Qu’est-ce que l’équilibre psychologique ?

mercredi 13 juin 2012, par theopedie

Nous avons dit que notre caractère était une subtile alchimie faite de pulsions et d’émotions, de qualités et de défauts. Cette alchimie est si subtile que l’on peut à bon droit s’étonner devant la complexité psychologique enfouie dans les profondeurs de notre corps et de notre esprit.

« Crazy »
Gnarls Barkley
buzz834

Pourtant, malgré cette subtilité, il existe un moyen simple de définir l’équilibre psychologique d’un homme : quelqu’un est psychologiquement équilibré, dira-t-on, quand « chacune de ces choses qui composent son caractère » est à sa juste place. Par exemple, celui-là est psychologiquement équilibré qui éprouve de la tristesse en face d’une situation triste, ou qui éprouve de la colère en face de l’injustice, car il éprouve l’émotion qui convient au moment qui convient. Inversement, celui qui, par vengeance, éprouve de la joie en face d’une situation triste et qui, par méchanceté, éprouve de la satisfaction en face d’une injustice, celui-là n’est pas psychologiquement équilibré, car il éprouve une mauvaise émotion au mauvais moment.

Précisons les choses. Il ne s’agit pas uniquement d’éprouver les bonnes émotions au bon moment pendant seulement un certain temps de notre vie : il s’agit de cultiver l’à-propos de nos affections sur l’ensemble de notre vie, et ceci afin de ressentir continuellement les bonnes émotions au bon moment. On dit alors que celui-là est psychologiquement équilibré dont le caractère présente une certaine forme de stabilité, et qui possède une cohérence et un à-propos aptes à résister aux vicissitudes du quotidien. Et voici en quels termes Jésus décrit un homme doué d’un tel équilibre psychologique :

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Photo de Plisson

Ainsi, quiconque écoute ces paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas croulé : c’est qu’elle avait été fondée sur le roc (Mt 7,24).

Mais comment cultiver une telle stabilité et une telle force de caractère ? Le plus simple est probablement d’éviter tout excès. Ainsi, la personne qui cultive à outrance le travail risque un surmenage, et la personne qui cultive à outrance la prudence risque des frayeurs. Et, de même que frayeur et stress sont propices à toutes sortes de dérèglements psychologiques, de même un caractère peureux ou stressé n’est pas un modèle de caractère équilibré. Aussi bien, dira-t-on en dernière analyse que l’équilibre psychologique consiste à voir dans quel juste milieu nous devons nous tenir, de façon à pouvoir durer. Voici ce que dit fort joliment saint Paul :

Ne soyez pas plus raisonnable qu’il ne faut être raisonnable, mais soyez raisonnable de manière à rester raisonnable.

Lettres aux Romains

L’équilibre psychologique :

Par défautJuste milieuPar excès
Inhibition Maîtrise de soi Désinhibition
Laxisme Droiture Inflexibilité
Timidité Courage Inconscience
... ... ...

On a ainsi parfois coutume de dire que chaque qualité est un juste milieu entre deux défauts. On parle parfois à cet endroit en termes savants : aurea mediocritas. Cette expression latine, que l’on doit à Horace, est souvent traduite par précieuse médiocrité. Mais il s’agit de tout sauf d’une médiocrité ! Car il s’agit précisément de ce milieu en or qu’est le véritable équilibre psychologique... Prenons par exemple la manière dont nous gérons nos sentiments. Entre celui qui ne sait pas exprimer ses sentiments et celui qui est totalement désinhibé, tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un juste équilibre à avoir. Et ce juste milieu, c’est là ce qu’il faut cultiver car c’est le lieu d’une qualité psychologique : la maîtrise de soi.

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Un équilibre périlleux...

En conclusion, un caractère équilibré vérifie plusieurs critères :

  1. celui qui le possède éprouve les bonnes émotions au bon moment ;
  2. chacune de ses qualités est un subtil milieu entre deux défauts ;
  3. l’ensemble de ses qualités forment entre elles un tout harmonieux et équilibré.

Ce n’est dont pas si facile que d’être psychologiquement équilibré ! Patience et miséricorde...

3 Messages

  • Qu’est-ce que l’équilibre psychologique ? Le 11 octobre 2014 à 15:41, par noel

    imaginons que je suis trop dans l’excès, quant vous dite patiente, combien de temps, plus ou moins, j’aurai réussi a être dans l’équilibre.

