Qu’est-ce que la miséricorde ?

jeudi 22 août 2013, par theopedie

La miséricorde vient du latin « miseri/cordia » et signifie « qui a le cœur (cor) sensible au malheur (miseria) ». Les malheurs d’autrui pouvant peuvent être physiques ou spirituels, on a l’habitude de distinguer miséricorde et charité. La miséricorde est plus attentive à la misère morale et spirituelle des gens. Ellle désigne alors une inclination du cœur vers l’indulgence et le pardon. L’attention aux malheurs matériels d’une personne (manque de nourriture, maladie, etc) s’appelle quant à elle « charité » et incline le cœur vers les « œuvres de charité ».

La miséricorde est ainsi synonyme de clémence : c’est l’inclination de celui qui doit juger vers le pardon. À la clémence, elle ajoute cependant la compassion : tandis que la clémence est le fait du prince, la miséricorde est le fait du père. En hébreu, la miséricorde se dit ainsi « Rah’amim » ( רחמים ), terme qui signifie les entrailles, « être pris aux entailles » :

Kyrie eleison
« Seigneur, sois miséricordieux »
Ensemble Harmonia Mundi (Marcel Pères)
Graduel d’ Alienor de Bretagne (messe Orbis Factor)
Callixtinus

Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, pour qu’après chacune de mes menaces je doive toujours penser à lui, et que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ? ( Jérémie 31,20 )

La miséricorde, comme la clémence, est une qualité morale qui relève de la justice : elle ne s’y oppose pas, mais l’assouplit pour la rendre humaine. La justice sans miséricorde devient en effet injuste : « summum jus, summa injuria » (la justice extrême devient injustice). Voici ainsi ce que dit Senèque à ce propos :

Je sais qu’il est des esprits qui considèrent la clémence comme le soutien des méchants, parce qu’elle serait superflue si elle n’était précédée du crime, et que c’est la seule vertu qui soit sans application entre les gens de bien. Mais d’abord, de même que la médecine, qui ne sert qu’aux malades, est néanmoins en honneur près de ceux qui jouissent de la santé, de même la clémence, bien qu’elle ne soit ordinairement invoquée que par les criminels, est révérée par les hommes irréprochables.

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Sénèque parlant à Néron
Statue à Cordoue

En second lieu, elle peut quelquefois s’exercer même en faveur des innocents, quand il arrive que le malheur est réputé crime ; disons plus : la clémence vient au secours, non seulement de l’innocence, mais encore de la vertu, lorsqu’il survient des circonstances telles, que les bonnes actions sont exposées à être punies. Ajoutons enfin que la plupart des hommes sont susceptibles de rentrer dans les voies de l’innocence.

Cependant il ne faut pas pardonner sans discernement ; car, lorsque toute distinction entre le bien et le mal est effacée, le désordre naît et le vice fait irruption. On doit donc procéder avec mesure, et distinguer les esprits susceptibles de retour au bien de ceux qui sont désespérés. Il faut que la clémence ne soit ni prodiguée ni trop restreinte ; car il y a autant de cruauté à pardonner à tous qu’à n’épargner personne. Il faut conserver un juste équilibre ; mais comme il est difficile d’y parvenir, s’il doit y avoir excès d’un côté, que ce soit en faveur de l’humanité que l’on voie pencher la balance. (De Clementia II)

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