Qu’est-ce qu’un état de choses atomique/moléculaire ?

mardi 30 septembre 2014, par Denis Cerba

En bref : Un état de choses « moléculaire » est la conjonction de plusieurs états de choses « atomiques » (par rapport à lui). Un état de choses atomique « en un sens absolu » serait un état de choses définitivement inanalysable (= thèse Atomiste).

Nous avons vu (cf. art. 769) la distinction basique entre états de choses monadiques (composés d’un particulier et d’un universel) et états de choses polyadiques (composés d’un universel et de plusieurs particuliers).

Les états de choses monadiques et polyadiques sont les constituants les plus fondamentaux de la réalité : ils sont les « briques », les « atomes » métaphysiques, dont est fait le monde. Certes, ils sont complexes (puisque constitués chacun d’un universel et d’un ou plusieurs particuliers), et donc en un sens analysables : mais c’est une thèse forte de la métaphysique d’Armstrong que ni l’universel, ni le particulier, n’existent isolément (n’existent que des états de choses, combinaisons fondamentales de l’universel et du particulier). Donc, en ce sens, les états de choses (soit monadiques, soit polyadiques) sont bien les atomes du monde : Armstrong les désigne comme états de choses « atomiques ».

Un état de choses « atomique » se distingue d’un état de choses « moléculaire » : un état de choses moléculaire est la conjonction de plusieurs états de choses atomiques.

La distinction atomique/moléculaire est donc une seconde distinction basique parmi les états de choses (quoique moins fondamentale que la distinction monadique/polyadique). Il est important de ne pas confondre ces deux distinctions.

 Qu’est-ce qu’un état de choses moléculaire ?

Un état de choses « moléculaire » est un état de choses qui s’analyse en la conjonction de plusieurs états de choses « atomiques » par rapport à lui.

Par exemple, il peut se trouver que la propriété « être F » corresponde exactement à la conjonction des deux propriétés « être G » et « être H ». Si c’est le cas, alors l’état de choses Fa est en fait moléculaire et correspond à la conjonction des deux états de choses Ga et Ha : Fa = (Ga & Ha).

Autre exemple, plus compliqué : il se peut que la propriété « être F » soit en fait identique à la conjonction d’une propriété et d’une relation. Dans ce cas, l’état de choses Fa est moléculaire et correspond à la conjonction des deux états de choses Gb et Rbc : Fa = (Gb & Rbc). On voit que dans ce cas, le particulier a (qui fait que l’état de choses Fa est lui-même particulier) est lui aussi en fait analysable comme la somme des deux particuliers b et c : a = b + c. Il s’agit d’une forme de particulier au sens large (pour cette notion, cf. Qu’est-ce qu’un « état de choses » ?).

 L’atomicité absolue existe-t-elle ?

Il est clair que de façon générale, les états de choses sont atomiques ou moléculaires de façon relative (= les uns par rapport aux autres) : dans le premier exemple ci-dessus (Fa = Ga & Ha), Ga est atomique par rapport à Fa — mais peut-être Ga est-il lui même analysable en états de choses atomiques par rapport à lui...

On peut donc introduire la notion d’atomicité absolue  : un état de choses est atomique de façon absolue quand il est définitivement inanalysable (= irréductible à la conjonction d’états de choses encore plus atomiques par rapport à lui).

Existe-il des états de choses atomiques au sens absolu ? (qui seraient dans ce cas les briques absolument ultimes dont serait faite la réalité) — ou bien tout état de choses est-il en fait moléculaire ? (c’est-à-dire que la réalité serait analysable ad infinitum.) La première hypothèse est la thèse Atomiste.

L’Atomisme est-il vrai, ou non ? C’est-à-dire : l’analyse du réel bute-t-elle sur des états de choses atomiques en un sens absolu, ou se poursuit-elle ad infinitum ? Armstrong considère que les deux hypothèses sont métaphysiquement possibles : conformément au principe du réalisme scientifique, c’est à l’investigation scientifique de nous apprendre quelles sont les propriétés et relations qui donnent son contenu à la réalité, et donc s’il en est (ou non) qui s’avèrent ultimement inanalysables.

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