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  • Qu’est-ce que l’équilibre psychologique ? Le 2 novembre 2014 à 02:29, par Marhuenda

    Bonsoir Mon Père, Monsieur,

    En tant que « mâle » je me pose régulièrement la difficile question de la violence, sous un angle assez « philo » : dans l’eschatologie catholique, il est fait référence à une notion de « faiblesse », dans le cadre d’une évolution de la communauté catholique, vouée à disparaître, du fait même de son désir de faiblesse. Comme beaucoup de personnes sur cette planète étrange, j’ai rencontré et côtoyé la violence, sous des formes diverses : violences des couples, violence masculine, souvent décrite comme nécessaire et indispensable à l’univers du travail, violence symbolique ou verbale...
    Tantôt mon prêtre de paroisse me décrit la violence comme mauvaise, et l’oppose à la connaissance, qu’il décrit comme bonne ; or, je me souviens de cas, tel un prêtre d’Amérique du Sud qui pratiquait le catch, non seulement pour renflouer la cassette de sa paroisse, mais aussi pour offrir aux pauvres un exutoire. Par ailleurs, comment voir les choses à ce sujet, lorsque des aumôniers militaires accompagnent et soutiennent des gens de guerre dont c’est le métier que d’appliquer la violence à des missions gouvernementales ?

    Y-a-t’il des violences nécessaires, ou des violences injustes, ou bien toutes les violences sont-elles globalement rejetables ?
    Par exemple, un boxeur qui utilise sa violence interne pour se construire un être apte aux servitudes, est-il dans l’immoralité, par comparaison avec un type « plutôt intellect » qui ne ferait que penser, et ne saurait rien faire ?

    Je vous remercie abondamment de toute réponse de votre part, et vous porte quoi qu’il en soit dans mes prières de ce soir.

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    • Qu’est-ce que l’équilibre psychologique ? Le 3 novembre 2014 à 20:25, par theopedie

      La question que vous posez est complexe et mériterait à elle seule un ou plusieurs articles ! Quelques remarques :

      • la phrase de saint Paul (le Christ lui aurait dit : « ma grâce te suffit, ma force se déploie dans la faiblesse ») ne doit pas être comprise comme une apologie de la faiblesse mais comme un apologie de la force divine : le Christ aide saint Paul en lui disant que la force apostolique qu’il communique dépasse tout problème physique, social ou moral.
      • la faiblesse morale ou psychologique est interprétée comme un défaut. C’est la vertu de force qu’il convient de cultiver. Inversement, la véritable force est humilité et non pas arrogance
      • sur la violence, si en règle très générale, elle est mauvaise conseillère car elle dénature l’homme et cherche plus souvent à le détruire qu’à le corriger, n’oublions pas non plus que la colère peut être une réaction correcte en face d’une injustice. Ainsi, le Christ qui n’hésite pas à houspiller ses adversaires avec une rare violence verbale. Mais cette violence doit être choisie, maîtrisée, en vue du bien, proportionnelle à l’injure causée et utilisée à des fins pédagogiques (apporter une correction).
      • si le Christ nous dit de tendre la joue gauche, ce n’est pas par apologie de la faiblesse mais par désir de jouer le jeu des institutions humains. La violence peut être légitime, mais elle appartient au pouvoir public. Seul eux ont le pouvoir de réprimander physiquement, et cela doit être en vue du bien et selon des lois préétablies (cf. lettre aux romains : « Soyez soumis aux autorités civiles... »). Ce n’est pas à nous de nous faire justice : il y a des hommes dont c’est le métier.
      • sur la violence dans les sports de combats, il s’agit en général d’une violence apprivoisée et qui n’exclut ni l’adresse, ni la maîtrise de soi, ni le fait qu’elle soit acceptée par les deux adversaires, et que l’on respecte des limites préétablies. Donc, elle est moralement neutre, ou en tout cas d’une même valeur que les règles du jeu.
      • sur la guerre et les soldats, c’est la question des guerres justes. Il existe de guerres justes (les critères sont proportionnalité de la réponse, légitime défense, application d’un droit de guerre, etc). De ce point de vue, les aumôniers peuvent accompagner des soldats.
      • il n’en reste pas moins l’interdiction faite au clergé d’user de violence physique : Ecclesia abhorret sanguinem. La non-violence est l’imitation du Christ (même si cette non-violence n’exclut pas parfois une certaine violence symbolique). Cf. plus haut.

      Ces remarques n’ont pas prétention à être exhaustives, et encore moins à être une apologie de la violence. La violence est ordinairement mauvaise, mais la faiblesse aussi....! L’une se nourrit de l’autre...

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