Qu’est-ce que le « Physicalisme » ?

dimanche 6 juillet 2014, par Denis Cerba

En bref : Le « physicalisme » est la thèse métaphysique selon laquelle il revient au progrès de la physique moderne de dire la vérité sur le monde.

Le physicalisme est une thèse métaphysique. Sa radicalité est légèrement inférieure à celle du naturalisme. Nous avons vu en effet que le naturalisme consiste à considérer le monde (le « système spatiotemporel », dirait Armstrong) comme objet d’étude principal pour la métaphysique : or, le physicalisme est une thèse qui porte sur le monde spatiotemporel.

Le physicalisme consiste à dire que le monde spatiotemporel est un monde physique. Cela signifie que tout ce que nous rencontrons dans le monde (= le système spatiotemporel) n’est rien de plus que quelque chose de « physique », gouverné par les lois de la physique : un animal, un homme, une machine, une pierre, le Soleil, etc. sont (et ne sont que) des entités physiques, gouvernées par les lois de la physique.

the thesis of Physicalism [...] asserts that the only particulars that the spacetime system contains are physical entities governed by nothing more than the laws of physics. (WSA, p. 6)

Le physicalisme a donc deux aspects :

  1. Un aspect positif : le monde est physique. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que veut dire « physique » ? C’est très simple : est « physique » tout ce que met en évidence la physique moderne. La physique moderne est née au 17e s. (avec les découvertes de Kepler, Galilée et Newton, principalement) et elle représente une rupture absolument majeure dans l’histoire intellectuelle de l’humanité : depuis lors, c’est elle qui nous fournit notre connaissance la plus sérieuse du monde et de son fonctionnement. Évidemment, la physique progresse (la physique d’Einstein est plus exacte que celle de Newton...) et a pleine conscience de n’être pas achevée : la physique contemporaine représente notre meilleure connaissance du monde, mais non la connaissance définitive du monde. C’est pourquoi la thèse métaphysique selon laquelle « le monde est physique » doit s’entendre au sens d’une physique achevée (« completed physics ») : quand elle sera achevée, la physique décrira d’une façon parfaitement adéquate le monde comme « physique ». On peut alors soulever l’objection : parler de « physique achevée » semble vider le « physicalisme » de tout contenu, puisqu’on ne peut pas prévoir quel sera le contenu de la physique « achevée » (peut-être la science fera-t-elle un jour des découvertes qui rendront caduque toute la « physique actuelle » !). Cette objection repose néanmoins sur une méconnaissance radicale de la valeur intellectuelle de la science moderne, et notamment de son aspect à la fois collaboratif, progressif et cumulatif : le progrès scientifique présente en particulier ceci de remarquable qu’il n’annule pas ses progrès antérieurs, mais les intègre (la physique d’Einstein intègre celle de Newton). Un métaphysicien sérieux doit donc s’en tenir à la conclusion suivante : il y a tout lieu de penser que la physique « achevée » intègrera (et non : annulera) les connaissances de la physique « actuelle ». Cela signifie que d’un point de vue métaphysique, le physicalisme (au sens d’une physique achevée) est de loin la meilleure position à tenir.
  2. Un aspect négatif : il n’y a rien de plus dans le monde que du physique. Les progrès de la science à la fois légitiment le physicalisme, et signent la fin des différentes tentatives non scientifiques d’explication du monde : le « vitalisme » aristotélicien (le phénomène de la « vie » obéirait à d’autres principes que ceux de la physique), l’« astrologie », la « médecine chinoise », etc. Cela ne signifie pas que ces savoirs non-scientifiques ne contiennent aucune vérité, mais plutôt que la vérité qu’ils contiennent éventuellement est à rechercher dans la direction d’une physique achevée.

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