Qu’entend-on par contexte et circonstances morales ?

mardi 8 septembre 2015, par theopedie

En bref : Les particularités d’une réalité singulière sont appelées des états et elles individualisent cette réalité ; or Aristote appelle circonstances l’ensemble des particularités d’une activité. Donc, les circonstances sont l’ensemble des états individuels de l’activité humaine.

Puisque les termes sont, d’après Aristote, « les signes de nos pensées », il est nécessaire que notre terminologie se conforme pour autant que faire se peut à celui de notre connaissance rationnelle. Or celle-ci va du plus connu au moins connu. Voilà pourquoi, chez nous, les termes ont un domaine sémantique qui va du plus connu au moins connu. Par exemple, dit Aristote, le terme de distance désigne dans un sens étroit une situation locale, et dans un sens large n’importe quel contraire. Pareillement, nous employons des termes relatifs aux mouvements à échelle humaine pour désigner d’autres types mouvements, car ce que nous connaissons le mieux, ce sont les objets à taille humaine. C’est encore de la même manière que le terme de circonstance a d’abord été appliqué aux réalités spatiotemporelles pour être ensuite appliqué aux activités humaines.

Or, en matière de lieu, on dit qu’une réalité en délimite une autre quand, tout en étant une réalité externe à elle, elle l’avoisine au moins localement. De même appelle-t-on circonstances ou contexte les particularités concrètes qui, tout en étant extrinsèques à l’activité humaine en tant que telle, l’avoisinent cependant en quelque façon. Et parce qu’on appelle état tout ce qui est extrinsèque à l’activité humaine en tant que telle - tout en se rapportant à elle - il faut dire pareillement que les circonstances sont l’ensemble des états particuliers d’une activité humaine.

Objections et solutions :

1. Selon Cicéron, les circonstances sont « ce que la plaidoirie ajoute à l’autorité et à la solidité d’une argumentation ». Or la plaidoirie rend l’argumentation convaincante en s’appuyant sur ce qui se rapporte à l’être même d’une réalité, comme sa définition, son genre, son espèce, etc. C’est à partir de cela que, dans l’enseignement de Cicéron, l’orateur doit argumenter. Une circonstance n’est donc pas un état de l’activité humaine.

• La plaidoirie rend l’argumentation convaincante principalement lorsqu’elle se fonde sur l’activité en tant que telle, mais aussi de façon secondaire lorsqu’elle se réfère au contexte. Ainsi quelqu’un est-il passible d’accusation parce qu’il a commis un homicide, mais secondairement parce qu’il l’a fait avec ruse ou par cupidité, ou en temps et lieu sacrés, ou dans d’autres états de ce genre. Aussi Cicéron déclare-t-il expressément qu’en s’appuyant sur le contexte, la plaidoirie « ajoute » de la conviction à l’argumentation, à titre secondaire.

2. Le propre d’un état est d’inhérer. Or, ce qui avoisine une réalité n’y inhère pas mais lui est plutôt extrinsèque. Donc les circonstances ne sont pas un état de l’activité humaine.

• Une réalité peut être dite un état d’une autre de deux façons. Soit qu’elle lui inhère ; ainsi la joie est-elle un état de Socrate. Soit qu’elle coïncide avec cette réalité dans un même sujet ; en ce sens on dit que la joie se rapporte à la qualité du musicien, du fait que ces réalités se rencontrent, et en quelque manière sont voisines dans un même sujet. C’est à ce titre que les circonstances sont dites être un état des activités.

3. Un état n’a pas d’état. Or l’activité humaine est un état. Donc les circonstances ne sont pas un état de l’activité.

• On vient de le dire, un état devient celui d’un autre état à cause de leur coïncidence dans un même sujet. Mais cela arrive de deux manières. Soit que deux états se rapportent à un même sujet sans qu’il y ait d’ordre entre eux, telle la couleur de peau de Socrate et sa qualité de musicien ; soit qu’ils s’y rapportent de façon ordonnée, ainsi lorsque le sujet accède à un état par l’intermédiaire d’un autre, comme un prisme par exemple peut changer de couleur par l’intermédiaire de son orientation spatiale. C’est de cette façon qu’un état est dit inhérer dans une autre ; nous disons en effet que sa couleur se trouve dans son orientation. Or des circonstances peuvent se rapporter aux activités de ces deux manières : certaines d’entre elles déterminent l’agent en dehors de son activité, comme le lieu ou la condition de la personne, tandis que d’autres le font par l’intermédiaire de l’activité, comme la manière d’agir. Et c’est à ce dernier titre que les circonstances est appelé un état de l’activité.

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