Qu’est-ce que l’identité « partielle »/« complète » ?

lundi 27 octobre 2014, par Denis Cerba

En bref : La notion d’« identité partielle » est intermédiaire entre celles d’identité stricte et de stricte non-identité. Elle capture une certaine réalité métaphysique intervenant dans les relations de tout à partie, ou de « chevauchement » (overlap) entre deux choses.

La notion d’identité partielle est à la fois relativement banale, et très discutée en métaphysique catégoriale contemporaine (car elle intervient dans certaines questions particulièrement fondamentales relevant de cette discipline).

La notion d’identité partielle intervient quand deux choses (strictement) différentes partagent néanmoins une partie (strictement) identique.

Cela intervient dans deux cas :

  1. quand deux choses sont dans le rapport de tout à partie : par exemple, la France et le Nord-Pas de Calais ;
  2. quand deux choses partagent une partie commune (cas de chevauchement, ou d’overlap) : par exemple, deux propriétés partageant un mur mitoyen.

La question se pose alors de savoir s’il existe ou non une certaine forme d’identité entre ces deux choses (qui serait une identité partielle).

On peut soutenir en effet que dans ce genre de cas, il s’agit purement et simplement de non-identité : deux maisons partageant un mur mitoyen seraient absolument non identiques, seule l’une de leurs parties serait (strictement et complètement) identique. Il n’y aurait pas d’identité partielle, seulement identité non-partielle (= complète) des parties.

On peut néanmoins soutenir le contraire : la possession par deux choses différentes d’une partie commune identique équivaut à une certaine forme d’identité entre ces deux choses : une identité partielle.

C’est la position adoptée par Armstrong. Entre identité stricte et stricte non-identité, il y a une certaine place pour l’identité partielle :

L’idée générale est que la tradition philosophique a été hypnotisée par des cas tels que l’identité de l’étoile du matin avec l’étoile du soir, d’un côté, et la non-identité de l’étoile du matin avec la planète rouge, de l’autre. Ces cas nous induisent à négliger un cas tel que celui de l’Australie et son État du New South Wales, ou bien celui de deux terrasses adjacentes ou de deux maisons qui ont un mur en commun. Ce sont des identités partielles, entre un tout et sa partie dans le premier cas, entre deux choses qui se chevauchent dans le second cas. La méréologie, qui étudie ces notions, peut être considérée comme une extension de la logique de l’identité (an extended logic of identity), étendue au traitement de ces cas d’identité partielle. [1]

Pourquoi adopter cette position, plutôt que la position contraire ? Armstrong soutient que la notion d’identité partielle a une valeur métaphysique, c’est-à-dire qu’elle jette une certaine lumière sur certains aspects de la réalité : s’il est vrai qu’une partie de quelque chose participe de la constitution même de cette chose, alors l’identité de cette partie avec quelque chose d’autre entraîne une certaine identité de cette chose avec cette autre chose.

Il semble bien [...] qu’il soit métaphysiquement éclairant d’admettre la notion d’identité partielle. Les parties d’une chose ne font-elles pas partie de l’être de cette chose ? Après tout, si l’on prend toutes les parties d’une chose, alors on a la chose ! Et plus l’on se rapproche de prendre toutes les parties d’une chose, plus on se rapproche d’avoir la chose elle-même. [2]

Notes

[1David M. Armstrong, A World of States of Affairs, CUP, 1997, p. 18.

[2Ibid.

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