Qu’est-ce que la science moderne ?

dimanche 2 décembre 2012, par theopedie

Dans un contexte pré-moderne, la culture philosophico-scientifique appartenait à un paradigme aristotélico-thomiste, c’est-à-dire : elle était marquée par la figure de ces deux grands penseurs et par une constante référence à leur ouvrage. Selon la physique aristotélicienne et thomiste, voici comment étaient définies les sciences naturelles (la physique) :

  • Elles ont pour objet d’étude les phénomènes physiques qui émergent de la réalité qui nous entoure.
  • Elles sont caractérisées comme étant une science et non pas comme une simple « connaissance » : et il y a science de quelque chose quand ce quelque chose est clairement expliqué (an post I2 71b9).
  • Elles ont leur propre méthode d’investigation qui doit permettre une explication totale des phénomènes physiques. Elles cherchent pour cela 4 explications qui se complètent : l’explication par l’agent actif (cause efficiente), par l’agent réactif (cause matérielle), par la structure de leur interaction (cause formelle) et par le résultat final (cause finale) Physiques II 3-9.

Cette façon de comprendre les sciences naturelles fut enseignée partout durant l’antiquité, jusqu’au moyen-âge et jusqu’au début de la renaissance. C’est la Renaissance (XVIe siècle) qui fut pour les sciences naturelles une période de révolution. En effet, sous l’implusion de Galilée, une nouvelle méthode scientifique, et avec elle une nouvelle science physique, vit le jour : la science expérimentale. Dans cette science expérimentale, c’est toujours le même monde physique qui reste étudié, mais il devient étudié sous un nouvel aspect, à savoir du point de vue de l’expérimentation :

  • Les expériences scientifiques peuvent être soient des expériences quotidiennes et triviales, soient des expériences élaborés de manière proprement scientifique. Ces expériences doivent pourvoir être répétée de manière exacte. C’est une véritable science technique de l’expérimentation qui va petit à petit naître.
  • Les phénomènes physiques deviennent analysés et expliqués par les éléments présents directement ou indirectement dans le processus expérimental mis en oeuvre.
  • Ces expériences doivent être précises, déterminées et mesurées exactement. Ce souci de la mesure doit permettre d’aboutir à une modélisation mathématique des phénomènes (« Le livre de la nature est écrit en langage mathématique » disait Galilée). Les mathématiques deviennent ainsi de plus en plus employées en sciences naturelles.

Cette méthode, introduite par Galilée, évolua au grès des contributions et des expériences des différents savants : Robert Boyle (1627-1681), Isaac Newton (1642-1727), Christian Huygens (1629-1695), etc. Au XXe siècle, quand la doctrine d’Einstein et cette d’Heisenberg fut élaborée, c’est toujours cette méthode expérimentale qui reste en vigueur. L’analyse qui résulte de cette méthode expérimentale permit d’aboutir à l’élaboration d’un nouveau corpus scientifique et à une modélisation de l’univers physique à la fois plus rigoureuse et plus moderne.

Avec la redéfinition de la méthode scientifique comme processus expérimental, l’objet étudié doit lui aussi être redéfini en fonction de ce processus expérimental. Ainsi, à titre de proposition, voici une définition opératoire de l’objet étudié : « Toutes les notions physiques doivent être définies soit de manière concrète par une expérience, soit de manière théorique, c’est-à-dire - en attendant de pouvoir la définir de manière concrète par une expérience - en montrant sa possibilité et sa cohérence avec les autres lois logiques et physiques connues ».

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