son extension, et l’attribut principal d’un esprit la conscience :

Encore que chaque attribut soit suffisant pour faire connaître la substance, il y en a toutefois un en chacune, qui constitue sa nature et son essence, & de qui tous les autres dépendent. À savoir l’étendue en longueur, largeur & profondeur constitue la nature de la substance corporelle ; & la pensée constitue la nature de la substance qui pense. Car tout ce que d’ailleurs on peut attribuer au corps présuppose de l’étendue, & n’est qu’une dépendance de ce qui est étendu ; de même, toutes les propriétés que nous trouvons en la chose qui pense ne sont que des façons différentes de penser. Ainsi nous ne saurions concevoir, par exemple, de figure, si ce n’est en une chose étendue, ni de mouvement, qu’en un espace qui est étendu ; ainsi l’imagination, le sentiment & la volonté dépendent tellement d’une chose qui pense, que nous ne les pouvons concevoir sans elle. Mais, au contraire, nous pouvons concevoir l’étendue sans figure ou sans mouvement, & la chose qui pense sans imagination ou sans sentiment, & ainsi du reste. [4]

Reste maintenant à préciser ce que Descartes appelle « l’extension » comme attribut principal du corps, et la « pensée » comme attribut principal de l’âme.

 Le corps comme res extensa

Selon Descartes, donc, l’attribut principal du corps est l’extension. Par là, Descartes entend le dimensionnement dans l’espace : le fait que tout corps soit nécessairement tri-dimensionnel, étendu en longueur, largeur et profondeur : « L’étendue en longueur, largeur et profondeur constitue l’essence de la substance corporelle ».

Cette affirmation de Descartes est très importante, car elle constitue le premier pas décisif en vue d’une compréhension moderne de ce qu’est le monde physique. Descartes a compris que le monde physique a certaines caractéristiques fondamentales qui n’ont pas été comprises par la philosophie « traditionnelle » de son époque (inspirée principalement d’Aristote) : le monde physique ne s’explique pas par les couples matière/forme, puissance/acte, haut/bas, chaud/froid, sec/humide, etc. (caractéristiques de la philosophie aristotélicienne) ; il s’explique selon de nouveaux concepts et de nouvelles découvertes, dont les principaux représentants (dans l’histoire de la science) seront Kepler, Galilée et Newton.

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Le monde d’après les « Principes de la Philosophie » de Descartes

Le mérite de Descartes, comme philosophe, consiste à avoir été le premier à avoir formulé une théorie philosophique du monde physique qui préfigure les progrès décisifs de la science moderne : la théorie cartésienne du corps comme res extensa (« chose étendue ») est à la fois naïve eu égard aux progrès de la science moderne (qui ne considère plus la seule extension comme à l’origine de toutes les propriétés de la matière), et déjà extraordinairement moderne et novatrice : les propriétés fondamentales du monde physique ne sont pas à chercher du côté de la vieille « métaphysique » (matière/forme, etc.), mais plutôt du côté d’une appréhension à la fois expérimentale et mathématique (voire géométrique) du monde. De ce point de vue, la théorie du monde physique proposée par Descartes dans les parties II à IV des Principes de la Philosophie (qui essaient d’expliquer le monde uniquement à partir du fait qu’il soit composé de morceaux de matière tridimensionnels en mouvement) est une tentative d’expliquer le monde certes aujourd’hui scientifiquement dépassée, mais qui demeure admirable de lucidité et de modernité.

Pour en revenir à la philosophie de l’esprit, la thèse fondamentale de Descartes concernant le corps est la suivante :

Le corps est une chose purement physique — c’est-à-dire (pour Descartes) une res extensa : une « chose étendue », étendue en longueur, largeur et profondeur.

 L’âme comme res cogitans

Dans le dualisme de Descartes, l’« attribut principal » de l’âme est la « pensée » (cogitatio). L’âme est une res cogitans, une « chose qui pense » : « La pensée constitue la nature de la substance qui pense... Toutes les propriétés que nous trouvons en la chose qui pense ne sont que des façons différentes de penser » (Principes de la Philosophie I, 53).

Il faut néanmoins faire très attention à ce que Descartes appelle « penser » : ce que Descartes appelle la « pensée » correspond à ce que nous appellerions aujourd’hui la conscience (consciousness). Il s’agit de tout ce qui se passe « dans notre esprit » quand nous sommes, tout simplement, conscients : tout le contenu de l’expérience consciente (conscious experience), que ce soit réfléchir, imaginer, sentir, avoir envie, voir, entendre, souffrir, vouloir, rêver, percevoir, avoir faim, etc. Il ne s’agit donc pas du tout de la pensée au sens strict du terme : penser, par opposition à sentir, percevoir ou vouloir.

