Qu’est-ce qu’un état de choses monadique/polyadique ?

jeudi 25 septembre 2014, par Denis Cerba

En bref : Un état de choses soit monadique, soit polyadique, ne fait intervenir qu’un seul universel (et un ou plusieurs particuliers). C’est le constituant le plus fondamental du réel.

L’état de choses (ou le « fait ») constitue, d’après Armstrong, la structure la plus fondamentale de la réalité. Avant de s’engager dans une étude exhaustive de cette structure, il convient d’attirer l’attention sur certaines distinctions basiques.

Un « état de choses » en général est :

  1. soit monadique, soit polyadique ;
  2. soit atomique, soit moléculaire.

Ces deux distinctions ne se recouvrent pas et il faut absolument éviter de les confondre ! La distinction monadique/polyadique est la plus fondamentale : un état de choses moléculaire est la conjonction d’un certain nombre d’états de choses atomiques, dont chacun est soit monadique, soit polyadique. Nous nous concentrons ici sur la distinction monadique/polyadique :

Qu’est-ce qu’un état de choses monadique/polyadique ?

Cette distinction, quoique fondamentale, est très simple. Elle repose sur le fait qu’il y a deux types d’universaux :

  1. Les universaux monadiques (= les propriétés) : un universel monadique se combine à un seul particulier pour constituer un état de choses — par exemple : « a est F », ou (en symbolisme logique) : Fa.
  2. Les universaux polyadiques : (= les relations) : un seul universel polyadique se combine à plusieurs particuliers (2, 3, 4, etc.) pour constituer un seul état de chose. Symbolisation logique : Rab (« a a la relation R à l’égard de b » : par ex., a a engendré b) ; ou bien : Rabc (« la relation R relie — dans l’ordre — a, b et c » : par ex., a est entre b et c) ; Rabcd etc., pour des relations (si elles existent) qui relient 4, 5, 6... particuliers.

Ces deux types fondamentaux d’états de choses (les états de choses monadiques et les états de choses polyadiques) sont tous deux des états de choses atomiques : cela signifie qu’il ne font intervenir qu’un seul universel (et un ou plusieurs particuliers). Si l’on combine (par conjonction) plusieurs états de choses atomiques, on obtient un état de choses moléculaire.

Donc, d’une certaine façon, l’universel est le constituant le plus fondamental de la réalité : combiné à un (ou plusieurs) particulier(s), chaque universel engendre les « briques » ultimes dont est faite la réalité (= les états de choses atomiques). Mais n’oublions pas deux choses :

  1. Un universel n’existe qu’instancié, c’est-à-dire combiné à un (ou plusieurs) particulier(s) (= principe du « réalisme aristotélicien » en matière d’universaux). D’autre part : la combinaison d’un universel et d’un (ou plusieurs) particulier(s) produit toujours un état de chose lui-même particulier (= strictement non répétable) — c’est ce qu’Armstrong appelle « la victoire du particulier » (the victory of particularity) : dans un état de choses, c’est l’universel qui donne le « contenu », mais c’est le particulier qui impose sa particularité.
  2. C’est la métaphysique qui soutient que les universaux existent et qu’ils donnent à la réalité son contenu le plus fondamental — mais c’est la science qui recherche, et éventuellement découvre, quels universaux existent de fait (= principe du « réalisme scientifique » en matière d’universaux). C’est pourquoi, en métaphysique, on préfère exprimer la structure fondamentale des choses en symbolisme logique (Fa, Rab, etc.) : on a des raisons sérieuses de penser que F, G, R, etc. existent, mais quels ils sont, la science est encore en train de chercher à le découvrir.

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