Qu’est-ce que la méta-éthique ?

lundi 31 août 2015, par Denis Cerba

En bref : La méta-éthique est la partie la plus fondamentale de la philosophie morale : elle s’interroge notamment sur le contenu fondamental des notions de « bien » et de « mal ».

 L’éthique en général

On peut définir l’éthique en général (ou la philosophie morale) comme la réflexion qui porte sur la conduite humaine, du point de vue du bien et du mal.

Elle cherche à répondre à des questions de ce genre : « Comment les hommes doivent-ils se conduire ? », « Quelle sorte d’actions doivent-ils accomplir ? », « Quelle sorte d’actions doivent-ils éviter ? », « Qu’est-il moral de faire ? », « Qu’est-il immoral de faire ? »... Les notions de devoir, de morale (et similaires) entendent pointer le point de vue spécifique portée par l’éthique sur la conduite humaine : il ne s’agit pas seulement de la décrire ou de l’analyser (comme le font l’histoire, la psychologie, la sociologie...), mais de savoir si l’on peut porter sur elle, en général, des jugements en termes de bien et de mal.

En philosophie contemporaine, on divise la réflexion éthique en deux grandes parties :

  1. La méta-éthique : c’est la partie la plus fondamentale de l’éthique. C’est une réflexion sur l’éthique elle-même : son objet, son extension, sa méthode, ses notions les plus fondamentales (avant tout : les notions de bien et de mal).
  2. L’éthique normative : à partir des résultats de la réflexion méta-éthique, et notamment à partir de la détermination du contenu fondamental du bien et du mal, l’éthique normative propose une réponse détaillée à la question de savoir comment se conduire. On peut à nouveau distinguer deux niveaux au sein de l’éthique normative :
    1. La théorie normative : c’est l’exposé des principes moraux les plus généraux de la conduite humaine. Ces principes seront différents selon les différents théoriciens : selon la façon dont on aura répondu aux questions méta-éthiques fondamentales. Par exemple, si l’on soutient que le bien est identique au plaisir (tradition utilitariste), on pourra proposer comme principe général de conduite : « On doit toujours accomplir ce qui est susceptible de maximiser le plaisir total de tous et de chacun ». Mais d’autres théories soutiendront d’autres principes — par exemple : « On doit toujours agir d’après la voix de sa conscience », ou bien « On doit conformer sa conduite aux commandements de Dieu », etc.
    2. L’éthique normative appliquée : c’est l’application des principes de la théorie normative à des secteurs spécifiques de la conduite humaine (la vie sociale, la vie économique, la sexualité, etc.), voire à des cas très précis posant un problème moral (on parle alors de casuistique).

Nous nous intéressons ici spécialement à l’étape méta-éthique de la réflexion morale.

 Pourquoi la méta-éthique ?

On constate que tout le monde est, peu ou prou, d’accord sur la définition générale de l’éthique : il s’agit de réfléchir à la façon dont nous devons agir, orienter notre vie, d’une façon qui soit bonne, voire la meilleure possible (même les philosophes qui combattent la « morale » pensent qu’il est bien d’agir de façon amorale, même les philosophes qui veulent aller « au-delà du bien et du mal » s’en prennent à une certaine conception du bien et du mal et prêchent quant à eux une meilleure façon de se comporter, etc.). Néanmoins, quand on passe de cette définition aux théories d’éthique normative élaborées par les philosophes, on constate que le consensus initial s’est évanoui : quand il s’agit de savoir quels principes généraux doivent guider notre conduite (théorie normative), et quelles conséquences ont ces principes au niveau de nos décisions et actions les plus concrètes (éthique appliquée), nous sommes en présence d’un grand nombre de propositions divergentes. Les uns tiennent que la vie bonne s’accomplit dans la recherche du bonheur, d’autres affirment que le plaisir est central, d’autres que c’est plutôt la vertu, d’autres insistent sur le devoir, d’autres attachent la valeur de nos actions à celle de leurs conséquences, d’autres prônent la soumission aux commandements de Dieu, d’autres peut-être l’harmonie avec l’Univers, etc. Cette situation nous fait comprendre qu’entre la définition générale de l’éthique et toute éthique normative déterminée, une étape intermédiaire est indispensable : l’étape méta-éthique.

La méta-éthique est donc la première étape de la réflexion éthique, et la plus fondamentale : elle correspond à une réflexion de la démarche éthique sur elle-même, afin d’en assurer de la façon la plus exigeante possible le sérieux et la pertinence, et implique plus spécialement la tentative d’élucidation fondamentale du contenu plus précis que recouvrent les notions de « bien » et de « mal ». Comment préciser — et condenser en principes généraux d’action — le contenu de l’aspiration au Bien — aussi floue que fondamentale — qui nous habite ? Telle est la question centrale de la réflexion méta-éthique.

Bien évidemment, comme discipline philosophique, la méta-éthique n’est en rien plus consensuelle que l’éthique normative sur laquelle elle débouche : à différentes éthiques normatives, différentes méta-éthiques ! Cela ne signifie pas pour autant que la réflexion méta-éthique soit vaine ou inutile. Elle présente la valeur de toute réflexion de type philosophique : elle cherche les fondements, clarifie et argumente, le plus honnêtement possible, les positions finalement acceptées comme fondamentales — sans pouvoir nécessairement convaincre. Toute proposition d’éthique normative sérieuse doit se fonder sur une méta-éthique : les arguments, tenants et aboutissants, d’une position doivent être présentés à l’appréciation et à la critique d’autrui. À chacun sans doute, en définitive, de se faire librement son opinion, comme c’est la règle du jeu en philosophie : mais les pièces du dossier doivent être là !

 Pour aller plus loin

Pour entrer concrètement dans la réflexion méta-éthique, nous proposons l’étude d’un traité méta-éthique important de la philosophie contemporaine : les Éléments d’éthique de B. Russell (1910).

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