Voici comment Descartes lui-même précise ce qu’il entend par « penser » (au § I, 9 des Principes, intitulé « Ce que c’est que penser ») :

Par le mot de « penser », j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes ; c’est pourquoi non seulement entendre [5], vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. [6]

Il est clair que pour Descartes, « penser » signifie simplement « être conscient ». Cela est d’ailleurs confirmé par le texte latin des Principes [7] :

Quid sit cogitatio. — Cogitationis nomine, intelligo illa omnia, quæ nobis consciis in nobis fiunt, quatenus eorum in nobis conscientia est. Atque ita non modo intelligere, velle, imaginari, sed etiam sentire, idem est hic quod cogitare. [8]

Une traduction plus littérale de ce texte que la traduction française officielle serait la suivante : « Par le terme de pensée, j’entends tout ce qui se passe en nous quand nous sommes conscients, dans l’exacte mesure où nous en avons conscience. C’est pourquoi penser ne consiste pas seulement à comprendre, vouloir, ou imaginer, mais aussi à sentir. »

On peut donc dire que pour Descartes :

L’attribut principal de l’âme (ou de l’esprit) est la « pensée » (cogitatio), c’est-à-dire le fait d’être conscient. L’âme (ou l’esprit) est une res cogitans (une « chose qui pense ») — c’est-à-dire une chose consciente.

Descartes soutient donc l’identification : esprit = conscience. Il s’agit de la troisième thèse soutenue par Descartes (en plus de la thèse de la dualité substantielle entre le corps et l’esprit, et de celle de leur dualité de nature) : c’est cette thèse qui distingue le dualisme strictement cartésien du dualisme de substance en général (cf. art. 899).

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David J. Chalmers : un héritier contemporain de Descartes

Cette thèse cartésienne de l’identité esprit/conscience est très importante : elle a fasciné et dominé toute la philosophie moderne (nous verrons plus précisément sous quelles formes dans des articles ultérieurs). Mais son importance n’est pas qu’historique : il n’est pas exclu que Descartes ait effectivement mis le doigt sur la caractéristique la plus centrale de l’esprit. C’est en tout cas ce que soutiennent encore aujourd’hui les descendants de Descartes, dont le philosophe australien contemporain David J. Chalmers (1966- ). Chalmers est un grand nom de la philosophie de l’esprit contemporaine ; il soutient une forme de dualisme précisément fondée sur l’irréductibilité physique du phénomène de l’expérience consciente [9]. Quoi qu’il en soit de la position de Chalmers, le phénomène de la conscience demeure aujourd’hui au centre des préoccupations des philosophes en philosophie de l’esprit : la conscience est la caractéristique de l’esprit qui résiste le plus à la tendance massivement matérialiste et réductionniste de la philosophie de l’esprit contemporaine (cf. L’argument de la conscience en faveur du dualisme de substance.).

 L’interaction âme/corps

Il y a en fait une quatrième et dernière thèse qui caractérise la position de Descartes en philosophie de l’esprit : même si Descartes pense que le corps et l’esprit existent indépendamment l’un de l’autre, il pense également que le corps et l’esprit interagissent causalement. Le corps agit causalement sur l’esprit, l’esprit agit causalement sur le corps : le dualisme cartésien est donc « interactionniste » (nous avons vu qu’il est possible d’être dualiste sans être interactionniste : c’est le cas par exemple de Leibniz, cf. art. 674). En particulier, d’après Descartes, l’âme est la cause de tous les mouvements volontaires du corps : l’âme est la cause du fait que je marche ou que je lève le bras, mais non que je digère ou que mon cœur batte. Le corps, en revanche, est la cause en particulier des sensations et sentiments ressentis par l’esprit (= les « passions de l’âme »).

Il n’y a pas contradiction immédiate entre l’affirmation selon laquelle l’âme et le corps existent indépendamment l’un de l’autre et celle selon laquelle l’âme et le corps agissent l’un sur l’autre. En effet, nous l’avons vu, la première thèse concerne strictement le mode d’existence du corps et de l’âme ; mais elle ne concerne pas leur mode d’action l’un sur l’autre. La thèse de l’interaction âme/corps pose néanmoins problème, nous le verrons (mais plus précisément du point de vue de la dualité de nature entre l’âme et le corps : c’est l’objection de la princesse Élisabeth au dualisme cartésien).

