Pouvait-il y avoir des sacrements avant Jésus-Christ ?

vendredi 4 juillet 2014, par theopedie

En bref : Oui, car saint Augustin dit : « les premiers sacrements célébrés et observés en vertu de la loi étaient les précurseurs du Christ à venir ». Mais il était nécessaire au salut de l’homme que la venue du Christ fût annoncée à l’avance. Il était donc nécessaire qu’avant le Christ certains sacrements fussent établis.
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Jésus en habit de grand-prêtre
Illustration pour enfants de la théologie de la lettre aux Hébreux.

Les sacrements sont nécessaires au salut de l’homme à titre de signes sensibles des réalités invisibles par lesquelles l’homme est sanctifié. Or nul ne peut être sanctifié après le péché, si ce n’est par le Christ « que Dieu a établi d’avance comme auteur de la propitiation par la foi en son sang pour la manifestation de sa justice... pour se montrer juste en justifiant celui qui s’attache à la foi en Jésus Christ » (Rm 3, 25-26). C’est pourquoi, avant la venue du Christ, il fallait déjà des signes visibles par lesquels l’homme professerait sa foi en la venue future du Sauveur. Ce sont ces signes qu’on appelle sacrements. Ainsi est-il évident que l’institution de certains sacrements s’imposait avant la venue du Christ.

Objections et contre-objections

  • Il semble que non. Car nous avons vu que les sacrements servent à appliquer aux hommes la passion du Christ. Celle-ci est donc comme leur cause. Donc les sacrements n’ont pas dû exister avant la venue du Christ.
    • La passion du Christ est la cause finale des anciens sacrements, en ce sens qu’ils ont été institués pour la symboliser. Or, la cause finale, si elle ne vient pas la première dans le temps, est première dans l’intention de celui qui agit. Il n’y a donc pas d’illogisme à ce que des sacrements aient existé avant la passion du Christ.
  • Les sacrements doivent s’adapter à l’état du genre humain, comme le montre S. Augustin Mais l’état du genre humain n’a pas changé après le péché jusqu’à la réparation opérée par le Christ. Donc les sacrements n’ont pas dû changer non plus ; ainsi la loi de Moïse n’a pas dû instituer de nouveaux sacrements outre ceux de la loi de nature.
    • On peut envisager à deux points de vue l’état où s’est trouvé le genre humain après le péché et avant le Christ. Si l’on considère le régime de la foi, cet état est toujours demeuré identiquement le même, car les hommes étaient justifiés par la foi en la venue future du Christ. Mais on peut aussi le considérer selon différents degrés dans le péché et dans une connaissance du Christ plus ou moins explicite. Car, avec le déroulement du temps, le péché prit sur l’homme un empire croissant et obscurcit à tel point sa raison que les préceptes de la loi naturelle ne suffisaient plus pour le faire vivre vertueusement, et il fallut déterminer des préceptes en établissant une loi positive, et, outre cela, certains sacrements de la foi. Il fallait aussi qu’avec le progrès du temps, la connaissance de foi s’explicitât davantage. S. Grégoire dit en effet : « La connaissance divine s’accrut avec le progrès du temps. » C’est pourquoi il fut encore nécessaire, dans la loi ancienne, de déterminer des sacrements de la foi dans le Christ à venir ; c’était le déterminé succédant à l’indéterminé ; en effet, avant la loi, on n’avait pas prescrit à l’homme d’une façon arrêtée quels sacrements pratiquer. La loi le fit et c’était nécessaire par suite de l’obscurcissement de la loi naturelle et afin de rendre plus précise la signification de la foi.
  • Plus on s’approche de ce qui est parfait, plus on doit y ressembler. Mais la perfection du salut de l’homme a été réalisée par le Christ, et les sacrements de l’ancienne loi étaient plus proches du Christ que les sacrements antérieurs à la loi. Les sacrements de la loi devraient donc être les plus semblables aux sacrements du Christ. Or, on constate le contraire puisqu’il était prédit que le sacerdoce du Christ serait selon l’ordre de Melchisédech et non selon l’ordre d’Aaron (He 7, 11). L’institution des sacrements antérieurs au Christ semble donc avoir été mal organisée.
    • Le sacrement de Melchisédech qui exista avant la loi, ressemble davantage au sacrement de la loi nouvelle quant à la matière, puisque, nous dit la Genèse (14, 18), « il offrit du pain et du vin », et que le sacrifice de la loi nouvelle consiste lui aussi dans l’oblation du pain et du vin. Mais les sacrements de la loi mosaïque ressemblaient davantage à la réalité signifiée par nos sacrements, c’est-à-dire à la passion du Christ : on le voit avec l’agneau pascal et les rites analogues. Autrement, si les mêmes apparences sacramentelles s’étaient perpétuées à travers les époques successives, on aurait pu croire à la continuation d’un même sacrement.

P.-S.

Cet article est tiré de La somme de théologie (III,61,2)

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