Qu’est ce que la charité ?

mardi 28 juin 2016, par theopedie

En bref : La charité est la solidarité que nous entretenons dans notre intimité avec Dieu et les enfants de Dieu.

Le terme de charité indique étymologiquement la délicatesse, la grâce, l’ardeur, la sublimité. Le terme a ensuite pris une connotation morale visant à souligner le désintéressement et la pureté de cet amour. C’est ainsi que la charité en vient à désigner à la fois la pureté et la gratuité de l’amour et la forme d’épanouissement affectif à laquelle cette pureté et cette gratuité conduisent.

Plus formellement, la charité est la forme la plus haute de l’amour : elle est un amour de bienveillance entre Dieu et les hommes, stable, réciproque, et se développant à partir d’une perfection qui la fonde et la motive. Cette perfection n’est autre que la perfection incréée et éternelle : Dieu lui-même (« Dieu est amour »). La charité a ainsi sa source directement dans l’être divin. A Dieu revient l’initiative et le don de sa vie intime qu’est la charité (« Dieu nous a aimé le premier »). A l’homme revient d’accueillir cet amour, et en l’accueillant, de rendre grâce et de glorifier Dieu. La communication de la charité incréée, de « la vie divine », devient un amour circulaire et réciproque entre Dieu et les hommes.

Cette communication fonde une communauté : la communauté des bienheureux, c’est-à-dire l’association des êtres spirituels appelés par Dieu à partager sa propre béatitude. Cette communauté est fondée en Dieu (« comme le Père m’a aimé »), donnée aux hommes (« ainsi je vous ai aimés ») et il est principe de l’amour entre hommes (« ainsi aimez-vous les uns les autres »). La charité nous fait alors voir dans les hommes des fils de Dieu, partageant avec nous une même vie, et appartenant comme nous à une même société. L’autre n’est plus un étranger, il est un frère, un prochain, un autre nous-même. Unis à cette vie divine, nous voulons le bien de notre frère comme notre bien : au sens fort, nous aimons notre prochain comme nous-mêmes. C’est ainsi que la charité est se stabilité dans la forme d’une communauté.

Si on parle à cet endroit de la communauté des bienheureux, c’est que la possession de la charité est le principe de la béatitude. Non pas que la charité soit un amour intéressé et qui cherche son propre bonheur. Au contraire, la charité est un amour altruiste et bienveillant, mais, dans cette forme d’amour, le désir est comme entièrement saisi par le bien et le beau absolu, et non par le plaisir ou l’utilité qui en résulte, et pourtant, dans ce saisissement et cette extase, celui qui adore y trouve plaisir et utilité.

Cette vie divine qui est partagée dans la charité et désirée pour autrui comme pour nous-même plonge au plus profond de notre être : l’Esprit Saint a été répandu dans notre cœur, et il scrute jusqu’au profondeur de notre être pour susciter de plus profond de nous-même ce cri qui fait de nous les fils d’une même famille : « Abba, père ». L’intimité entre les bienheureux que suscite la charité se situe à cette profondeur-là. C’est pour décrire la richesse de cette intimité que la Bible reprend à son compte les diverses formes d’amour en les associant à la charité :

  • Intimité conjugale : pulsion pour le bien et le beau absolu (Cantiques des cantiques 1, 1-4).
  • Familiarité et la filiation : confiance des uns envers les autres (Marc 10, 14)
  • Cité politique : souci de la communauté (Philippiens 3, 20).
  • Amitié : élection des personnes (Jean 15, 15).

Si l’Écriture utilise l’analogie de toutes les formes humaines de l’amour, c’est que dans cette amitié qu’est la charité, l’affection, le sentiment, peut prendre toutes les formes, toutes les ardeurs, même les plus folles. Ici, ce sont les saints qu’il faut regarder : il n’y a pas de « folie », humainement parlant, que l’amour de Dieu n’ait inspiré... (Labourdette)

P.-S.

Les articles traitant de la Charité trouvent leur source dans :

  • La somme de Théologie IIa IIae et des notes du père Noble (Revue des Jeunes)
  • Cours de théologie morale (tome 2) du père Labourdette
  • du manuel d’introduction à la théologie (théologie morale) du Saulchoir

Répondre à cet article