Pour Descartes, c’est précisément l’interaction âme/corps qui fonde l’« unité étroite » de l’âme et du corps (= le fait qu’ils constituent un être humain) : il y a en nous à la fois une dualité radicale de l’âme et du corps (dualité de substance et de nature), et une unité intime de l’âme et du corps (unité d’interaction : mon âme agit sur mon corps, mon corps agit sur mon âme) :

Un certain corps est plus étroitement uni à notre âme que tous les autres qui sont au monde, pource que nous apercevons clairement clairement que la douleur & plusieurs autres sentiments nous arrivent sans que nous les ayons prévus, & que notre âme, par une connaissance qui lui est naturelle, juge que ces sentiments ne procèdent point d’elle seule, en tant qu’elle est une chose qui pense, mais en tant qu’elle est unie à une chose étendue qui se meut par la disposition de ses organes, qu’on nomme proprement le corps d’un homme. [10]

Pour continuer, cf. :

Notes

[1Par « l’École », Descartes désigne la philosophie « officielle » de son époque : celle qui a cours dans les principales facultés de théologie, notamment celle de Paris (la Sorbonne). Le projet de Descartes est foncièrement de dépasser cette philosophie, qui lui semble totalement surannée. Néanmoins, par prudence et par politique, il essaie de formuler sa propre pensée dans certaines catégories familières de « l’École » : c’est pourquoi il évoque ici la question de l’« univocité » de la notion de substance entre Dieu et les créatures, qui était un thème traditionnel de débat entre les théologiens de son époque.

[2Descartes, Principes de la Philosophie I, 51.

[3Descartes, Principes de la Philosophie I, 52.

[4Descartes, Principes de la Philosophie I, 53.

[5« Entendre » = comprendre.

[6Descartes, Principes de la Philosophie I, 9.

[7Les Principes de la Philosophie ont été écrits par Descartes en latin, et ensuite traduits en français par l’un de ses amis.

[8Descartes, Principia Philosophiæ I, 9.

[9Cf. les deux livres consacrés par Chalmers à la défense de cette idée : The Conscious Mind. In Search of a Fundamental Theory (OUP, 1996) et The Character of Consciousness (OUP, 2010).

[10Descartes, Principes de la Philosophie II, 2.

13 Messages

  • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 22 mai 2015 à 11:05, par West

    Je souscris totalement à vos idées en matière de dualisme cartésien. Mais je crois qu’il faut replacer Descartes dans un contexte moderne, celui d’un monde indéterministe, où le hasard est constamment à l’oeuvre. La substance pensante, qui échappe au hasard, y prend toute sa valeur.
    G.W

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    • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 22 mai 2015 à 18:31, par Denis Cerba

      Merci pour votre lecture et votre réaction.
      Je pense que par « contexte moderne », vous entendez plutôt « contexte contemporain », car d’un point de vue historique le monde « moderne » (celui initié par Descartes, précisément) se caractérise plutôt par un déterminisme fort (Newton, Laplace, etc.) : la notion de « hasard » devient centrale dans la pensée contemporaine (fin 19e - 20e s. : Darwin, la physique quantique, etc.).
      Mais au-delà de cette question, je pense que vous entendez avant tout soulever la question de la spécificité de l’être humain au sein de l’univers : de ce point de vue, la pensée cartésienne fait fond sur la césure physique/non-physique (pour s’exprimer en termes contemporains !). C’est évidemment une thèse puissante et fort respectable, mais qui se heurte à deux questions dont la réponse ne m’apparaît pas aussi évidente que vous semblez le penser : 1) une telle césure, en l’état actuel de nos connaissances, est-elle épistémologiquement justifiable ? Paradoxalement, la pensée cartésienne a plutôt nourri une descendance physicaliste ! 2) Est-il vraiment nécessaire, pour penser la spécificité humaine, de l’appuyer sur cette césure ontologique physique/non-physique ? Un philosophe comme D. Armstrong, par exemple, quoique matérialiste intégral, développe une remarquable théorie de l’action humaine.
      Mais la réflexion, la recherche et le débat, sur ces questions importantes, sont évidemment à poursuivre !

