Qu’est-ce que l’affliction ?

mercredi 4 juin 2014, par theopedie

Rappelons pour cela, la distinction conceptuelle que saint Thomas d’Aquin trace entre deux types de souffrance :

Si nous parlons de la souffrance pénitentielle [poena satisfactoria], celle qui est assumée librement [voluntarie], il arrive que quelqu’un la puisse la porter pour un autre [dans la mesure où ils sont unis par la charité]. Si nous parlons de la souffrance infligée pour le péché, en tant qu’elle n’a valeur que de souffrance, alors chacun souffre uniquement pour sa propre faute, parce que le péché est quelque chose d’individuel [ST, Ia 87,8].

Autrement dit, pour Thomas d’Aquin, il y a deux façon de voir la souffrance : soit comme une affliction, ce qu’il appelle « souffrance pénitentielle » et c’est la souffrance appréhendée du point de vue de la liberté de celui qui accepte de souffrir ; soit comme une souffrance « à l’état pur » et c’est la souffrance appréhendée du strict point de vue de la punition. Dans un cas, la souffrance est vue comme le résultat d’un processus d’auto-sanctionnement, dans l’autre, comme une sanction que l’on impose de l’extérieur.

Pour Thomas d’Aquin, la justification opérée par le Christ n’a de sens que comme affliction et non comme souffrance à l’état pure. Commentant le De rationibus fidei, de Thomas d’Aquin, Synave écrit ceci :

[Thomas d’Aquin] va même jusqu’a dire qu’une peine qui ne serait pas acceptée de plein gré par le pécheur ne le ramènerait pas à la justice : ’il fallait trouver une souffrance que l’homme s’imposerait afin d’accomplir l’ordre de la justice divine. D’autre part, aucun homme simplement homme ne pouvait être en mesure de faire pénitence d’une manière adéquate en prenant librement sur lui de souffrir’ » [Synave, p. 255]

Autrement dit, ce qui dans la pénitence satisfait en propre à la justice redistributive, ce n’est pas tant la souffrance en tant que telle (la simple punition), mais la souffrance morale (l’affliction).

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