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  • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 23 mai 2015 à 23:56, par West

    J’entends par contexte moderne le contexte que décrit la physique moderne : au-delà d’un certain degré d’infiniment petit (la constante de Planck), il n’y a plus de mesure, donc plus d’ordre possible, et comme le désordre dans l’infiniment petit finit par rejaillir sur l’infiniment grand, le monde est un monde indéterministe, où le hasard est constamment à l’oeuvre.
    Il est vrai que Descartes était déterministe, mais ce déterminisme est un déterminisme imposé par son siècle : Dieu ne peut être trompeur.
    La césure entre l’âme et le corps existe entre la conscience et le monde, la conscience (la ’connaissance immédiate’ selon l’appellation cartésienne) étant un mode de l’esprit, qui reçoit le monde matériel, cause d’erreur. La pensée, qui puise sa source dans la mémoire intellectuelle, est chargée d’en corriger les apparences trompeuses, pour en donner à la conscience une idée correcte.

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    • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 26 février à 19:42, par West

      Addendum à la réponse précédente : une césure est rendue nécessaire entre l’âme et le monde (indéterministe) pour séparer l’ordre du désordre.

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      • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 1er mars à 13:39, par Denis Cerba

        Soutenir que le monde mental est foncièrement plus « ordonné » que le monde physique... : ça laisse pantois !!

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        • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 4 mars à 10:16, par West

          Merci de votre réponse.
          Il peut paraître exagéré de parler de désordre du monde physique et pourtant c’est ce que dit la physique moderne lorsqu’elle parle d’indéterminisme. Au delà d’un certain degré d’infiniment petit (longueur de Planck) le désordre règne et interagit avec le monde macroscopique en le déréglant. [Descartes croyait à un déterminisme (la Création continuée), que ne reconnaît plus la science moderne, qui l’obligeait à incriminer les sens comme cause de l’erreur].
          Les systèmes dynamiques, produits de l’Evolution, sont donc constamment remis en cause à un niveau quantique, et c’est la vraie cause du désordre dans l’univers.
          Par contre le monde de la pensée, immatériel et sans énergie, est ordonné, et ce monde immatériel constitue un recours pour l’être conscient, contre le désordre des phénomènes qui l’empêche de découvrir la vérité.
          Votre expression de ’monde mental’ pour la substance pensante est ambiguë. Les images mentales produites par le cerveau sont physiologiques, alors que les idées qui les sous-tendent sont spirituelles.

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          • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 8 avril à 10:48, par Denis Cerba

            Désolé de vous décevoir : la physique moderne n’est nullement « indéterministe » ! Elle ne soutient nullement que le « désordre » règne à tous les étages à partir de l’indétermination quantique : renseignez-vous...
            Elle se caractérise bien plutôt, depuis le 17e s., par sa capacité à donner des réponses déterminées et valables à quantité de questions qui jusque-là n’avaient été l’objet que de réponses vagues et passablement fantaisistes (notamment en philosophie de l’esprit : « l’âme végétative »..., et j’en passe !).
            Quant au terme « mental », il n’est pas « ambigu », mais neutre : conformément au point de départ de toute recherche de type philosophique (cf. art. 522 et 535).

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            • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 9 avril à 06:36, par Jacques

              La physique n’est pas « indéterministe » ? :/

              Mais alors, a-t-on vraiment un libre arbitre ?

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              • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 9 avril à 18:07, par Denis Cerba

                Merci de suivre de près cette discussion très intéressante ! Il vous appartient de préciser maintenant (au-delà des mots en -isme...) où vous voyez une incompatibilité entre les découvertes de la physique moderne et ce que vous appelez le libre arbitre.

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            • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 13 avril à 14:58, par West

              La physique moderne est déterministe à un niveau macroscopique, indéterministe au niveau quantique. Einstein a tenté jusqu’à la fin de sa carrière de prouver l’existence d’un déterminisme universel, sans y parvenir. Le ’principe d’incertitude’ qui règne en physique des particules, invoqué par les physiciens modernes a permis de grandes avancées en matière technologique, en violant les lois de la physique classique à un niveau quantique (par exemple l’’effet tunnel’).

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            • Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 13 avril à 15:05, par West

              Le désordre ne règne pas à tous les étages, il règne à un niveau quantique.

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  • 3. Qu’est-ce que le dualisme cartésien ? Le 12 avril à 02:45, par Jacques

    Enfin, je veux dire, le déterminisme suppose que l’intégralité de ce qui se produit à l’instant t est causé uniquement par l’état des choses à l’instant t-1... pas de place pour le libre-arbitre, non ?

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